En France, les étudiant.e.s, lycéen.ne.s et collégien.ne.s ou encore jeunes travailleur.euse.s s’organisent pour l’écologie. Sur de nombreux campus naissent des Assemblées Générales  vertes, les pages Facebook de mobilisations fleurissent, et les appels à la grève pour le climat se multiplient.

Mais cette  mobilisation pour le climat est différente des mobilisations estudiantines précédentes. Elle ne ressemble à aucune autre car elle porte en elle la désobéissance civile. Dans les assemblées générales, beaucoup le répètent : « les marches, les pétitions ça ne sert à rien. Il faut instaurer un rapport de force ».

Alors, les étudiant.e.s mobilisé.e.s réalisent chaque vendredi matin, en parallèle des marches, des actions de désobéissance civile : blocage, sit-in, action anti-pub… Cette tendance à l’illégalité dite légitime se confirme par l’engouement soudain que rencontrent les formations à l’action non violente. Une activiste du collectif ANV COP21 – qui décroche notamment les portraits de Macron des mairies – l’a aussi remarqué : « depuis novembre, on a de plus en plus de nouveaux arrivants. Je crois que c’est dû à un enchaînement d’événements : un été particulièrement marquant, avec de fortes chaleurs et des incendies, la démission de Nicolas Hulot, le succès des marches pour le climat, le rapport du GIEC, l’appel de Greta Thunberg, les Gilets Jaunes, puis plus récemment des températures extrêmes en Australie, 47 °C, et aux Etats-Unis, -48 °C. Tout cela a fait prendre conscience aux jeunes de l’enjeu climatique et social ».

Mais est-ce réellement l’enchaînement de tous ces événement qui peut expliquer la forte volonté de changer de mode d’action ? Est-ce la conscience de l’urgence climatique et sociale, la nécessité de changer de modes d’actions ou plutôt une simple envie de rébellion propre à la jeunesse qui alimente un tel désir de désobéissance ?

Sit-in devant le salon de l’Agriculture, vendredi 1er mars

Un mouvement dont la source est dans la désobéissance

À l’origine du mouvement écologiste étudiant d’aujourd’hui se trouve, sans conteste, la suédoise Greta Thunberg. Cette adolescente de 15 ans est en grève scolaire chaque vendredi depuis le mois d’août pour protester contre l’inaction des gouvernements face au dérèglement climatique. C’est cet acte de grève qui porte en lui un message fort de désobéissance. Désobéissance face aux adultes, qui n’agissent pas, mais également face à l’école, qui n’admet pas le droit de grève pour les écoliers, et plus globalement face au système actuel, qui prétend préparer les élèves à demain tout en sabotant leur futur. Néanmoins  comme elle le dit elle même : « Pourquoi devrions-nous étudier pour un futur qui n’existera bientôt plus ? ».

Lorsqu’une telle question a été posée, et que la réponse, évidente, qui apparaît dans les esprits est qu’il ne sert à rien d’étudier si la planète n’est plus viable, la nécessité d’agir s’impose d’elle même.

Blocage de la Caisse de Dépôts pour réclamer la décroissance énergétique le vendredi 22 février

La lucidité d’une génération

Les étudiant.e.s mobilisé.e.s pour le climat ont tous en commun cette peur de demain. Ils ne croient plus au futur qu’on leur vante et qu’on leur vend. Tou.te.s ont en tête les catastrophes qui nous menacent : inondations de grandes villes, vagues d’exilé.e.s climatiques -jusqu’à 250 millions en 2050 selon l’ONU- disparition du vivant, inégalités accrues, etc.

Face à un constat aussi effrayant, nombreux.ses sont celleux qui pourrait être pris de panique, ou pire, celleux qui pourraient être tenté.e.s de l’ignorer comme le font nos dirigeant.e.s, mais pas cette génération. Au contraire, la trajectoire actuelle leur donne encore plus de force. Animé.e.s par l’énergie du désespoir, ou par l’espoir d’un autre monde justement, iels s’organisent pour faire changer les choses.

Iels n’ont plus rien à perdre. C’est ce qui fait, malheureusement leur force. Iels seront la première génération à vivre concrètement les changements climatiques dus à des décennies d’inaction.

Dès lors, iels réclament des changements concrets et rapides. Iels veulent faire partie du changement. Pour cela, la désobéissance civile reste l’une des meilleures options. En effet, ce mode d’action leur permet d’agir concrètement contre une loi, une entreprise, une administration qui ne respecterait pas la planète.

L’échec de l’écologie individuelle et libérale

Il suffit de se rendre aux marches pour le comprendre, « Anti-anti-anti capitaliste aahaah », « écologie libérale, mensonge du capital » y entend-on. Le mouvement actuel ne demande pas simplement une croissance verte. Non, son message politique est plus radical. Il s’agit là de mettre fin à la stratégie des petits pas. Les étudiant.e.s mobilisé.e.s réclament un véritable changement de système de production, selon eux, puisque le système actuel détruit notre planète.

Pour de nombreux.ses militant.e.s la démission de Nicolas Hulot a montré que vouloir changer le système de l’intérieur n’était pas possible. De même, les nombreux recours légaux ne suffisent plus pour eux.elles. Que ce soit les nombreuses marches pour le climat, ou encore plus récemment l’Affaire du siècle signé par 2 millions de personnes, la légalité ne leur permet plus de faire pression sur les décideur.euse.s. Dès lors, l’action illégale devient légitime.

En quelques sortes, la mobilisation pour le climat remet au goût du jour un mode d’action utilisé dans bien des luttes lorsque le système législatif empêchait un changement par les voies légales : de Gandhi à Rosa Parks en passant par Nelson Mandela, tou.te.s ont usé de la désobéissance civile face à un constat d’échec des méthodes traditionnelles. Les actions non violentes que l’on peut observer depuis plusieurs semaines ne sont donc qu’une réappropriation du pouvoir décisionnel par le peuple, car comme l’a dit Greta Thunberg : « Le vrai pouvoir appartient au peuple ».