Depuis le discours de la jeune suédoise Greta Thunberg à la COP24, le mouvement écologiste semble avoir (re)trouvé une nouvelle jeunesse. En Belgique, en Allemagne, en Australie et en Suède bien sûr, des milliers de jeunes, collégiens, lycéens ou étudiants, entament des grèves pour le climat chaque vendredi – le jeudi pour la Belgique. Mais quid de la jeunesse française ? Depuis le 15 février, un mouvement d’étudiants se structure peu à peu et appelle à une grève hebdomadaire en vue de la grève mondiale du 15 mars.

© OCÉANE COLSON POUR L’ALTER EGO/APJ

Une élève du Tarn-et-Garonne a débuté bien avant cette date. C’est Ysée Parmentier. Elle a 14 ans, et chaque vendredi elle fait acte de présence dans son collège avec un brassard où on peut lire « Friday for Climate ». L’Alter Ego l’a rencontrée afin de mieux comprendre sa démarche.

Certaines personnes te connaissent comme la collégienne qui fait grève pour le climat, mais en quoi cela consiste-t-il concrètement ?

Ysée Parmentier : « J’essaie de sensibiliser les jeunes de mon collège à l’écologie, pour qu’ils se rendent un peu compte de ce que c’est, pourquoi il faut y faire attention, ce qui ne va pas en ce moment, ce qu’il faut changer, et surtout comment on peut faire.

Concrètement, cela passe surtout par les médias. Dans mon collège, ça prend un peu de temps mais j’essaie d’organiser des interventions, sûrement en avril, afin de sensibiliser aux actions du quotidien. On s’adresse surtout à des ados. »

Tu n’as pas évoqué ton brassard, as-tu arrêté cette action ?

Ysée Parmentier : « Non, je continue à le porter. Mais je ne fais pas seulement cela. Au début de je me suis dit « mince, je ne peux pas faire grève, qu’est ce que je peux faire à la place ? ». J’ai donc pensé au brassard. Même si j’avais peu d’espoir que ça fonctionne réellement, ça a surtout eu un impact symbolique. Beaucoup de jeunes viennent me voir pour me poser des questions.

Maintenant, j’essaie surtout de sensibiliser mes camarades. Faire comprendre qu’il faut aller plus loin. Le but est de se faire remarquer pour que, là-haut, ils se disent « wow, faudrait peut-être se bouger, là ». »

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D’autres élèves t’ont-ils rejoint dans cette action ?

Ysée Parmentier : « Pas énormément c’est vrai, une dizaine, mais les gens nous rejoignent toujours plus nombreux chaque semaine. »

Se démarquer au collège ce n’est jamais facile, est-ce que tu as eu de mauvais retours depuis le début de ta grève hebdomadaire ?

Ysée Parmentier :« Non, pas vraiment. Soit  les gens ne s’y intéressent pas, soit ils s’y intéressent mais de façon positive. »

On observe des mobilisations jeunes plutôt importantes en Belgique, en Allemagne, en Suisse ou encore en Australie, pourquoi ton cas reste-t-il assez marginal en France ?

Ysée Parmentier : « C’est très compliqué à dire. Quand je regarde de mon côté, c’est grâce à ma famille si je suis autant sensibilisée à l’environnement, alors je me dis qu’il doit y avoir un problème de sensibilisation et d’éducation. »

Et toi justement, tu t’inscris dans ce mouvement de protestation contre les dirigeants malgré le fait que tu sembles plus tournée vers la sensibilisation ?

Ysée Parmentier : « Oui, ça suit ce mouvement c’est sûr ! Je suis beaucoup tournée vers la sensibilisation, parce que pour arriver à faire quelque chose, il faut déjà informer les gens ; ensuite, quand ils sont au courant, qu’ils ont pris conscience, on peut leur demander de s’impliquer. Pour l’instant je sensibilise, donc, et petit à petit ça va aller vers des démarches concrètes. »

14 ans, ce n’est pas un peu jeune pour s’engager ? Les grèves du vendredi ne sont-elles pas juste une excuse pour manquer les cours ?

Ysée Parmentier : « A 9 ans, 10 ans, et encore ça dépend pour certaines personnes, on est peut-être trop jeune mais j’espère bien qu’à 14 ans on est capable de comprendre les choses. Bien évidemment, il y aura toujours des gens un peu bêtes qui verront cela comme une raison pour sécher. Mais ce ne sera jamais la majorité. »

L’action part-elle vraiment de toi ? Tu n’as pas l’impression d’être utilisée comme symbole de par ton jeune âge ?

Ysée Parmentier : « Non, au contraire ! C’est moi qui ait décidé de faire grève. J’ai dit à mes parents : « maintenant je veux faire quelque chose, j’en ai marre de me tourner les pouces dans mon coin et que tout le monde s’en fiche ». »

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Tu es aujourd’hui ambassadrice de Little Citizen For Climate, quelle est cette association ?

Ysée Parmentier : « C’est une association qui met en relation les jeunes qui, un peu partout dans le monde, veulent comme moi agir pour le climat. Ils nous donnent un appui au niveau de la communication et de l’organisation. C’est beaucoup de soutien, car l’exposition médiatique n’est pas toujours facile. Ils sont un relais entre les médias et moi. »

L’exposition médiatique a-t-elle été compliquée à gérer ?

Ysée Parmentier : « Au départ, les médias m’ont très vite contactée. Maintenant, je vais faire une petite pause pour me reposer, mais ça reste une bonne expérience. Même s’il y a parfois des commentaires négatifs, il y en a toujours un ou deux qui sont positifs et j’ai beaucoup de soutien de la part de ma famille .De plus, être ambassadrice, ça me permet de moins me mettre en avant et de valoriser ce que je défends. Parce que le but est de mettre en avant l’écologie. »

Penses-tu t’engager en politique plus tard ?

Ysée Parmentier : « Je ne pense pas m’engager en politique. M’engager, oui, toujours, mais pas forcément par la politique. »

Est-ce que tu en veux aux générations précédentes de ne pas avoir su gérer les ressources planétaires ? Ont-ils manqué à leur devoir ?

Ysée Parmentier : « Manqué à leur devoir… peut-être, oui. Mais de là à leur reprocher quelque chose, non. On ne peut pas blâmer une génération toute entière. On pourrait aller contre eux mais ça ne nous avancerait à rien. Et puis, ils peuvent toujours se rattraper ! Il n’est pas trop tard pour changer de mode de vie. »

Nous sommes en plein contexte des gilets jaunes, est-ce que ça t’as inspiré de voir des gens manifester chaque samedi ?

Ysée Parmentier : « Je me suis dit cela, non pas par rapport aux gilets jaunes, mais par rapport à Greta Thunberg. J’ai compris que je pouvais moi aussi avoir un impact. Ma mère m’a montré la vidéo de son discours à la COP24 sur Facebook. C’est là que j’ai décidé de faire quelque chose. »

Greta Thunberg a lancé un appel à une grève écolière mondiale le 15 mars, seras-tu en manif’ ou dans ton collège ?

Ysée Parmentier : « Je serai en manifestation. »

Quand tu constates que Nicolas Hulot a quitté le gouvernement, que Matthieu Orphelin quitte LREM, que donc les écologistes partent de la majorité, penses-tu que c’est trop tard, que ce gouvernement ne fera rien ?

Ysée Parmentier : « Je crois qu’à partir du moment où on dit que c’est trop tard, alors c’est trop tard. Pas avant. Si personne n’a plus d’espoir, forcément rien ne va avancer. Il faut justement faire en sorte que ce ne soit pas trop tard. »

IMAGE DE COUVERTURE : © OCÉANE COLSON POUR L’ALTER EGO/APJ