Il n’est pas de naissance biologique qu’une vie tumultueuse ne saurait régénérer. À 24 ans, la chanteuse Yseult s’est offert mardi 12 février une seconde genèse à La Boule Noire. Petite salle sur le boulevard de Rochechouart, c’est la version originale de La Cigale. Un endroit simple et intimiste, parfait pour la rencontre d’Yseult et de son public, après près de quatre ans de silence.

Du fond du sous-sol tamisé, le timbre de sa voix profonde perce les murs. C’est un horizon plus large que l’artiste vise, pour fendre l’air de sa musique suave et sensorielle. Cette voix, originellement dénichée lors de la saison dix du télé-crochet La Nouvelle Star, a pris de l’ampleur, fructifiant les ondes du corps et de l’esprit pour habiter les airs qui secouent Yseult et son public. Son parcours après La Nouvelle Star, c’est un album orchestré en studio, et des jeans à plier dans une boutique de fringues. Une carrière qui ressemble à un électrocardiogramme dont les fréquences altèrent d’un extrême à l’autre. Avec le temps, Yseult a pris du recul. Une maturité grandissante, une histoire d’amour brisée et la rage au fond du coeur l’ont fait revenir sur scène.

© Amélie Zimmermann pour L’Alter Ego / APJ

Ce grand retour est une amorce de ce qui suit : désormais artiste indépendante, aux rênes de son propre label, elle élabore la « Y-Trap », un style hybride aux influences pop et trap, à la croisée des genres. Ses collaborations avec PLK, Jok’air ou encore Dinos apportent une texture rap à ses textes brumeux. Avec des mots simples, elle exprime ce qui s’est tu pendant quatre ans : la frustration, la résignation, la fougue de la passion et, toujours, le désir. Seule et résiliante, sa présence happe la Boule Noire d’une atmosphère chaude et pétulante. Avec sincérité, elle échange, elle partage. Au milieu de la foule, elle danse. Sur scène, elle sèche ses larmes d’un revers de la main avant de percer la nuit d’un a capella, si justement exécuté.

© Amélie Zimmermann pour L’Alter Ego / APJ

Il a bien fallu s’éclipser pour pouvoir aujourd’hui éclore. Yseult, avec son single Rien à prouver, son album en construction et le Trianon fin 2019, renaît de ses cendres. Patiente et intrépide, elle a la générosité de ceux qui aiment, chantent et vivent sans compter : elle n’attend rien en retour, elle offre juste. Première partie aux concerts d’Angèle, elle fait son chemin sur le bas des sentiers, sans suivre les règles, farouche et déterminée. Souhaitons-lui de se perdre encore un peu, car les aléas et les imprudences semblent fortifier son talent. Et qu’elle prenne son temps, car c’est à sa mesure qu’il faut se calquer, et c’est ainsi que nous pourrons suivre encore l’odyssée d’Yseult.  

Image de couverture : © Amélie Zimmermann pour L’Alter Ego / APJ