Un discours structuré et une parole claire, Clélia Geonget ne correspond pas à cette image que beaucoup ont d’une jeune collégienne de 12 ans. Et pourtant, elle est l’une des jeunes figures des mobilisations et grèves pour le climat organisées à Clermont-Ferrand. C’est dans un café intimiste de la capitale auvergnate que j’ai choisi de la rencontrer pour savoir qui se cachait derrière cette figure juvénile, mais pas moins militante.

Pour commencer, peux-tu te présenter ?

Clélia Geonget : « Je m’appelle Clélia Geonget. J’ai 12 ans. Je suis une manifestante pour le climat et je suis engagée, depuis plusieurs années, dans cette lutte mais aussi dans d’autres, telle que la solidarité. C’est deux valeurs qui doivent être mêlées pour pouvoir vivre dans un monde meilleur. »

Clélia Geonget – © Johan Maviert pour L’Alter Ego/APJ

Acceptes-tu que l’on te qualifie de « Greta Thunberg clermontoise » ?

C.G. : « J’accepte, parce que les gens s’identifient à elle. Mais je n’aime pas l’idée que Greta “soit” le mouvement. Beaucoup me disent « Climat : Greta ! ». Non, Greta est une figure du mouvement. Elle n’a jamais voulu être célèbre et elle met sa notoriété au service de la cause. Le climat et la cause, ce sont des dizaines, des centaines, des milliers, des millions de gens qui se mobilisent. Je suis avant tout Clélia, pas Greta. »

Comment es-tu devenue l’une des figures des mobilisations clermontoises pour le climat ?

C.G. : « Je pense que ça s’est fait comme ça. Ce n’était pas voulu quand je me suis engagée socialement. J’ai participé à la création de marches et de grèves et, de fil en aiguille, j’ai commencé à devenir une des grandes organisatrices des marches et des grèves. Je fais souvent des discours et ça permet à certaines personnes de s’identifier à quelqu’un de jeune. »

D’où est née ta conscience militante et écologiste ?

C.G. : « Depuis que je suis petite, mes parents m’ont éduqué en prônant un mode de vie environnementaliste. Un mode de vie qui visait à moins consommer et à avoir conscience de tous les enjeux de notre société au niveau environnemental. Le vrai changement pour moi ça a été quand j’ai lu un journal dans lequel il y avait des photos choc où l’on voyait les conséquences du dérèglement climatique. D’abord, j’ai eu vraiment très peur et j’ai essayé de ne plus regarder ça. Tous les soirs, je pleurais. Ça m’oppressait énormément de savoir ce qui pouvait arriver. Et je ne comprenais pas pourquoi on n’agissait pas, alors que les conséquences étaient devant nos yeux. »

Le climat et la cause, ce sont des dizaines, des centaines, des milliers, des millions de gens qui se mobilisent. Je suis avant tout Clélia, pas Greta.

Clélia Geonget 

Parviens-tu à fédérer les camarades de ton âge autour de ton engagement ?

C.G. : « Dans mon collège, beaucoup sont engagés même s’ils ne viennent pas tous aux grèves. Presque tout le monde est avec nous et nous soutient. D’autres reprennent les avis de leurs parents. Beaucoup d’adultes sont sceptiques en ce qui concerne le climat en général et surtout sceptiques du fait que ce soit une fille de 12 ans qui organise ça. C’est compréhensible, mais en même temps ce n’est pas très intelligent parce que je ne suis pas la seule jeune consciente des intérêts en jeu. »

Quel est ton regard sur la situation environnementale actuelle ?

C.G. : « J’ai de moins en moins d’espoir. Je vois qu’on se mobilise, qu’on est des millions, qu’il y a des figures, comme Greta Thunberg, qui se démarquent. De plus en plus de gens nous soutiennent. Mais je perds espoir parce que les grands dirigeants politiques et les grandes entreprises font de plus en plus de greenwashing mais n’agissent pas vraiment. Je suis plus dans la colère et ma peur revient. J’ai l’impression qu’il ne se passe pas grand-chose au niveau politique. Finalement, c’est bien au niveau politique qu’il faut agir si on veut changer réellement notre société. »

© Clélia Geonget

Es-tu optimiste en ce qui concerne notre avenir sur cette planète ?

C.G. : « J’essaie de l’être. Je me dis qu’on est beaucoup à se mobiliser. Mais beaucoup de choses me font penser qu’on va vers un effondrement, qui sera sans retour. Si on continue comme aujourd’hui, à consommer et à surconsommer, à produire et à surproduire, on va vers plus de 6 degrés de réchauffement en 2100. »

Notre modèle sociétal est-il à remettre en question ?

C.G. : « Complètement. Quand on nous dit que nos règles ne peuvent pas aller avec l’environnement, ce sont les règles qui doivent changer pas l’environnement. Ce n’est pas nous mais le système qui doit changer. Dans notre société, il y a un idéal qui n’est pas en accord avec notre futur. Soit on continue de surconsommer, soit on choisit l’option de la survie. Moi, je propose l’option numéro deux. »

L’écologie et l’économie sont-elles conciliables ?

C.G. : « Je pense que les deux sont conciliables si on considère que notre économie ne peut plus fonctionner exactement pareil. Si on décide de modifier notre économie de manière à la rendre plus juste, plus équitable et plus éthique, on peut très bien concilier les deux. On peut faire une économie verte, par exemple, en favorisant les monnaies locales, qui ont trop peu de place. »

On ne veut pas vivre dans une urgence constante. On veut s’assurer un avenir.

Clélia Geonget

Selon toi, qui sont les responsables de la crise climatique et environnementale que nous traversons ?

C.G. : « Principalement, ce sont des responsables politiques qui devraient agir. Ils peuvent mettre en place des lois plus strictes et convaincre les gens qu’il existe une urgence climatique. Les gens n’arrivent pas tous à se convaincre de cette urgence parce qu’ils ne voient pas les conséquences. Par exemple, ils n’habitent pas à Venise où les habitants ont les pieds dans l’eau quatre fois par an alors qu’avant c’était quatre fois par siècle. Mais aussi, parce que les grands titres des journaux ne traitent pas de l’urgence climatique. Si les grands titres s’inscrivaient dans cette thématique-là et s’ils montraient des solutions, je pense que les gens pourraient s’en rendre compte. Mais pour l’instant, je ne suis pas sûre que tout le monde en ait conscience. »

Pourquoi les jeunes devraient-ils s’engager ?

C.G. : « Parce que c’est notre futur, pas celui de ceux de 75 ans. Nous qui avons entre 0 et 30 ans, on a encore des dizaines d’années à vivre. Et on n’a pas envie de les vivre avec 50 degrés en été. On veut les vivre dans des conditions vivables. On veut continuer à vivre dans une vie qui reste plausible. On ne veut pas vivre dans une urgence constante. On veut s’assurer un avenir. »

Selon toi, quel est l’avenir des mobilisations de jeunes pour le climat ?

C.G. : « Je pense que si les gens sont assez conscients, et la majorité le sont, ils vont se rallier à notre cause. J’ai bon espoir que des politiques, aussi, se rallient à notre cause. Et que les mobilisations pour le climat deviennent quelque chose de plus fréquent. Les grèves, c’est un peu à part. Le but n’est pas de rater les cours, comme le disent beaucoup. Le but est de bouleverser l’organisation, dans l’objectif de montrer que cette organisation n’est plus compatible avec demain et qu’il faut la changer. »

La jeunesse est-elle la victime ou la solution au cataclysme annoncé par les scientifiques et les experts ?

C.G. : « Les deux ! La jeunesse est la victime des adultes qui n’agissent pas et n’ont pas agi. Depuis 30 ans, on sait vraiment qu’il y a une urgence. C’est notre futur, à nous, qui est menacé. Mais nous sommes aussi la solution. Comme notre futur est menacé, on va se dire : ‘là, tout de suite, maintenant, sans attendre, il faut agir.’ Et si on se dit ça, on va être poussé à se fédérer pour trouver des solutions et les mettre en place. On sait que notre avenir est en jeu. »