Cette grève est la première à avoir été organisée dans le monde entier par des jeunes. Cet événement de grande ampleur a réuni plus d’un million de jeunes dans le monde, dont 150 000 en France. Mais pourquoi avoir pris part à la grève mondiale pour le climat ? Quelles sont les motivations de celles et ceux qui ne sont pas allés en cours le temps d’un après midi pour la planète ?

© Anaïs Schram pour L’Alter Ego/APJ

Pourquoi avoir pris part à cette marche ?

Depuis des années, on nous répète que la planète est en danger, que nous polluons trop, que nos petits-enfants vivront dans un monde où des villes comme Venise ou Amsterdam seront submergées, dans lequel des écosystèmes entiers comme la barrière de corail seront détruits et des espèces telles que l’axolot, l’okapi et bien d’autres auront disparu. On nous parle d’une sixième extinction de masse et on nous présente une planète au bord du gouffre. Mais c’est, bien évidemment, plus facile de le dire que d’agir.

Les associations ne sont pas écoutées alors qu’elles tirent la sonnette d’alarme en permanence, on veut nous faire croire que de petites actions banales peuvent sauver la planète : c’est faux.

Des politiques comme Emmanuel Macron se prétendant écologistes n’interdisent pourtant pas des pesticides nocifs tels que le glyphosate, ou parlent de développement durable mais sans proposer un changement radical, refusant de revoir tout un système, celui du capitalisme, et se mettant des oeillères. Nous, jeunes, avons décidé de passer des paroles aux actes, car c’est nous qui héritons de cette planète malade ; c’est à nous qu’on la laisse et à qui on dit très clairement qu’elle doit être sauvée. Alors, le vendredi 15 mars, malgré l’annonce du ministre de l’Éducation nationale d’organiser des débats dans tous les lycées, nous avons préféré sécher les cours pour pouvoir permettre à nos enfants d’avoir un avenir, pour manifester afin, peut-être, de ne pas se retrouver avec une Terre à l’agonie dans les décennies à venir. Pourquoi ne pas aller en cours ? Pourquoi risquer son avenir pour manifester le vendredi ? Pour répondre à cette question, reprenons l’argument de Greta Thunberg : à quoi bon travailler pour un avenir qui n’existera peut-être pas ? Mieux vaut agir pour se garantir un avenir concret que de rester à travailler en classe pour un futur inexistant, effrayant et qui ne sera sans doute pas là. C’est pour ces raisons que nous avons participé à cette grève mondiale pour le climat, qui a réuni plus de 40 000 personnes à Paris.

© Jules Ferrini pour L’Alter Ego/APJ

En marche… pour la planète !

La marche débute au pied du Panthéon et, rien que pour s’y rendre, la démarche est complexe. Les métros sont bondés de jeunes qui veulent manifester, munis de leurs pancartes ou maquillés de vert. La manifestation débute donc dans le Quartier Latin et s’achemine lentement vers les Invalides, dans une ambiance familiale et bon enfant. Parmi les manifestant.e.s se trouvent des très jeunes, des personnes âgées, des parents, mais surtout des collégien.ne.s, lycéen.ne.s et étudiant.e.s en masse. Nous avons du mal à avancer, à se frayer un chemin : c’est noir de monde. Nous étions un peu effrayées, nous pensions que personne ne viendrait… nous avons visiblement bien fait de ne pas aller en cours, cela n’était pas vain. Nous tenons à donner une mention spéciale pour l’inventivité des manifestant.e.s : les pancartes recelaient de slogans originaux tels que  « Arrête de niquer ta mer », « Non assistance à planète en danger », « Nique le patriarcat pas la planète », « Chaud devant » ou encore « Que va devenir Sophie la girafe ? ».

© ANAÏS SCHRAM POUR L’ALTER EGO/APJ

Les jeunes manifestant.e.s sont festifs, joviaux, la marche est accompagnée d’une batucada et d’une fanfare qui sont venues s’immiscer dans la foule et rejoindre le mouvement. La manifestation se déroule dans une ambiance bon enfant. Des jeunes filles ont customisé leur chapeau et leur pantalon, des lycéen.ne.s ont des bandes vertes dessinées sur la joue, certain.e.s portent sur leur dos des pandas ou des tortues en peluche, une jeune fille a maquillé l’entièreté de son visage en planète Terre… Il fait gris, mais la pluie n’a pas pointé le bout de son nez et l’arrivée aux Invalides se fait en fanfare. Les manifestant.e.s viennent des quatre coins de la région : certain.e.s sont en provenance des Beaux Quartiers, d’autres de Pantin, de Neuilly-Plaisance, des Hauts-de-Seine et de bien d’autres endroits. Cela montre bien que l’écologie est une question qui touche les protestataires d’où qu’ils soient : c’est une question qui nous préoccupe tous.tes et qui nous inquiète. Contrairement à d’autres combats, celui de l’écologie semble rassembler de multiples personnes ; lorsque nous manifestons pour l’écologie, nous n’appartenons plus à une nationalité ou à une catégorie précise, nous sommes des habitant.e.s de la Terre et nous voulons faire en sorte de lui garantir une survie, ou du moins un sursis avant de s’éteindre.

© ANAÏS SCHRAM POUR L’ALTER EGO/APJ

Sommes nous vraiment prêt.e.s à changer de mode de vie pour palier à cette crise écologique ?

De nombreux politiques ont salué les actions des jeunes dans le monde entier, et cela même en France. Nombreux sont ceux qui se sont dits admiratifs, émus devant une telle mobilisation de la jeunesse. Mais cela ne suffit pas : nous, ce que nous voulons, ce sont des mesures concrètes et un moyen de stopper cette crise écologique, et pour cela, il faut repenser le système dans lequel on a évolué depuis toujours, revoir nos habitudes, repenser notre mode de vie.

En effet, le capitalisme vert n’est pas la solution, car c’est en partie ce système économique par son productivisme et son appel à la consommation permanente qui a entraîné cette crise écologique. Et les manifestant.e.s en ont bien conscience : ces personnes sont prêtes à changer de mode de vie pour ne pas empirer l’état de la Terre, qui commence à se fissurer lentement. Se battre pour le climat, c’est montrer que cela ne nous fait pas froid aux yeux de renoncer à certains de nos conforts afin de retarder le processus du réchauffement climatique.

© ANAÏS SCHRAM POUR L’ALTER EGO/APJ

Marcher pour exprimer notre désaccord avec la politique menée jusqu’ici est une première étape parmi tant d’autres, et celle-ci permet une prise de conscience. Toutefois, un autre cap doit être franchi : les acteurs politiques doivent prendre des décisions et appliquer des mesures à la hauteur de la crise écologique que nous sommes en train de vivre. Il est évident que nous aurons du mal à oublier nos iPhones et nos habits fabriqués par les marques de prêt-à-porter qui sont une source importante de pollution, mais si les politiques s’y mettent, ce sera alors plus facile. De notre côté, nous continuerons à manifester, à se faire entendre par des actions de protestations, et nous essaierons d’appliquer des actions concrètes : manger moins de viande, réduire les trajets en avion au maximum, favoriser les transports en commun, réduire nos déchets et notre consommation de produits polluants comme nous le pouvons.

Les manifestations pour le climat vont se poursuivre et se multiplier. Celle du 16 mars, la Marche du Siècle, a réuni quelques 100 000 manifestant.e.s à Paris selon les organisateurs – 40 000 selon les autorités – et 350 000 personnes en France. Cela montre bien que l’écologie n’est plus une question d’ordre secondaire, mais qu’elle doit être au centre des préoccupations de nos politiques, car la situation devient de plus en plus urgente. Et ça, les citoyen.ne.s du monde et de la France semblent bel et bien l’avoir compris.

Photo de couverture : © Anaïs Schram pour L’Alter Ego/APJ