Trouver le cursus idéal après le baccalauréat ne se fait pas toujours du premier coup. Dans les deux épisodes précédents, Farah, Marcel, Riyad, Thomas et Valentine revenaient sur leur parcours atypique. Aujourd’hui, nos cinq étudiants pensent avoir trouvé leur voie. Comment vivent-ils leur nouvelle situation ? De quelle manière envisagent-ils l’avenir ? Et quelles solutions pour les générations à venir ? Nous tenterons de répondre à ces interrogations dans ce dernier épisode.

Faire de sa particularité un atout au sein du cursus…

Farah est désormais épanouie dans son nouvel environnement : une L1 de musicologie. Pourtant, en intégrant ce cursus, elle était en proie à quelques appréhensions, sur la différence d’âge avec ses autres camarades, notamment : « Cet aspect me faisait très peur quand je suis rentrée à l’université. Pourtant, je ne ressens aucune différence de maturité avec les gens que je côtoie. Notre passion commune nous rassemble. Et d’ailleurs, je suis loin d’être la plus âgée de ma promotion. » Elle relativise également la situation :

Quatre ans pour trouver la bonne orientation, cela peut paraître long, mais ça ne l’est pas tellement au regard de toute une vie professionnelle.

Farah

© Hugo Noulin via flickr

Thomas est ravi par sa nouvelle formation en géographie : « Tous les cours m’intéressent, en tout cas je ne vais plus en cours à reculons. J’ai mille projets en tête. » Ses différences avec les autres membres de sa promotion sont, pour lui, plus enrichissantes qu’embarrassantes : « À la fac, l’âge n’a pas d’importance : on retrouve des personnes de tous âges et je suis loin d’être le plus âgé. Il est vrai que mon parcours se détache de celui de mes camarades : j’ai une démarche plus proche des sciences dures (mathématiques, physique) et je patauge plus que d’autres dans certaines matières. Mais ma vision est un peu différente de celle des étudiants qui ont toujours fait de la géographie : je peux apporter autre chose. »

Marcel témoigne :

En vérité, à l’université, la plupart des gens se sont déjà réorientés ou connaissent des personnes dans cette situation. Je ne me suis jamais senti jugé.

Marcel

…et auprès des autres

Globalement, Farah, Marcel, Riyad, Thomas et Valentine sont très satisfaits de leur parcours.

Cette dernière admet même en éprouver une certaine fierté : « Je me suis donné les moyens. J’ai choisi d’aller en internat, j’ai choisi d’arrêter la fac et de travailler, j’ai choisi l’alternance et j’ai trouvé un patron dans une grande entreprise après des sessions d’entretien assez poussées. Ce sont des choix réfléchis et je sais pourquoi je fais les choses. Mon parcours, c’était beaucoup de remises en questions et de doutes, mais surtout beaucoup d’envie et de persévérance. »

Pour Riyad, il était important de parvenir à faire accepter sa volonté à son entourage : « Je n’ai pas un parcours classique dans la mesure où, dès que j’ai eu mon bac, tout le monde me voyait finir ingénieur. Il a donc déjà fallu un certain courage pour refuser ces voies toutes tracées et aller essayer d’autres choses. La seule réaction négative que j’ai eue, au début, était plutôt la peur – qui se transmet facilement. Mon entourage comprend que c’est mon choix, mais il peut parfois douter. ». Son parcours atypique, Riyad a alors appris à le défendre et à en faire un atout :

Je n’ai aucun mal à en parler. Les personnes avec qui j’en discute sont souvent inquiètes ou curieuses, se disent parfois même que je ne me rends pas compte de mon erreur. Mais finalement je leur explique que je ne veux pas vivre avec le regret de n’avoir jamais essayé de faire ce que j’aimais. Je préfère échouer en ayant essayé. Et cela force peut-être le respect.

RIYAD

Farah a, elle aussi, décidé de valoriser son expérience : « J’ai appris à présenter les choses d’une certaine manière. J’explique généralement que faire une prépa m’a appris la rigueur, la gestion du stress, la volonté de se dépasser… ou que les mathématiques sont très liées à la musique. J’ai trouvé une cohérence dans ce petit chaos. »

Et après ?

Lorsqu’il envisage l’avenir, Riyad prend les choses avec confiance et détermination : « Je me demande forcément comment ça va être, cependant je ne doute pas de ma capacité à réussir si je m’y mets à fond. Je sais que, dans tous les cas, je trouverai des solutions. J’ai la chance d’être bien entouré, je suis quelqu’un qui travaille dur pour ce qu’il aime. » Il espère pouvoir bientôt gagner son indépendance : « J’habite chez mes parents donc je ne paie pas la nourriture, même si j’essaie d’aider au maximum. Pour ce qui est des achats qui me concernent (permis, voiture, vêtements, sorties), je suis autonome. Je compte trouver un travail le week-end pour pouvoir me lancer complètement. J’aimerais prendre un appartement dès l’année prochaine alors j’économise cette année. »

© Hugo Noulin via flickr

Aujourd’hui, Valentine est ravie par sa nouvelle orientation : « Je m’y plais, c’est très varié et très dynamique ! L’alternance y est aussi pour beaucoup : c’est plus concret, on apprend sur le terrain, plus vite et au plus près de la réalité. » Elle n’éprouve pas vraiment de regrets :

Parfois, je me dis que j’avais la capacité d’obtenir mon diplôme à la fac, mais je me sens finalement plus utile maintenant.

VALENTINE

Bien qu’encore en première année de licence, Farah a déjà une idée du métier qu’elle aimerait exercer plus tard, à savoir directrice d’orchestre ou de conservatoire : « Je pense que trouver du travail sera difficile car les milieux artistiques sont souvent précaires – et en tant que femme les difficultés sont décuplées. Mais j’ai abandonné l’idée d’être riche et me laisse guider par ce qui me plaît, ce qui me donne envie de me lever le matin. » Farah reconnaît accuser parfois le coup de ses changements d’orientation successifs : « Mon parcours trébuchant a instillé beaucoup de doutes en moi. J’ai un peu perdu confiance en mes capacités de travail, mais cela me force aussi à redoubler d’efforts. »

Au contraire, Marcel affirme que son parcours atypique lui a permis de prendre confiance en lui, notamment en passant par des étapes exigeantes telles que la prépa : « L’avantage de la réorientation est qu’après avoir beaucoup douté, le fait de prendre un nouveau départ en pleine conscience booste l’estime de soi. » Aujourd’hui, il envisage même de faire une thèse : « C’est quelque chose qui m’attire depuis très longtemps, devenir expert dans un domaine précis. »

Thomas aimerait également s’orienter vers la recherche en milieu académique. Il envisage donc de faire un master de géographie, puis une thèse. Conscient des éventuelles difficultés à venir, Thomas reste positif : « Le milieu est assez concurrentiel, il est difficile de trouver des financements pour faire son projet de thèse. Mais je me concentre d’abord sur le master et je reste motivé. » Il dresse le bilan de son parcours : « Au début, je doutais beaucoup de mes choix, certaines années ont été très dures à vivre. Mais maintenant que je vois que tout se passe bien, je me sens plus mature à bien des égards. Si je devais tirer un enseignement de mon expérience, je dirais qu’il faut, dans la mesure du possible, s’orienter vers les matières qui nous plaisent le plus. Evidemment il y a les notes et les perspectives d’emploi, mais à moins d’avoir un métier précis en tête, je pense qu’il vaut mieux s’amuser dans ses études – et l’on finira toujours par trouver un emploi en adéquation. »

Quelles solutions à grande échelle ?

Repenser le système universitaire actuel est d’autant plus crucial que le nombre d’étudiants en France (métropolitaine et DOM) augmente d’année en année. En 2017-2018, plus d’1,6 millions d’étudiants se sont inscrits dans les universités françaises, avec une hausse de 1,3% du nombre de nouveaux bacheliers inscrits par rapport à l’année précédente. Dans les IUT, le nombre de nouveaux bacheliers a également augmenté de 1,5% (1). Comment s’assurer que ces jeunes fassent le bon choix ?

L’organisme gouvernemental France Stratégie, dans un rapport de 2017 intitulé « La transition lycée – enseignement supérieur (2) », suggère plusieurs pistes d’améliorations.

Dès le lycée, les élèves doivent être mieux préparés au monde de l’Enseignement supérieur, et mieux informés sur les opportunités proposées. Les processus de sélection excluent, par ailleurs, un trop grand nombre de bacheliers des filières auxquelles ils aspirent. La dévalorisation des filières professionnelles décourage également beaucoup d’étudiants de s’orienter vers ce type de cursus. L’alternance ou l’apprentissage constituent pourtant des portes d’entrées intéressantes dans le monde du travail, pour les plus avides de découvrir cet univers.

Créer un lien institutionnel, une véritable structure pour faciliter la transition du lycée aux établissements du supérieur, serait également une solution. Aujourd’hui, ces derniers se renvoient en effet la balle de l’accompagnement des étudiants dans leur vie post-bac, empêchant toute solution viable d’émerger. Cette structure pourrait prendre la forme d’une institution ou d’un organe tiers, ou encore de personnes dont le travail, au sein des lycées et des établissements supérieurs, serait dédié à aider les bacheliers dans leur transition du scolaire à l’universitaire.

Peut-être une profonde refonte du système universitaire français, trop linéaire et rapide, excluant toute modulation ou réorientation (au contraire des systèmes américains ou de l’Europe du Nord), est-elle souhaitable et nécessaire. Repenser la première année de licence comme une année de transition du lycée au supérieur, organiser les cours en modules à la carte plutôt qu’en « pack » de disciplines imposées… telles pourraient être les clés d’un modèle, certes difficile à mettre en place, mais plus épanouissant pour tous.

Merci à Farah, Marcel, Riyad, Thomas et Valentine pour leurs témoignages.

(1) Note d’information n°18.07 du MESRI-SIES / Systèmes d’Information et Études statistiques : « Les étudiants inscrits dans les universités françaises en 2017-2018 ».

(2) Rapport France Stratégie 2017-2027, “La transition lycée – enseignement supérieur”, Daniel Agacinski et Mohamed Harfi, 2017.