Nous sommes jeunes étudiants et nous sommes désabusés face à la nouvelle échéance électorale. La jeunesse et l’ensemble du corps électoral européen méritent une meilleure prise en considération des élections européennes.

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Chamboulée par un Brexit interminable, mise à mal par ses propres insuffisances et les critiques incessantes, l’Union Européenne vit en 2019 une année décisive. Nous aimerions pouvoir voter de manière éclairée après plusieurs semaines de débat réel sur les enjeux et réformes à considérer au niveau européen. Cependant, plutôt qu’un évènement-charnière, les élections de mai prochain se profilent comme un non-évènement. En effet, plutôt que l’engouement escompté d’une échéance électorale, ce sont le dépit et la lassitude qui se donnent rendez-vous le 26 mai prochain. Le dépit car l’abstention y sera fleuve et que ce désintérêt semble inéluctable. La lassitude car si peu est mis en œuvre pour y remédier et le seul intérêt demeurant est celui des critiques.

L’Union Européenne fait débat ; nous le savons. Ses erreurs, ses insuffisances et ses absences sont montrées du doigt et pourtant le sujet est passablement mis de côté dans notre actualité et dans les débats politiques. Comment un sujet aussi clivant jusqu’à l’appartenance même à cette Union peut-il être mis à ce point aux oubliettes ? Pourquoi les enjeux européens sont-ils absents de cette campagne ou s’ils apparaissent, de manière trop ponctuelle comme seulement lors d’un débat télévisé ? Pourquoi, alors que les têtes de liste sont invitées dans toutes les matinales de radio, les questions tiennent-elles essentiellement de l’ordre national ? Pourquoi les médias parlent-ils si peu des institutions européennes et de leurs activités ?

Nous suivons des études différentes, nous avons des sensibilités politiques différentes. Pourtant, nous nous accordons à être déçus par toute la classe politique à l’approche des élections. Le Rassemblement National ne souhaite plus quitter l’Union : malgré ses velléités nationalistes, l’expérience brûlante du Brexit et la technicité de la chose semblent l’effrayer. Chez les Républicains, le candidat de tête François-Xavier Bellamy semble oublier que sa propre famille politique siège majoritairement au parlement européen et que les Présidents de la Commission Européenne en sont tous issus depuis 2004. La liste « Renaissance Européenne » poursuit la stratégie gouvernementale de « nous ou le chaos », radicalisant les positions, réduisant tout débat sur le sens à donner à cette Union si bien qu’un citoyen europhile passe aujourd’hui pour un macroniste béat. La gauche semble plus désunie que jamais, feignant d’ignorer que les multiples listes se retrouveront certainement dans les mêmes groupes parlementaires. La plupart des forces d’opposition nationalisent le débat en proposant que le scrutin soit une évaluation de l’action gouvernementale. Cette tendance médiocre est perçue comme normale et nous, jeunes qui allons connaître nos premières élections européennes, sommes maussades à l’idée qu’une campagne électorale ne parvienne pas à s’élever et à être à la hauteur de l’évènement.

Nous avons vingt ans, européens convaincus ou non, et nous demandons à la classe politique française, à l’Union Européenne et à l’ensemble des citoyens de faire leur travail. Nous réclamons une campagne à la hauteur de l’enjeu qu’est le scrutin européen aux prochaines élections. Il n’y a qu’en permettant aux citoyens d’avoir accès facilement aux informations de campagne et aux actions de l’UE que nous sortirons de cette crise de légitimité et de confiance citoyenne envers l’Union. Avoir une vraie campagne électorale ne peut qu’être bénéfique pour l’Europe et pour les électeurs.

Signataires : Gauthier Ratinaud, Nicolas Basset, Lou Valade, François Bohin, Pierre-Louis Comoz, Olivier Bedoin, Martin Devaulx de Chambord, Quentin Cellerier, Anne Duchemin, Alexandre Gouye, Jade Lacoume, Pierre Flin, Jocelyne Akpatcha, Mathilde Jourde, Arthur Corman, Lothaire Beguery, Emma Bonnaud, Rémi Leleu, Charlotte Vergne, Alexandre Degas.

image de couverture : © Stuart Chalmers via flickr