La jeunesse est dans la rue. Il y a eu le succès des premières marches pour le climat en 2018, puis les deux millions de signataires de la pétition soutenant le projet d’attaquer l’Etat français en justice pour inaction climatique, une démarche à l’efficacité déjà éprouvée en Suède. Désormais, chaque vendredi, des lycéens et étudiants européens manifestent pour réclamer une véritable politique écologique. Un nouveau mouvement qui témoigne de la possibilité d’un réveil citoyen réel contre la sixième extinction de masse et le manque criant de courage des puissants qui alignent les vibrantes déclarations de bonnes intentions sans prendre les mesures adéquates. Ce réveil est celui d’une génération qui doit s’unir.

Du tri sélectif à la révolution écologique

« La jeunesse pour le climat » est une déclaration qui a le mérite de la clarté mais qui fait courir le risque pour ces militants d’être, un jour ou l’autre, renvoyés à leur âge. Ils sont brillamment incarnés par Greta Thunberg, cette suédoise de 15 ans qui a initié la première grève pour le climat. Ce n’est pas parce qu’ils sont jeunes que les lycéens et les étudiants sont mobilisés sur les enjeux climatiques. Distinguons l’âge, qui compte si peu, de la génération. Nés 25 à 30 ans après le Rapport Meadows(1) sur les limites de la croissance dans un monde fini, ils sont entrés dans la vie à l’heure où de plus en plus d’espèces en sortent à jamais et ont grandi dans l’alarme écologique. Biberonnés au tri sélectif, ils ont maintenant l’âge de voir plus loin et se convainquent, à mesure que les médias se font l’écho des rapports du Giec(2) et des catastrophes naturelles, qu’Emmanuel Macron n’est pas le champion de la terre mais le héraut d’un capitalisme vert(3) qui ne permettra jamais de maintenir les émissions de gaz à effet de serre à des niveaux viables. Cette génération n’a pas de tabous et a perçu sans se perdre dans de fastidieux débats le lien entre un système économique et la mécanique de destruction de la biodiversité. « Ecologie libérale, mensonge du capital », le slogan écologiste repris par les étudiants ne souffre d’aucune ambiguïté.

© Anders Hellberg

Vers une convergence sociale générationnelle

L’atout de cette génération est donc la possibilité de se libérer d’un carcan idéologique consumériste, dont nos parents et leurs parents sont souvent imprégnés parce qu’il a rimé pour eux avec plein emploi et paix sociale, à une époque où les cris d’alarme écologistes étaient passés sous silence. Cette conscience écologiste sincère est un trésor, mais attention à ce qu’elle ne soit pas l’apanage d’une élite des capitales. La contestation des élites par la jeunesse a un autre visage, bien différent de celui des manifestants des grandes villes européennes. Une partie de la jeunesse française vote largement pour le Rassemblement National, notamment dans les régions désindustrialisées où elle subit le chômage de masse qui ruine toute perspective d’avenir. Elle aussi s’est affranchie des blocages idéologiques et principiels de ses aînés, excédée par des politiques en qui elle ne se reconnaît pas. Les conditions l’ont poussée vers un parti qui lui trouve des boucs émissaires tout désignés. Si la bataille pour le climat est l’affaire d’une génération, celle-ci doit converger vers un projet politique intégral, qui s’empare de toutes les questions. La porosité des électorats du RN et de la France insoumise incarne la possibilité que la rengaine xénophobe se mue en la défense d’un projet social et écologique. Les grévistes du climat ne doivent jamais oublier leurs camarades, dont peut-être les parents sont des gilets jaunes. L’avantage des adeptes du vote contestataire est qu’ils sont prédisposés à s’engager dans des projets de société alternatifs. Reste à organiser la convergence.  

© Océane Colson pour L’Alter Ego / APJ

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Limites_%C3%A0_la_croissance

(2)https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2018/02/SYR_AR5_FINAL_full_fr.pdf

(3) http://www.regards.fr/acces-payant/archives-web/herve-kempf-et-pascal-canfin-le,3993