Legrand vide. Pas Ingram d’espoir. Nos naseaux, las du balais des mouchoirs incessant, cherchent le repos, loin du faste et des oripeaux de la fin d’année dernière. Oublions tout cela, acceptons d’être là. Écoutons ! Ecoutons, la playlist que voilà.

ALBUMS

Sneaks – Highway Hypnosis

30 minutes suffisent pour écouter les 13 titres qui composent le dernier album de Sneaks. S’il fait preuve de concision, Highway Hypnosis ne manque cependant ni d’intensité, ni de caractère. Explorant des styles aussi variés que le rap, le r’n’b, l’électro, la pop et – pourquoi pas ? – la new wave et le punk, l’oeuvre de Sneaks se fait sensuelle, maligne, lascive et résolument moderne. La recette ? Quelques paroles scandées ou murmurées sur des instrumentations minimalistes, rythmées, légèrement grésillantes – et une grande authenticité.

Pi Ja Ma – Nice to Meet U

Une voix de velours, des airs doux aux tonalités British et une légère dose de folie ; voilà comment pourrait être défini le premier album de Pi Ja Ma. L’artiste nous présente diverses ambiances : du British « Radio Girl » au très sixties « Vertigo », en passant par la folk de « By The River » ou avec des morceaux indies comme « Sugar Sugar », Pi Ja Ma prouve que bien que nouvelle sur la scène musicale, elle en a dans le ventre et est capable d’explorer différentes palettes musicales. En plus de cette identité musicale multiple, Pi Ja Ma lèche son visuel en proposant des clips particulièrement originaux comme avec « Family », et pour cause : Pauline de Tarragon, la chanteuse, est aussi dessinatrice ! Avec des arrangements travaillés et des airs solaires, l’album saura embarquer l’auditeur dans un voyage sonore mais aussi le réchauffer en ces temps glaciaires.

Uriel Herman Quartet – Face to Face

À ceux qui pouvaient encore douter du fait que le jazz dispose d’une richesse abyssale, Uriel Herman apporte avec Face to Face une réponse à la vérité écrasante, emplie de toute la virtuosité qui meut les doigts du pianiste israélien. Cet album, paru sur le label français Laborie Jazz, mélange les genres et les influences d’un musicien à la formation classique qui aime s’aventurer entre jazz et rock, tout en imprégnant sa musique des traditions héritées de sa culture. C’est donc logiquement que l’oud et le kopuz côtoient le saxophone et la batterie dans des pièces variées, passant d’un jazz loin de la tradition, à une reprise du Man Who Sold the World de David Bowie en passant par des airs traditionnels israéliens. Un voyage perpétuel que l’on accepte sans hésiter, guidés à chaque instant par la justesse éclatante du pianiste. Coïncidence ou volonté, « Winter Light », « Hour of the Wolf » et « Face to Face » sont aussi les titres de trois films d’Ingmar Bergman. On ne peut alors que souhaiter à Uriel Herman de devenir aussi maître de son art que ne l’était le réalisateur suédois. Il est en tous cas bien parti.

James Blake – Assume Form

Producteur dans l’ombre et dans sa chambre, James Blake détient plus de pouvoir dans l’industrie musicale qu’il ne le laisse paraître. En 2016, non seulement sortait-il un album acclamé, et long comme l’on en voit rarement, mais il collaborait aussi avec le grand couple du showbiz sur Lemonade et 4:44. L’an passé, quelques milliers de spectateurs ont pu l’apercevoir à Bercy en première partie de Kendrick. Dont beaucoup semblent être restés indifférents.

Car lorsqu’il s’agit de ses propres compositions, James Blake ne fait pas dans le même spectacle. Ses sonorités électro froides et sa voix aiguë, franche, se versent à petites doses dans des morceaux logiques, intimistes et surtout désespérés. À l’aube de 2019, Assume Form et sa communication retardataire émergent à l’horizon. De premières chansons un peu confuses se détache le reste de l’album, légèrement pop, aux paroles plus réjouissantes – attention, n’attendez pas de quoi vous remontez le moral. Le refrain entêtant de « Into The Red » et la plénitude de « Power On » en font des tubes, ou presque, reconnaissables dès la seconde écoute… mais l’opus trouve sa plus grande force sur le titre médian « Barefoot In The Park ». Duo bilingue, harmonies amoureuses, les voix de Blake et Rosalía épousent les bruyantes percussions pour atteindre une sensualité, on le croit, encore inégalée (nos excuses à Dalida et Alain Delon).

This Mountain (Remixed) – Faouzia

Faouzia est une jeune chanteuse américaine qui est notamment connue pour son apparition dans l’album 7 de David Guetta (« Battle »). Elle n’hésite pas à interpréter sur sa chaîne de cover des chansons populaires (comme Starboy de The Weekend) afin de leur prêter sa voix puissante, remplie d’une sincérité touchante. En ce tout début d’année, elle a décidé de publier deux remix de sa chanson This Mountain parue en fin décembre.  Dans ce morceau, Faouzia nous dit qu’elle est prête à atteindre ses rêves (la montagne représentant ses rêves), même si pour cela elle doit tomber. Elle n’a plus peur des gens qui la rabaissent, elle veut leur prouver qu’ils ont tort et qu’elle va réussir. Faouzia est une artiste talentueuse qui mérite beaucoup plus de visibilité autant pour sa voix que pour ses chansons qui sont très bien écrites.

MORCEAU

Booba – PGP

En un couplet déversé avec majesté sur l’instru envoûtante du duo allemand CuBeatz, Booba signe avec PGP (Pretty Good Privacy) l’un des sons les plus savoureux de ce début d’année. Ici, point d’autotune : la voix se fait aussi claire que le message à passer. Entre deux rimes en « é », le rappeur s’adonne au lancer de punchlines, se félicitant d’un côté du travail de jeunes collègues comme Maes et Koba la D, jetant de l’autre un peu d’huile sur le feu de ses récentes querelles. Un morceau vif à l’écriture intelligente, qui témoigne une nouvelle fois de l’amour de Booba pour les prods avant-gardistes.

CLIP

Lizzo – Juice

Lizzo aurait-elle trouvé le remède à la déprime hivernale ? Avec Juice, titre pétillant au clip survolté, la talentueuse américaine mélange joyeusement funk, pop et r’n’b pour une véritable ode à l’estime de soi. Délaissant ses premières amours (le rap et la flûte traversière), Lizzo se plonge désormais, non sans humour, dans le répertoire des années 1980. Décomplexée et rayonnante, la chanteuse irradie dans Juice d’une joie de vivre communicative, usant du kitsch avec malice et dérision. Difficile d’écouter ce morceau sans se sentir pousser l’envie de faire des cabrioles… Rendez-vous en avril pour découvrir l’album complet.

Playlist de janvier

image de couverture : © anaïs schram pour l’alter ego/APJ