Admission post bac (APB) a cédé sa place à Parcoursup lors de la rentrée scolaire de l’an dernier. L’objectif ? Mettre un terme aux 60% d’échec en licence. Voulu par le gouvernement d’Edouard Philippe, cette nouvelle plateforme a soulevé diverses questions et a présenté nombre de situations inattendues. Le stade de l’expérimentation est passé pour Parcoursup, l’heure est maintenant au bilan.

Bien que nouvelle, la plateforme Parcoursup n’a pas été vue positivement par tous les élèves souhaitant poursuivre leurs études dans l’enseignement supérieur. Si un grand nombre d’étudiant.e.s ont été accepté.e.s dans la formation qu’ils et elles visaient, d’autres ont passé leurs vacances d’été à consulter quotidiennement cet outil pour espérer y voir une réponse favorable. De vives critiques et de larges mobilisations lycéennes et étudiantes se sont faites entendre, notamment portées par des syndicats étudiants tels que l’UNEF ou Solidaires étudiant.e.s, sans que de réels changements ne surviennent. Parmi les revendications figurait l’abrogation de Parcoursup. Quelle est la source des mécontentements que lycéen.ne.s et étudiant.e.s ont et continuent de manifester ? Retour sur une année d’expérimentation pour tenter d’en comprendre les raisons.

Un bilan chiffré nuancé

Les chiffres officiels, publiés le 5 septembre 2018, révèlent que pour l’année scolaire 2017/2018, la plateforme Parcoursup comptait 812 000 inscrits. Parmi eux, 583 000, soit un peu moins de 72% des inscrits, ont accepté définitivement une formation. Ce qui signifie que 229 000 candidats se sont retrouvés sans réponse, en attente d’un voeu qui les satisfassent véritablement ou ont démissionné de la plateforme. Néanmoins Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, persiste en faisant le constat, sur les ondes de France Inter en décembre dernier (1), que cet outil avait globalement bien fonctionné lors de l’année écoulée, en déroulant un catalogue de chiffres et de pourcentages flatteurs.

©  camille tinon POUR L’ALTER EGO / APJ

Quelle nouvelle méthode ?

Parcoursup se veut être un dispositif nouveau d’affectation des lycéen.ne.s dans l’enseignement supérieur. Désormais les candidat.e.s n’ont que dix choix à formuler contre vingt-quatre précédemment. Le nombre de voeux est donc restreint pour celles et ceux qui souhaitent entrer dans le post-bac. Autre élément majeur, les voeux effectués ne sont pas classés par ordre de préférence. Si certain.e.s voient là une façon de confirmer ses choix en disposant de plus de temps, d’autres dénoncent un effet pervers de la plateforme qui consiste à produire une surabondance de voeux. Pour Guillaume Ouattara, ancien étudiant en informatique et désormais journaliste à Campus-Channel, l’absence de classification des voeux sur Parcoursup conduit à une “congestion du système” (2). Cette profusion de voeux induit notamment un allongement des délais d’attente et “laisse beaucoup plus de candidats dans l’incertitude à dix jours de la rentrée” conclut-il. Le risque est grand de voir un.e futur.e étudiant.e se décourager et perdre espoir face à ces délais d’attente qui n’en finissent pas.

Parcoursup a également été critiqué pour la sélection qu’il aurait mis en place. Guillaume Ouattara a décrypté le code source de Parcoursup (3). Selon lui, des “critères sociaux” sont pris en compte dans le classement des dossiers. Par exemple, la réputation d’un lycée, son pourcentage de réussite au baccalauréat ou encore le potentiel redoublement d’un.e lycéen.ne sont autant d’éléments qui ont pu être scrutés par les universités. Néanmoins, ces dernières n’ont pas communiqué les critères qu’elles ont utilisé pour classer, et donc sélectionner, les dossiers des candidat.e.s. Les établissements de formation entretiennent ainsi un flou pesant.

Cette nouvelle méthode Parcoursup a tout de même permis l’arrivée de parcours adaptés, dits “oui si”, pour les étudiant.e.s les plus en difficulté. Ces dernier.e.s peuvent ainsi bénéficier d’aménagements spécifiques qui devraient leur permettre une meilleure réussite dans leur formation. Des heures d’accompagnements ont été proposées aux étudiant.e.s en parcours “oui si”. Néanmoins, ces aménagements sont fonction du budget de chacune des universités en France et ils peuvent ainsi varier d’une faculté à une autre.

Des expériences qui contredisent le discours officiel

De nombreux inscrits sur Parcoursup ne savaient toujours pas quel serait leur avenir scolaire à l’approche du 3 septembre 2018, date de rentrée universitaire. C’est le cas de Lucas. Alors lycéen en filière professionnelle, il décide de s’orienter vers une licence Administration Économique et Sociale au sein de l’Université Clermont Auvergne (UCA) pour poursuivre ses études. Avant le 31 mars 2018, tout en respectant les délais, il formule ses vœux sur la plateforme Parcoursup. Il se retrouve alors en liste d’attente, bien que cette université n’ait pas eu recours à la sélection comme le précise Mathias Bernard, président de l’UCA. En effet, dans cette université, les dossiers des candidats n’ont pas été sélectionnés mais “classés” pour les filières dites “en tension”. Se pose alors la question des facteurs qui déterminent cette hiérarchisation et celle de la différence véritable entre sélection et classement. On peut aussi se demander si le baccalauréat dont un.e candidat.e est titulaire est un élément pouvant favoriser ou désavantager sa candidature. Lucas s’inscrit alors pour la phase complémentaire de Parcoursup, souhaitant continuer ses études dans l’enseignement supérieur. La réponse pour sa formation tant souhaitée ne lui sera communiquée que quelques jours avant la rentrée universitaire. C’est donc dans une grande urgence que son inscription à la faculté sera effectuée.

Les étudiant.e.s qui rêvaient de l’université ne sont pas les seul.e.s touché.e.s par ces situations particulières liées à Parcoursup. Certain.e.s étudiant.e.s souhaitant entrer en classe préparatoire ont eu des sueurs froides à la vue des réponses données par cette plateforme. C’est le cas de Sophie (4), aujourd’hui étudiante en classe préparatoire en mathématiques. Son choix s’est porté sur un établissement de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Comme elle le confie, ses professeurs lui avaient confirmé « qu’il n’y aurait pas de problème » concernant ce vœu et qu’elle serait acceptée au sein de cette formation. Mais le 22 mai, jour des réponses des établissements de formation, Sophie se retrouve dans les dernières places de la liste d’attente. Elle reste alors dans l’incompréhension face à cette situation. Mais, à la fin du mois de juillet, des professeurs de l’établissement dans lequel elle souhaitait étudier la contactent. « Parcoursup a fait son classement n’importe comment et [elle se trouvait] injustement reléguée au fond de la liste, derrière des dossiers bien moins bons que le [sien] » lui expliquent-ils au téléphone. La plateforme d’entrée dans le supérieur a donc opéré un classement des dossiers totalement différent de ce que souhaitait son établissement de formation. S’en est suivi une démission de Parcoursup pour cette étudiante qui n’avait plus rien à en attendre. « C’est grâce aux professeurs de mon établissement que je suis là où je voulais être, pas grâce à Parcoursup », conclut-elle.

© HUGO NOULIN VIA FLICKR

Quelle va être la situation pour cette année ?

La plateforme évolue en 2019. La procédure d’affectation sera désormais close le 19 juillet pour résoudre les problèmes de délai subis en 2018. De plus, les dossiers des candidat.e.s seront anonymisés à l’exception de leur lycée d’origine pourtant responsable d’inégalités sociales et territoriales.

Il ne reste plus qu’à souhaiter que l’année scolaire en cours ne réserve pas ces mêmes situations aux lycéen.ne.s d’aujourd’hui. Durant leur année de terminale, ces dernier.e.s sont déjà plongé.e.s dans une atmosphère source de questionnements et d’angoisses, le baccalauréat approchant. Une telle plateforme, rajoutant encore davantage d’interrogations, n’est peut-être pas la meilleure des façons d’appréhender l’entrée dans l’enseignement supérieur. Ces lycéen.ne.s ne peuvent donc pas percevoir leur avenir de façon sereine d’autant que l’information concernant l’orientation qui leur est délivrée n’est, bien souvent, pas des plus idéale. Si les professeurs principaux en classe de terminale ont acquis un rôle majeur dans l’accompagnement des élèves pour leur orientation, leur formation et leurs compétences ne sont pas celles d’un conseiller d’orientation.

(1) Le grand entretien avec Frédérique Vidal par Nicolas Demorand et Léa Salamé, France Inter, mercredi 19 décembre 2018.

(2) Entretien de Guillaume Ouattara pour Brut, 21 août 2018.

(3) Entretien de Guillaume Ouattara pour Brut, 23 mai 2018.

(4) Son prénom a été modifié.

image de couverture : © HUGO NOULIN VIA FLICKR