À l’occasion de la sortie de leur premier album, Nice To Meet U, nous avons pu rencontrer Pauline de Tarragon, l’autre moitié du duo pop Pi Ja Ma, qu’elle forme avec Axel Concato. Véritable couteau suisse artistique, à la fois illustratrice et chanteuse, Pauline s’est prêtée au jeu de l’interview dessinée.

© Océane Colson pour L’Alter Ego/APJ

Salut Pi Ja Ma, qui es-tu ? Pourrais-tu te dessiner et te présenter ?

Pauline de Tarragon : « J’ai trouvé un symbole assez cool pour me représenter qui est le chien. J’aime bien dire que je suis une « femme-chien », parce que le chien est un peu considéré comme un être stupide mais, en même temps, tout le monde l’aime. C’est un animal fou, impulsif et marrant, et il fait beaucoup de câlins. Sinon, je suis une fille, j’ai 22 ans, je fais de la dessin et du musique. (Rires) Je m’amuse pas mal dans la vie, tout le temps. Je fais un peu ce que j’ai envie de faire, comme des livres pour les enfants [ndlr. Le Cri de Zabou, un autre album est en préparation] et de la musique, avec Axel Concato, sous le nom de Pi Ja Ma. »

© Pauline de Tarragon

Est-ce que tu peux nous parler un peu d’Axel et de son rôle dans le processus de création ? Tu peux t’amuser à le dessiner si tu veux.

Pauline de Tarragon : « On s’est rencontré à un moment où je n’avais pas trop envie de faire de la musique. Je m’étais dit que ce n’était pas trop mon délire. En plus, je ne voyais pas comment je pouvais faire de la musique qui me plairait. Axel m’avait envoyé un mail car il avait entendu ma voix lors de mon passage à la Nouvelle Star. Il m’a dit qu’il avait des chansons à me faire écouter si ça m’intéressait. J’ai accepté et j’ai trouvé ça trop bien. Alors je me suis rendue compte qu’il fallait absolument que je fasse de la musique car j’adore chanter, et qu’avec lui, c’était facile puisque l’on est devenu très amis. À l’origine, il composait et écrivait tout, moi j’étais juste là pour chanter, dessiner et raconter des conneries sur les réseaux sociaux. Je me suis de plus en plus investie dans la partie musique. Maintenant chacun intervient. On fait tout tous les deux. Pi Ja Ma c’est vraiment un travail de groupe, une team. »

© Pauline de Tarragon

Maintenant que les présentations sont faites, je peux te dire que je suis ravie de te rencontrer. En Anglais, on dit « Nice To Meet U », c’est le titre de ton premier album. C’est d’ailleurs écrit et dessiné sur ton t-shirt. Pourquoi ce nom ?

Pauline de Tarragon : « Si je fais de la musique aujourd’hui c’est vraiment lié à une rencontre. Puis, j’ai rencontré énormément de gens ces dernières années. J’ai l’impression de voir des gens tous les jours. A l’origine, je déteste les gens (rires). Depuis que je suis petite, je ne les aime vraiment pas, ils me saoulent (rires). Mais je me suis rendu compte qu’ils pouvaient apporter pleins de choses, qu’il y avait surtout des gens qui étaient très sympas et bienveillants. « Nice to meet u » c’est aussi une phrases qu’on dit quand on rencontre quelqu’un, c’est une espèce de première amorce, un premier pas dans la musique. »

© OCÉANE COLSON POUR L’ALTER EGO / APJ

Tu disais que c’est un premier pas, car c’est ton premier album. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Pauline de Tarragon : « Ce n’est pas une chose qui me fasse vraiment flipper. Depuis que j’ai 12 ans, je mets beaucoup de trucs sur internet, alors j’ai jamais eu cette crainte de faire gaffe avant de publier, de sortir, de faire quelque chose. J’ai toujours fait les choses de manière hyper rapide, cash, et généralement, après, je ne regrette pas. Puis, je suis hyper fière de ce premier album, car je ne pensais pas faire un album dans ma vie. C’était pas du tout prévu, c’est que du bonus. Tout ce qui se passe avec l’album, les interviews, la presse, les concerts, c’est trop bien, il n’y a rien de vraiment négatif. Après, parfois tu te demandes : est-ce que c’est vraiment ça que tu as envie de faire dans ta vie ? L’album est assez simple, positif et joyeux. Ça parle de choses naïves : de relations amoureuses, de la nature, la gueule de bois. C’est un album un peu adolescent. Sur la pochette, il y a ma tête quand j’avais 20 ans, alors je me souviendrai toujours de cette période là, un peu ado, où tu fais que sortir, vivre des histoires nulles. »

© OCÉANE COLSON POUR L’ALTER EGO / APJ

Est-ce que, à l’instant, il y aurait une chanson de l’album qui te viendrait en tête, dont tu voudrais parler et sur laquelle tu pourrais dessiner  ?

Pauline de Tarragon : « Alors c’est marrant parce que chaque semaine ça change un peu, selon les périodes, une chanson peut devenir ma préférée. En ce moment, il y en a une que j’aime trop et que j’ai chanté il y a quelques jours avec une chanteuse, Halo Maud : elle s’appelle You and I. C’est encore une histoire de rencontre, de relation, où de deux amis qui sont tout le temps en train de s’amuser ensemble et de se chercher un petit peu, et ils ne savent pas trop s’ils sont amoureux ou juste amis. C’est un peu l’histoire de ma vie mais fois mille (rires). Pourtant, cette chanson, je ne l’ai même pas écrite [ndlr. Axel Concato a écrit les paroles] mais je m’identifie vraiment. À mon concert [ndlr. À la Maroquinerie (1)] j’ai fait une petite dédicace, car la personne du moment était dans la salle, et ça m’a bien fait marrer. »

© Pauline de Tarragon

Pour parler de la Maroquinerie, qu’est-ce que tu peux me dire sur la scénographie ? (2)

Pauline de Tarragon : « Un joyeux bordel ! Tout le monde est parti avec à la fin du concert ! (rires) J’ai adapté mes dessins en 3D [ndlr. il y avait des illustrations en carton et les instruments donnaient l’impression qu’ils étaient dessinés] parce que j’aimais bien l’idée que les gens puissent repartir avec et que je puisse les casser, les envoyer. Il y avait toute la partie animation qui ne marchait pas [ndlr. il y avait un vidéoprojecteur], c’était un peu dommage. Du coup, je me suis concentrée sur la musique. J’ai rarement autant kiffé un concert. »

© Camille colson pour l’alter ego/APJ

À travers la scénographie, mais aussi ton EP, ou encore tes clips, le dessin  prend une place primordiale. Quel est ton rapport au dessin ?

Pauline de Tarragon : « C’est comme un espèce de membre de ma famille qui est toujours là, qui ne me quitte jamais. J’ai besoin de dessiner tous les jours. En grandissant, tu te rends compte que le monde n’est pas très marrant, alors, ou tu vas dans la partie « je me drogue et je pars dans un autre monde » qui n’est pas super sain, ou bien, tu pars justement dans ce quotidien où tu t’inventes une vie. Aussi, j’ai l’impression qu’avec le dessin, tu ne peux jamais t’ennuyer, et que beaucoup de gens sont réceptifs au dessin, même plus qu’à la musique. Je pense que c’est un truc que je ne pourrais jamais arrêter de faire, c’est ma première passion et j’ai vraiment une addiction. »

Tu disais que tu t’inventes pas mal de personnages. Est-ce que Pi Ja Ma en est un ?

Pauline de Tarragon : « Je suis vraiment moi-même, donc je ne peux pas trop dire que c’est un personnage. Souvent, quand je descends de scène, les gens viennent me voir en me disant « t’es vraiment comme ça ? » et je suis là « bah oui » (Rires). Pour moi, c’est la liberté totale. Tu peux vraiment raconter ce que tu veux, des choses que tu penses et qui sortent de toi. Puis, je pense que c’est dur de se créer un personnage, car tu serais tout le temps en train de jouer la comédie, au contraire je suis plutôt honnête, un peu brute. La vérité est extrêmement importante pour moi. Si je jouais un rôle, je ne m’y retrouverais pas forcément. »

C’est une sorte d’Alter Ego ?

Pauline de Tarragon : « Ouais ! (Rires) C’est ça. J’ai l’impression que quand tu fais un projet comme celui-ci, que tu le rends public, ça appartient à tout le monde. Par exemple, j’aime bien dire en concert « Je suis Pi Ja Ma, c’est Pi Ja Ma, tu es Pi Ja Ma, vous êtes Pi Ja Ma ». C’est une espèce de philosophie où on est là pour s’amuser, on rigole, on chante, on danse. C’est la philosophie Pi Ja Ma. »

Si tu devais définir le projet en 3 mots,  lesquels choisirais-tu ?

Pauline de Tarragon :« Simplicité, comme dans tout ce que je fais. Il y a beaucoup d’humour. Avec Axel, on rigole énormément, mais c’est un enfer parce qu’on n’est jamais sérieux et on se retrouve dans des situations catastrophiques. Puis, la poésie, parce que tous les deux on est des gros hippies, on passe notre vie à ne pas comprendre le monde et à être là « mais pourquoi les gens sont si pressés ? Pourquoi les gens sont si méchants ? ». Je crois que ce sont  les trois mots qui résument le mieux notre projet. »

© Pauline de Tarragon

Toi, qui fais à la fois de l’illustration, des livres pour enfants et de la musique,  aurais-tu un conseil à donner à un-e jeune qui aurait peur de se lancer ?

Pauline de Tarragon : « Il y a plein de façon d’avoir ce déclic. Parfois, c’est un truc brutal ou joyeux. Moi, c’était quand j’ai pris conscience qu’on allait mourir pour de vrai. Un jour je m’en suis rendu compte et je me suis dit « merde, en fait il faut faire pleins de trucs ! » Souvent, ce qui nous empêche de faire des trucs, c’est les autres, la peur qu’ils te jugent et se moquent. En grandissant, je me suis rendu compte que tout le monde était un loser de base, mais qu’on continuait à faire des trucs en se disant qu’on avait rien à perdre. J’ai l’impression que quand tu as cette philosophie en tête, il ne peut rien t’arriver et personne ne peut t’atteindre. Je me prends des critiques, mais ça m’atteint beaucoup moins qu’avant. En plus, en général, il se passe des trucs cools, enfin je crois. J’ai peut-être eu de la chance, il faut la provoquer. »

Tu veux conclure en dessinant quelque chose ?

Pauline de Tarragon : « Il faudrait illustrer ce qu’on vient de dire. Au premier plan, il ne se passe pas grand chose. C’est la naissance, la ligne de départ : tes parents, l’école qui fait un peu peur, tes premières hontes et peines de cœur. Ensuite, tu pètes tout, tu fais ta crise d’ado. Tu casses tout. Au second plan, tu vas toute seule et déterminée vers la porte, même s’il y a des haters qui t’envoient des flèches. Avant de passer la porte, tu sais pas trop ce qui va se passer, c’est le néant et ça fait un peu peur. En arrière plan, derrière la porte, c’est le feu d’artifice : l’épanouissement, la joie, et l’amusement. Une fois la porte franchie, tu deviens une espèce de grande personne. T’arrêtes de froncer les sourcils, tu smile et t’es content. Après, il ne faut pas oublier qu’on n’a pas énormément de temps, il faut avoir la mort dans le viseur, alors on va l’écrire dans un coin. »

© Pauline de Tarragon

C’est sur cette représentation de la vie que nous quittons l’autre moitié de Pi Ja Ma, Pauline de Tarragon.

Nice To Meet U, sorti chez Wagram/Cinq 7. Lien Deezer / Spotify

Le Cri de Zabou, album pour enfant publié chez L’Étagère du bas

  1. Salle de concert de musiques indépendantes à Paris
  2. – Illustration de Camille Pigois pour L’Alter Ego / APJ

Photographies :  © Océane Colson pour L’Alter Ego / APJ