Dans la rédac’ de L’Alter Ego, peu de gens connaissent le père-cent. Pourtant, cette célébration lycéenne est un incontournable de la culture néo-aquitaine. Ancrée dans les traditions de la plus grande – et belle – région de France, elle est pratiquée dans la majorité des établissements.

Cognac, Père cent 2010 – © Charente libre

Cent jours avant le baccalauréat, les lycéens du sud-ouest en classe de terminale ont l’habitude de décompresser, à leur manière, avant de s’attaquer aux révisions. Déguisés, ils sèchent les cours de la journée afin de jeter des œufs et de la farine aux visages des premières et des secondes, parfois avec complément d’alcool, généralement sans préavis.

Cette journée c’était un moyen de se détendre 100 jours avant le bac.

Marc

Marc Coiffard témoigne : « Mon père-cent a commencé le matin, avec des potes à moi. On est allés acheter des œufs au Lidl et on s’est postés au gymnase pour les jeter sur les 1ère et les 2nd quand il sortiraient. Nous sommes ensuite retournés sur le parking pour attendre les secondes et premières qui sortaient du lycée et leur jeter des œufs, de la farine et du lait. On a fait la même chose que ce qu’il se passe tous les ans et on se « venge » des anciens terminales qui nous avaient bien arrosés aussi. On sèche les cours ce qui est bien, et en plus de ça on s’amuse donc c’est cool. Même si le temps n’était pas super ça ne nous a pas empêché de nous amuser. Cette journée, c’est le jeu du chat et de la souris entre les terminales et les secondes/premières. Nous on avait l’avantage parce qu’on pouvait se déplacer en voiture, et on mettait les œufs dans les coffres pour les rattraper et s’occuper d’eux comme il se doit (il n’y avait plus d’œuf au Lidl à la fin de la journée, on a dû aller en acheter à Intermarché). Bref cette journée c’était un moyen de se détendre 100 jours avant le bac (sans alcool bien sûr parce que je conduisais ) et de profiter un peu d’une journée tous ensemble. Les secondes et les premières peuvent se rassurer, leur tour viendra dans un an ou deux ».

Si les problèmes sont rares, cette tradition peut être surprenante pour ceux qui n’en n’ont jamais entendu parler. Et surtout un peu barbare, simple choc culturel.

En plus d’être une démarche qui interpelle en pleines mobilisations pour le climat. C’est, entre autre, ce sur quoi s’interroge Adèle Liaras, 1ère ES au lycée de Confolens (entre Poitiers et Angoulême).

« Le père-cent, je l’ai plutôt bien vécu. […] Ce sont mes amis qui m’ont lancé des œufs et de la farine. Ils m’avaient prévenue que j’allais prendre tarif. Certains autres ont été visés par vengeance. Mais je trouve que la démarche est plutôt cool, faire une journée « réservée » au terminales, cent jours avant le bac, je trouve l’initiative sympa… par contre, gaspiller autant de lait, d’œufs et de farine, c’est un peu moins génial. Surtout en ces temps de grosse prise de conscience à propos de l’environnement. En Allemagne par exemple, ils ont l’équivalent du percent mais sur toute une semaine. Chaque jour, un thème est annoncé, et tous les terminales doivent s’habiller selon le thème. Et le dernier jour de la semaine, ils barbouillent la figure des plus petits à l’aide de rouge à lèvre. C’est une vraie tradition. L’intérieur du lycée est décoré, les portes des couloirs sont bloquées par des rubalises. En fin de compte, j’aime cette idée de mettre en avant les terminales,, mais peut être qu’il existe des alternatives souhaitables aux attaques de bouffe. ».

Gaspiller autant de lait, d’œufs et de farine, c’est un peu moins génial. Surtout en ces temps de grosse prise de conscience à propos de l’environnement.

Adèle

Parmi les adultes, le père-cent ne fait pas non plus l’unanimité. S’il est populaire auprès des lycéens, il met souvent mal à l’aise les chefs d’établissements et les maires de communes. Ainsi, à Angoulême, le père-cent a tout simplement été interdit par Xavier Bonnefont, le maire de la ville. Il en va de même à Cognac ou à Libourne. Parfois, ce sont les chefs d’établissements eux-même qui empêchent le père-cent de se dérouler ou qui le sanctionnent. Mais la plupart du temps, la réaction des administrations est assez cacophonique, et finalement révélatrice de politiques qui, préférant pénaliser plutôt que de dialoguer, s’avèrent infructueuses.

Mais quel avenir pour le père-cent ? Lilian, en Terminale ES dans le même lycée qu’Adèle, nous partage son ressenti quant au père-cent. « C’est un moyen de décompresser avant l’arrivée du bac. C’est comme une coutume qui existe depuis très longtemps et c’est dommage que de moins en moins de personnes le fassent. » Le père-cent, une tradition vouée à disparaître ? L’avenir seul le dira, mais une chose est certaine : après le père-cent vient le bac… Alors bonne chance à tous les candidats !