Last Pocket, c’est l’histoire de deux lycéens, Armand et Ernest, qui, un beau jour, ont décidé d’écrire des morceaux et de travailler ensemble. Ernest est au chant, Armand à la composition et joue du piano, de la basse, de la guitare et aussi de la trompette. Un premier EP est sorti cet été, Burger House, dans un style plutôt rock et jazz. L’esthétique est originale et soignée. Aujourd’hui, le groupe a sorti son premier album, Moonspeed, un ovni qui mêle plusieurs styles. L’Alter Ego a interviewé ce jeune groupe encore en construction.

© Émile Renaudot 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Armand : « Je m’appelle Armand Glowinski, j’ai 18 ans et je suis en école de musique. J’y étudie principalement le solfège et je m’en sers pour mes compositions. »

Ernest : « Moi c’est Ernest Jaenada, j’ai 18 ans aussi et je suis en école de cinéma. Ma passion, c’est vraiment le montage et le cinéma. Je fais de la musique depuis longtemps et je me suis mis au chant. Avec Armand, on se connaît depuis longtemps et comme ça collait bien musicalement, on s’est dit qu’il fallait que le l’on fasse un truc ensemble. »

Comment vous est venue l’idée de faire un groupe ?

Armand : « On avait déjà fait de la musique ensemble en jam lors de jam sessions et c’était une belle expérience. Je me suis mis à composer puis, un jour, je lui ai proposé  de faire quelques morceaux ensemble. C’est comme ça que tout a commencé. »

Ernest : « La vérité est que le projet est né en classes de latin et de philo. Toutes nos idées ont été imaginées au début sur des feuilles simples, pendant les cours. »

Pourquoi avoir choisi ce nom de groupe ?

Ernest : « C’est encore une histoire qui s’est déroulée en classe classe. Nous sommes devenus amis en latin ; nous étions des latinistes moyens et avions un jeu sur nos portables auquel nous jouions souvent, un jeu de billard. À chaque cours, on y passait deux heures d’affilée. Et, the Last Pocket, c’est le coup gagnant dans une partie de billard. Quand on a cherché un nom pour le groupe, on s’en est rappelé et on a choisi ça. Il faut reconnaître qu’il sonne bien. »

Comment définiriez-vous votre style musical ?

Ernest : « Dès l’EP, on a eu du mal à se mettre d’accord. Dans notre album, j’ai l’impression que l’on ne propose pas la même chose d’un morceau à l’autre. Il y a par exemple « Moonspeed », une chanson d’ambiance, et une autre, « Madness », dans laquelle nous faisons du rock pur. J’ai finalement remarqué que l’on pouvait classer l’album dans le genre du rock alternatif et peut-être un peu du rock orchestral*. »

Armand : « Dans l’EP, je trouvais qu’il y avait beaucoup plus de cohérence. C’était très  clairement du rock, même s’il y avait davantage d’orchestration. Dans cet album, je trouve que l’on est vraiment hétéroclites et j’avais vraiment peur que les gens ne s’y reconnaissent pas. Heureusement, les retours ont été plutôt bons jusqu’à présent et les gens disent qu’ils reconnaissent notre style. »

Quelles sont vos influences musicales ?

Armand : « J’en ai beaucoup, mais je ne fais pas en fonction de ça quand je compose. Je me donne une heure, une idée et je vois ce qui en découle. Je ne veux pas essayer de créer en fonction d’un artiste ou, si jamais c’est le cas, je réfléchis pour savoir si c’est l’effet que je veux produire. J’écoute beaucoup de jazz. J’adore les musiques de films et Les Beatles, que j’écoute depuis tout petit et que je redécouvre constamment. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui passaient beaucoup de musique toute l’année et je pense que ça a été déterminant. Paradoxalement, depuis que l’on fait de la musique, j’en écoute moins car ça me déconcentre dans le travail : je vais toujours essayer d’entendre ce qu’il s’y passe. »

Dans cet album, je trouve que l’on est vraiment hétéroclites et j’avais vraiment peur que les gens ne s’y reconnaissent pas.

Armand

Ernest : « Lorsque je me suis mis au chant avec Armand, je me suis rendu compte que j’avais des repères que je n’avais pas forcément remarqués au début. Mes influences sont surtout des femmes avec des voix cassées, un peu particulières, comme Selah Sue ou Amy Winehouse, ou comme celle de Billie Eilish qui est assez soufflée. J’essaie de développer des caractéristiques en m’inspirant de voix pas trop monotones, qui essaient de faire passer de l’émotion. J’ai écouté des musiques assez diverses quand j’étais petit, des Puppini Sisters jusqu’à Eminem, à fond dans la voiture. Cela m’a ouvert à beaucoup de styles. Lorsque j’écoute de la musique, j’aime imaginer des histoires ; je ne peux pas m’en passer, cela m’est indispensable. »

Quels sont vos morceaux préférés dans l’album ?
Ernest : « Moi c’est « A Contre-sens », le morceau dont l’instrumentation est la plus simple. On l’a composé en une heure, Armand a joué des accords et j’ai chanté par-dessus. Au niveau du chant et de l’émotion, c’est la chanson dans laquelle je suis le plus à l’aise pour l’instant. Bien qu’il s’agisse d’une histoire fictive, je ressens quelque chose de très particulier lorsque je l’interprète. »

Armand : « Ma chanson préférée dans l’album est celle sur laquelle j’ai le plus travaillé, « Tears me Apart », car j’y ai repris les accords de « Sweet Sides », morceau de notre premier EP. On voulait faire un morceau plus jazz avec Ernest, et le jazz, c’est très difficile à écrire. J’ai alors réarrangé notre morceau, ce qui qui était assez plaisant à faire. J’ai aussi beaucoup aimé écrire « Day One », je me suis inspiré de Queen pour essayer de créer des ruptures et des discontinuités dans le morceau. Pour la fin de celui-ci, je me suis aussi inspiré de A Day in the Life des Beatles. J’en suis fier car je trouve le résultat très léché. »

Comment est-ce que vous écrivez vos textes ?

Ernest : « Je n’écris jamais mes thèmes à l”avance, mais lorsque j’ai une idée, je prends mon portable et je note une ou deux phrases qui sonnent bien à l’oreille. J’écris la majorité des textes avant que la musique ne soit composée. Ça me donne ainsi une sorte de modèle,  ça guide l’émotion et le message que je veux faire passer. Quand Armand me donne une première version de l’instrumentale, je réarrange les paroles en fonction du rythme pour qu’il y ait symbiose avec la musique. En fonction de la tonalité, j’essaie de modifier quelques paroles pour mieux correspondre au mood général de la chanson. »

Pourquoi avoir choisi l’anglais pour les chansons ?

Ernest : « J’ai choisi l’anglais parce que c’est ce que je préfère en terme de chant. Je trouve qu’il y a beaucoup plus d’harmonie dans les syllabes de la langue anglaise. C’est aussi que je ne pense pas avoir le niveau pour écrire des textes potables en français. »

Armand : « A mon sens, c’est difficile de faire de la chanson française à texte. C’est un travail monstrueux que d’écrire de bonnes paroles. »

Armand, tu es dans une école de musique : est-ce une vocation pour le futur ?

Armand : « Oui, c’est ce que j’aimerais faire. Plus jeune, je m’amusais déjà à composer des petits trucs dans l’objectif de faire des musiques de film. Après avoir vu le concert d’Arctic Monkeys, je me suis dit que j’aimerais faire quelques chansons et le lendemain j’ai composé ma première musique pour Last Pocket. J’ai trouvé que ce ne n’était pas si mal que ça, j’ai donc donc continué, et j’adore ça. Du moment que je fais de la musique, je me régale. »

Il y a une autre chose qui me plaît et m’attire énormément, c’est la scène. Faire de la scène, ce serait mon rêve.

Ernest

Et toi, Ernest, tu es en école de cinéma, mais la musique peut-elle être une vocation envisagée dans le futur ?

Ernest : « J’ai toujours aimé le chant, mais le souci est que je suis quelqu’un d’extrêmement timide. Ça s’améliore avec le temps, avant c’était catastrophique. Depuis que j’ai commencé Last Pocket avec Armand, je me suis rendu compte que le fait de chanter procurait une émotion particulière. Il y a une autre chose qui me plaît et m’attire énormément, c’est la scène. Faire de la scène, ce serait mon rêve. »

A ce propos, avez-vous déjà fait des scènes ?

Ernest : « On en a fait une dans un tout petit bar dans un tout petit bar, mais c’était chaotique. C’était organisé à la va-vite et le son était horrible. Nous avons fait notre premier vrai concert le 14 mars à la Péniche Cinéma. C’était à l’occasion de la fête du court-métrage et notre concert a duré  à peu près 50 minutes. »

Armand : « C’est quelque chose que l’on attendait avec impatience. On a un format relativement complexe, parce que tous les arrangements sont faits tous les arrangements sont faits à partir de mon clavier en ce qui concerne les guitares, les cuivres et et les cordes. Sur scène, étant donné que c’est juste Ernest et moi, je dois choisir un mix. C’est assez compliqué de trouver des bars qui ont le matériel nécessaire, et c’est trop cher pour qu’on puisse se l’acheter nous-mêmes pour le moment. Mais dès que l’on aura le matériel adéquat, on va saigner ça. »

Avez-vous des projets de clips ?

Armand : « On y réfléchit. Mine de rien, ça prend beaucoup de temps de clipper, il faudrait avoir un scénario si on le faisait. Ça représente beaucoup de travail, mais j’adorerais, ce serait tellement gratifiant.”

Ernest : « Étant en école de cinéma, et presque tous mes potes sachant que je fais de la musique, des gens m’encouragent à faire des clips. Peut-être que l’on va essayer de mettre en clip des chansons que le l’on trouve cool. »

Comment avez-vous fait pour vous organiser dans les enregistrements ? Êtes-vous allés en studio ?

Armand : « Pour ce qui est de la partie instrumentale, je fais tout chez moi. J’ai un ordi sur lequel se trouvent se trouvent mes bandes sonores et mes logiciels, il n’y aucun son qui ne soit enregistré en dehors de mon clavier. Ensuite, pour les sessions sessions d’enregistrement, on va chez Ernest. »

Ernest : « J’ai une sorte de Home Studio, il n’y a pas encore d’insonorisation mais une sorte de petit gadget qui permet d’avoir un petit effet studio, et j’ai un micro. Un vrai studio, à notre niveau, c’est compliqué, car on n’a pas énormément de budget et louer une heure en studio coûte affreusement cher. »

Armand : « C’est pratique parce que, quand il m’envoie des démos de chant, je peux lui dire si j’aime ou non non et on peut tester des trucs différents différents. Je trouvais également ça important que, pour nos premiers projets, on se débrouille à deux et que ça soit juste nous. Mais je commence à commence à ressentir le besoin de travailler avec d’autres gens pour avoir de l’aide, car c’est difficile de ne se débrouiller qu’à deux. »

Est-ce que vous auriez envie de travailler avec avec un label ?

Armand : « Le problème est que j’entends beaucoup de choses sur les labels. C’est intéressant pour la visibilité car ça donne des moyens et permet de faire des concerts, mais tu peux te retrouver très vite enfermé. Si aujourd’hui on a envie de mettre du jazz dans un morceau, on peut le faire, là où un label peut obliger à se cantonner. Évidemment il existe évidemment plein de labels qui respectent les artistes, mais on n’a pas assez d’expérience pour les différencier. Je pense que c’est important de faire ses preuves avant de prendre ce genre de décision. »

Quels sont vos projets pour la suite ?

Armand : « Ernest a envie que nous composions un deuxième album dans la foulée, moi je préfère que l’on se concentre sur le live. Nous aimerions faire plus de concerts, car c’est quelque chose qui nous tient vraiment à coeur. Avec les concerts, on va essayer d’amener plus d’auditeurs. On a envie de changer de style pour le deuxième album. J’aimerais bien partir sur du funk et de lae la drum pop** – et ça va me prendre du temps avant de choper le truc. Je souhaiterais que l’on fasse des singles, de temps en temps, et que l’on sorte aussi des petits essais moins réfléchis. »

Ernest : « J’aimerais bien que l’on sorte des morceaux un peu plus rythmés. Une chose qui m’intéresse énormément dans le chant est de réussir à faire danser les gens lorsqu’ils écoutent le morceau. Avec Armand, on a envie que les gens bougent de la tête en écoutant nos morceaux en concert. On veut rentrer dans le groove. »

C’est sur ces paroles que s’achève l’entretien avec ce jeune groupe. Le groupe sera en concert le 21 et le 26 juin. Merci à eux !

*le rock orchestral ou le rock symphonique est un sous genre du rock qui va mêler des éléments du rock mais aussi de la musique classique à travers l’utilisation d’instruments ou d’orchestration de musique classique.

**la drum pop est un sous-genre musical qui se définit par l’usage important de rythmes et de percussions, mais aussi d’une ligne basse bien définie.

Image de couverture : © Hortense Dufour