L’année dernière, la fameuse botte a fait parler d’elle et pour cause, le pays a opéré un virage politique majeur en mars dernier, suite à la victoire du Mouvement Cinq Étoiles aux élections générales et du parti de la Ligue du Nord. Entre changement de politique migratoire et un renouveau de la classe politique, je vous fournis ici un petit récapitulatif de cette année 2018 en Italie.

Beppe Grillo – © CLAUDIO BISEGNI VIA FLICKR

En mars 2018, le parti de la ligue du Nord engrange 37% des voix et s’allie avec un autre parti populiste, le mouvement Cinq Étoiles, incarné par Beppe Grillo qui a lui raflé 30% des voix. On peut expliquer ce choix des Italiens par le ras-le-bol général de figures politiques trop connues, l’impression d’abandon de certaines classes avec un taux de chômage élevé chez les jeunes, ou encore la peur de l’immigration à laquelle l’Italie a été massivement confrontée depuis 2014. Par des discours nationalistes appelant à la réimmigration ou encore à la fermeture des frontières, les deux partis ont visiblement su parler aux Italiens. Ils choisissent comme président du conseil Giuseppe Conte,  et comme vice-présidents Luigi di Maio, le leader du mouvement Cinq Etoiles ainsi que Matteo Salvini, celui de la Ligue du Nord. Au sein de ce nouveau gouvernement italien, ce dernier éclipse les autres.

Sa politique en trois mots ? À l’image de son parti, c’est-à-dire identitaire, souverainiste et populaire. Par son discours, il ne cache pas son aversion forte pour l’immigration dans son pays. Il a déclaré en juillet dernier que son objectif était de ne plus accueillir d’embarcations d’immigrés en Italie, même provenant de « la première classe d’un avion. ». Il a aussi déclaré que les immigrés clandestins feraient mieux de préparer leurs valises, parce que pour eux, je cite, « les vacances sont finies »… Cet idéal d’une Italie sans immigrés se manifeste non seulement par la parole mais aussi par des actes. Ses promesses d’expulser 500 000 immigrés du territoire et de fermer les ports italiens aux navires qui portent secours aux migrants en Méditerranée commencent déjà à être appliquées : en juin, on dit à l’Aquarius et à son équipage abritant 600 migrants qu’il peuvent aller voir ailleurs et trouver un autre endroit pour accoster. Et le 22 décembre, Salvini a refusé à une ONG espagnole transportant 310 migrants dont un bébé et une femme enceinte, l’entrée des ports italiens. Face à cette politique, les trois quarts des Italiens soutiennent l’action de leur ministre, ce qui prouve qu’il est populaire au sein de son pays, renvoyant l’image d’un homme simple, populaire et jovial. En plus d’une politique anti-immigration affirmée, le mouvement Cinq étoiles et le parti de la Ligue du Nord sont massivement eurosceptiques et s’opposent à l’Union Européenne. Ces deux partis voient l’Italie comme une entité en danger, en pleine décadence par l’envie d’une ouverture à des idées d’accueil, d’hospitalité et de chaleur.

Giuseppe Conte – © World Economic Forum via Flickr

Qu’en est-il des projets de ce nouveau gouvernement ? Dans le programme présenté par les partis populistes en mars dernier, de nombreuses mesures étaient proposées. Parmi elles, un nouveau système pour le calcul de l’âge de la retraite, la création d’un revenu de citoyenneté ainsi que d’une flat tax et une baisse de la fiscalité. De plus, les deux partis veulent effectuer un véritable virage sécuritaire et identitaire, avec un meilleur équipement des forces de l’ordre ou encore avec un fichage du financement des mosquées. Et dans les actes ? La coalition gouvernementale italienne commence déjà à faire tourner la tête de l’Union Européenne, notamment avec la présentation tardive d’un budget et fort déplaisant.  Il ont notamment parlé d’un nouvel objectif de baisse des dépenses publiques, le projet d’appliquer un revenu de citoyenneté début 2019, ou encore avec le projet d’une baisse drastique des aides aux migrants. Ce projet inquiète l’Europe qui le voit comme néfaste pour l’Italie mais aussi pour elle-même. Elle semble donc faire cavalier seul.

L’Italie est ainsi seule contre tous, bien que alliée à Donald Trump ou encore à Viktor Orban, dont elle partage les idées. Le pays a envie de changer, quitte à prendre un virage unilatéral et au détriment du multilatéralisme européen. Elle sacrifie des idées de chaleur, d’hospitalité et d’humanité au profit de sa sécurité, de sa crainte face à l’étranger. Et le gouvernement protectionniste et sécuritaire italien n’est qu’au début de son règne, il risque de faire encore et encore parler de lui en 2019.