David, étudiant en lettres à Paris, fait partie des jeunes ayant eu la chance d’être tirés au sort pour participer à la conférence citoyenne dédiée à la jeunesse. David, c’est aussi un profil atypique, qui agit un peu tous azimuts, qui défit la norme du « tu es jeune donc tais-toi ». Engagé politiquement et fondateur de Jeunesse Collective, un collectif de légitimation et de promotion de la parole jeune dans l’espace public, David est surtout un passionné, qui défend corps et âmes ses valeurs en faveur d’une jeunesse florissante. Ici, il nous livre à chaud ses impressions sur la première conférence de presse présidentielle du quinquennat d’Emmanuel Macron, jeudi 25 avril. La jeunesse a-t-elle sa place au sein de la sphère politique et est-elle suffisamment entendue ? Réponses dans l’entretien que nous a accordé David.

David Reviriego

Avant toute chose, pourrais-tu te présenter succinctement ?

« Je m’appelle David Reviriego et j’ai toujours été très investi pour lutter en faveur de la jeunesse. Je m’engage bénévolement dans de nombreuses causes : en tant que jeune ambassadeur chez ONE (une ONG mondiale) pour combattre l’extrême pauvreté, auprès du Parlement Européen pour lutter contre l’abstention (notamment des 18-24 ans) lors des prochaines élections européennes, et enfin avec le collectif dont je suis à l’origine : Jeunesse Collective. J’ai également écrit et continue parfois l’exercice pour quelques médias, le dernier en date étant justement L’Alter Ego. Enfin, professionnellement, je prépare actuellement le concours du CELSA (École des hautes études en sciences de l’information et de la communication) et suis en train de fonder en parallèle mon agence de communication. »

Tout d’abord, quelles sont tes premières réactions après cette conférence de presse ? Convaincu ou dubitatif ?

« Je suis mitigé. Il faut le reconnaître, certaines mesures sont audacieuses, comme, faisant suite à la conférence citoyenne nationale dédiée à la jeunesse, la continuation de ce système de tirage au sort que je trouve particulièrement juste. C’est un système qui permet à n’importe quel citoyen de faire partie du débat public, tout en le légitimant. Macron a choisi de perpétuer ce processus à travers la réforme du Conseil économique social et environnemental (CESE) et c’est une bonne chose. D’autres mesures ont été évoquées par rapport aux services publics, notamment avec la fin des fermetures, jusqu’en 2022, des écoles et des hôpitaux dont j’approuve l’audace même s’il n’a pas précisé si certains services et certaines classes seraient bel et bien fermés ou pas. Néanmoins, je ne suis pas d’accord avec les mesures annoncées par rapport à l’immigration et la laïcité. Ce sont des propos qui visent un électorat de droite dont je ne partage pas les valeurs et qui ne sont pas ressortis pendant le grand débat. Je trouve un peu “cavalier” de sa part d’en parler étant donné que cela ne faisait pas partie des préoccupations du grand débat. Il y a eu beaucoup de propositions peu détaillées ; il reste des choses à construire. D’autre part, il y a également beaucoup de choses à faire avec les ONG et les corps intermédiaires puisqu’il a dit [E. Macron] qu’ils rentreraient [lui et le gouvernement] dans une phase de concertation durant cette deuxième partie de quinquennat. »

E. Macron a affirmé vouloir faciliter le référendum à l’initiative du peuple. N’est-ce pas un léger pas en avant, malgré le refus de mettre en place le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne) ?

« C’est une question complexe… pour ce qui est des pétitions locales, c’est encore très flou mais cela va se préciser dans la réforme constitutionnelle, qui sera promulguée dès cet été. Après, je pense qu’impliquer le citoyen localement ne peut être que bénéfique. Les citoyens sont intéressés par ce qu’il se passe près de chez eux, au sein de leur commune. De même, j’ai trouvé son discours sur la décentralisation et son explication sur la responsabilité rationnels et pertinents. Il a expliqué que l’on s’en prenait souvent au chef de l’Etat pour tout et pour rien et donc qu’il fallait responsabiliser les élus pour dire aux citoyens : il y a plusieurs problématiques très définies qui sont conçues pour être traitées dans le cadre des élections départementales et municipales. Concernant la réforme du référendum d’initiative partagée, je trouve qu’abaisser de 4,5 à 1 million le nombre de signature du texte de la proposition en question est une bonne idée. La question du RIC me semble compliquée ; pour moi, le problème de la démocratie représentative demande énormément de pédagogie et d’investissements. Espérer le RIC sans contrepartie paraissait utopique. D’ailleurs, c’est un peu se moquer de la tête des gens que de dire : on vous donne le RIC mais, à la suite, on ne va pas vous expliquer comment ça marche, on ne va pas vous donner les clefs de compréhension. En l’état, je trouve que sa décision est juste car soit on le fait jusqu’au bout, soit on ne le fait pas du tout. »

Cette fois-ci en lien avec la jeunesse, penses-tu que les mesures rattachées à l’accès à l’éducation et à la lutte contre les injustices sociales, apparentes dès les “mille premiers jours” de la vie d’un enfant, soient suffisantes ?

« A vrai dire, je n’ai pas vraiment vu de mesures concernant la lutte contre les injustices sociales. Il a vaguement évoqué ces fameux mille jours cruciaux de la vie d’un enfant mais il n’y a eu aucune mesure concrète. Il n’y a finalement pas vraiment de réformes en profondeur si ce n’est tout reporter à 2022. Au fond, c’est mettre une bout de scotch sur le problème en disant “on passe à des effectifs à 24 de la Grande Section au CE1”. Certes, mais on va encore s’attendre à des réactions de professeurs, qui disaient d’ailleurs, à juste titre, que tous les changements d’effectifs auront des répercussions sur les classes supérieurs. Donc si c’est pour enlever quelque chose à quelqu’un et le donner à l’autre, c’est d’une part très démagogique et d’autre part peu utile. Cela nécessite des réformes plus profondes et plus efficaces. Pour ma part, c’est toute une pédagogie qu’il faut revoir, pour qu’elle ne soit plus verticale mais horizontale. On a un système très vertical où c’est le professeur qui parle et non pas les élèves, où les élèves doivent lever la main pour prendre la parole, ce qui fait qu’une fois adulte, la plupart d’entre-eux sont mal à l’aise. Notre système est un système biaisé qui ne fonctionne pas. »

Si on ne prend plus aucune mesure pour permettre à la jeunesse d’aller mieux, comment veut-on que, derrière, celle-ci s’engage ?

David Reviriego

Ses ambitions écologiques, dont attendaient beaucoup les jeunes, sont-elles à hauteur de leurs espérances ou bien reste-t-il du chemin à parcourir ?

« Il a annoncé deux choses quant à la transition écologique. La première, l’organisation d’une convention citoyenne avec 150 personnes tirées au sort dans le cadre de la réforme du CESE afin de travailler sur ce sujet. Ensuite, il va créer un Conseil de défense écologique, un organisme chargé de faire des propositions sur ce même sujet. Je trouve cela vraiment fatiguant. L’urgence climatique est bien là, les ONG font un travail formidable avec des mesures prises quasi-instantanément, mais le gouvernement prend encore le temps de discuter, de concerter ses ministres et de produire des rapports, alors que ces rapports existent déjà et qu’il ne reste plus qu’à les appliquer. Je trouve facile et démagogique de laisser les citoyens trancher alors qu’on sait ce qu’il faut faire en agissant rapidement. Je suis toutefois d’accord avec l’idée d’intégrer les citoyens dans les décisions politiques mais, sur sur le thème de l’écologie, on a pas le temps de faire cela. C’est comme si on laissait le citoyen débattre pour ensuite traiter ses propositions plus tard. Il faut un certain courage politique pour mettre en vigueur des mesures le plus rapidement possible. Aujourd’hui, il n’y a rien de concret qui est fait. Demain, je ne vois pas de quelle manière on va réussir à réduire notre empreinte écologique. J’ai encore du mal à me projeter, c’est vrai, et c’est décevant. Les jeunes ne se sont pas reconnus dans les propos tenus jeudi par E. Macron, moi non plus. »

Aucune allusion n’a par ailleurs été faite quant aux revendications des jeunes (principalement sur le thème de l’écologie) lors de cette conférence. Assistons-nous à un oubli total de la jeunesse ?

« Tout à fait. C’est scandaleux, parce que c’est un oubli à des fins purement électorales. On est à un mois des européennes et on sait très bien que les personnes qui se mobilisent sont les retraités. Il y a eu un discours d’une heure et demie sur les retraités et les sujets qui les préoccupent, tout simplement parce que ces personnes sont les plus anxieuses vis-à-vis de nombreux sujets comme la laïcité, l’immigration, la réindexation des retraites sur l’inflation et donc plus touchées que la jeunesse. »

Les jeunes ne se sont pas reconnus dans les propos tenus jeudi par E. Macron, moi non-plus.

David Reviriego

« Malgré tout, on ne s’adresse absolument pas aux jeunes alors que la tranche d’âge de la jeunesse est celle qui est la plus pauvre en France et cette situation va en s’empirant. Aucune mesure n’a été prise à leur égard alors que l’on veut inclure les jeunes en politique. C’est ce qu’il a fait (E. Macron) en instaurant le service national universel (SNU) et en martelant que ce serait un tremplin pour l’engagement mais, si on ne prend plus aucune mesure pour permettre à la jeunesse d’aller mieux, comment veut-on que, derrière, celle-ci s’engage ? »

Doit-on encore attendre quelque chose de la part du gouvernement et, cas échéant, se tourner vers l’Europe, avec, par exemple, le groupe Europe Ecologie les Verts (EELV) qui préconise de nombreuses mesures en faveur de la jeunesse ?

« Je pense que c’est une bonne chose que de penser à l’échelle européenne mais je pense aussi qu’il ne faut pas opposer les politiques nationales et européennes. Le parlement et la Commission Européenne ont certes des directives qu’ils donnent aux Etats (et aux régions) mais qui ne sont pas pour autant coercitives. C’est-à-dire que l’Etat n’est pas obligé de l’appliquer dans sa loi. A l’heure actuelle, beaucoup d’entreprises se font à l’échelle nationale même si l’Europe fait énormément de choses sur le thème de l’écologie ou du numérique. Son plus gros problème est qu’elle n’est pas coercitive. Par ailleurs, j’aimerais croire à une Europe progressiste et qui permette d’avancer, dont on verra les résultats le 26 mai prochain. Malgré tout, j’ai peur que l’Europe ne devienne un plus conservatrice qu’elle ne l’est déjà et je préfère compter sur un État progressiste et sur la France plutôt que sur l’Europe. En définitive, il faut travailler sur les deux plans et espérer qu’il y aura une forte mobilisation de la jeunesse. »

Pour finir, toi et plusieurs autres jeunes (34 au total), suite au grand débat, ont décidé de fonder Jeunesse Collective, un collectif visant à promouvoir la parole jeune au sein de l’espace public. Peux-t-on en savoir un peu plus sur cette organisation, sa manière de fonctionner et ses actions ?

« Tout d’abord, Jeunesse Collective est un collectif de légitimation et de promotion de la parole jeune dans l’espace public et j’ai décidé de le créer à la suite de la conférence citoyenne nationale dédiée à la jeunesse. Je me suis rendu compte qu’il y avait de nombreux jeunes qui souhaitaient faire entendre leur voix dans le débat public mais, par manque de confiance ou par peur de l’illégitimité, préféraient s’autocensurer. Ces jeunes ont pourtant plein de choses intéressantes à dire, mais ils ont l’impression que ça ne leur est pas accessible. On leur fait comprendre aussi que “si tu es jeune, tu dois te taire”. Je suis donc parti de ce constat et j’ai décidé d’aboutir à quelque chose de très concret parce que je sentais qu’il y avait une volonté qui n’est malheureusement que très peu efficiente, par manque d’actions concrètes. »

On leur fait comprendre aussi que ‘si tu es jeune, tu dois te taire’.

David reviriego

« J’ai ainsi proposé à des jeunes issus du grand débat mais aussi à des jeunes de toute la France, qui ont des aspirations et des projets différents, de rejoindre un collectif. Le but est d’avoir plusieurs actions dans le temps comme la production de rapports destinés aux pouvoirs publics sur les mesures politiques à adopter en faveur de la jeunesse, faire des plaidoyers politiques, des promotions dans l’espace public et dans les médias de la parole jeune, de grands évènements qui vont arriver dans les mois qui viennent avec des “tables-rondes” et des plénières sur la jeunesse. On y abordera des témoignages de jeunes mais aussi des Keynotes d’universitaires (sociologues, économistes et psychologues) et des questions telles que la place des jeunes en société et leur légitimité au sein de l’espace public. »