L’Alter Ego a rencontré Mathilde Lecluse. Étudiante parisienne de 20 ans, elle s’engage quotidiennement au sein de l’association Une Couverture Pour l’Hiver (UCPH) pour venir en aide aux sans-abris. Découvrez dès à présent son portrait en vidéo, enrichi par quelques questions à l’écrit.

Quelles sortes d’aides apportez-vous aux sans-abris ?

Mathilde : « Nous apportons vraiment une aide très ponctuelle, une aide matérielle sur un moment précis. On va voir les sans-abris en leur proposant un thé ou un café et au fil de la discussion, on peut leur proposer une couverture de survie, un sac de couchage, un kit d’hygiène en fonction de leur besoin. En fait, on leur demande de quoi ils ont besoin et on essaye de répondre avec ce qu’on a. Le but c’est aussi de pouvoir recréer un lien social parce qu’on sait que ce sont des personnes qui n’ont pas beaucoup de considération sociale. Quand on passe dans la rue, parfois on détourne les yeux parce que c’est une réalité à laquelle on ne veut pas faire face, parce qu’on ne sait pas comment se comporter avec ces personnes-là, parce qu’on ne sait pas s’ils vont nous demander quelque chose ou s’ils vont mal le prendre. Avec le t-shirt de l’association sur les épaules, on a quelque chose à leur proposer et on peut leur parler beaucoup plus librement que lorsqu’on est tout seul et qu’on passe dans la rue. Cela apprend aussi beaucoup à toutes les personnes qui font ce que je fais, c’est-à-dire aller vers les personnes dans la rue. Quelle est la réalité de la rue ? Comment peut-on les aider ? C’est en fait aussi une action de sensibilisation de tous nos membres. »

© Une Couverture Pour l’Hiver

De quelle manière procédez-vous pour venir en aide aux sans-abris ?

Mathilde : « L’association organise des maraudes une fois par semaine : le vendredi, le samedi ou le dimanche, vers 17 heures ou 18 heures, quand les beaux jours arrivent. Le but est vraiment de concentrer notre action sur l’hiver, les moments durant lesquels il fait le plus froid dans Paris. On fait quand même des maraudes pendant l’été. Ces maraudes réunissent entre 15 à 55 personnes, cela varie vraiment, sachant que l’association n’arrête pas de grossir. On se donne rendez-vous à une station de métro, là où on sait qu’on va trouver des personnes sans-abris dans Paris. Souvent le 13ème, le 14ème, le 5ème ou le centre et les arrondissements du nord. On va là où on peut les trouver facilement, par petits groupes du coup de quatre à six personnes. On se donne tous une direction différente pour voir le plus grand nombre de personnes. Quand on voit quelqu’un, on va à sa rencontre et on voit comment on est accueilli, ce que veut la personne et c’est plutôt en fonction d’elle qu’on agit. Si la personne nous crie dessus, on lui dit : « bonne journée Monsieur, bonne journée Madame ». Si la personne est super contente et souhaite qu’on parle de sa vie alors on parle de ce qu’elle a vécu. Parfois, il y a des personnes qui sont super contentes de parler mais qui ne veulent pas qu’on parle d’elle, qui préfère parler de nous, alors on parle de nous. On essaie vraiment de leur apporter le réconfort dont elles ont besoin sur le moment. »

© Une Couverture pour l’Hiver

Comment parvenez-vous à recueillir des financements ? De la part de qui ?

Mathilde : « Pour nous financer, cela évolue constamment. Au départ c’était grâce à des collectes ou des petits déjeuner caritatifs. Au fil des années, on essaie de trouver de nouveaux projets, de nouvelles opportunités, pour recevoir un financement plus conséquent comme l’association grossit. On est passé de 15 à 250 membres, cela demande beaucoup plus de moyens. L’association est aussi en train de devenir un peu plus connue, il faut donc qu’on distribue des produits de qualité, on a une certaine gamme à respecter vis-à-vis de ce qu’on offre aux sans-abris parce que les températures peuvent descendre jusqu’à -5 °C dans la rue. On fait aussi des collectes dans la rue, ponctuellement, quand on en a besoin, elles sont prévues une semaine à l’avance. Sinon on a des projets qui demandent une organisation en amont plus conséquente, comme notre concert caritatif. On en organise un de nouveau cette année en février. On pense aussi à un tournoi de foot, c’est un projet qui nous est venu à l’esprit. On fait également des campagnes de crowdfunding. Elles sont très importantes pour nous parce que c’est via la fondation « Les Petites Pierres ». Une fois qu’elle nous a accepté sur son site, elle nous donne un créneau pour réaliser une collecte. Elle nous donne par exemple 3 mois, on se fixe un objectif et le but c’est de l’atteindre. Si on l’atteint, elle double le montant de l’argent récolté. Il y a aussi des dons en nature. Cette semaine par exemple on a organisé une récolte de produit d’hygiène dans les centres universitaires de Paris I, Paris III et Paris II. On mène aussi des récoltes de vêtements, de chaussettes, d’écharpes, de bonnets tricotés. On essaie de faire des choses assez ludiques aussi. Ce sont des étudiants qui mettent tout ça en place, alors il faut que ce soit amusant quand même. »

Les jeunes sont-ils plus sensibles à ces questions que leurs aînés selon toi ? La jeunesse des membres de l’association permet-elle une force d’action particulière ?

Mathilde : « C’est une force d’être principalement des jeunes. Pour les personnes dans la rue, voir des jeunes, ça leur donne un certain espoir. Souvent les personnes sans-abris nous disent « Ah vous êtes jeunes c’est bien, continuez ce que vous faîtes ! ». On sent que ça leur fait plaisir aussi que ce soit des jeunes qui viennent à leur rencontre. On a plein de projets en tête, on est plein d’ambition, on a toujours envie de développer des nouvelles choses, et ça, c’est vraiment super. Tout le monde a une idée, un projet, des compétences en train de se développer à l’Université et à travers plein d’autres activités. On a envie que cela serve pour l’association. Être à l’Université, dans cet environnement très bouillonnant intellectuellement, cela fait qu’on a toujours plein de choses à créer et qu’on discute beaucoup tous ensemble, c’est vraiment super ! Le fait qu’on soit tous jeunes aussi, à peu près de la même génération, cela permet de partager plus facilement, ce n’est pas du tout comme une grosse association humanitaire où il va y avoir une forme de hiérarchie avec les jeunes bénévoles. Pour nous le but est vraiment que cela se fasse tous ensemble et je pense que c’est vraiment parce qu’on est tous jeunes que cela se fait comme ça ! »

© Une Couverture Pour l’Hiver

Quel avenir pour l’association ?

Mathilde : « Cela s’annonce très très bien pour l’instant parce qu’on est passé cette année à 250 membres, ce qui est vraiment énorme. Ce ne sont pas forcément 250 membres hyper actifs : il y a des personnes qui sont là depuis plusieurs années et qui ne veulent pas quitter l’association. Ils font des relais sur les réseaux sociaux, donc on les encourage à rester aussi. L’association grandit très vite, il y a vraiment un grand engouement pour cette cause et donc je pense qu’elle a pour objectif de s’agrandir encore en membres mais surtout de distribuer des produits de meilleure qualité, aller toujours vers plus de monde. On a aussi pour but de multiplier nos maraudes. Surtout, on s’est rendu compte, au travers de ces trois premières années, qu’on était maintenant compétents sur le terrain. On arrive à distribuer, à trouver les personnes, on sait comment leur parler. Toutefois, on a aussi remarqué qu’il y avait un côté accompagnement qu’on avait un peu laissé de côté parce que notre association était très jeune et qu’on n’avait pas toutes les clés. Notre but, cette année, c’est aussi de réaliser cet accompagnement auprès des personnes qui sont en contact avec beaucoup plus d’associations. Notre but aussi aujourd’hui, c’est de s’insérer dans le réseau associatif, c’est déjà en train de se faire, mais on essaie toujours d’aller plus loin et d’avancer un peu pas à pas. »

Que penses-tu de la responsabilité de l’État sur les conditions dans lesquelles vivent les sans-abris actuellement ?

Mathilde : « Aujourd’hui, au niveau de l’État, des actions sont faites. Je pense plutôt à la Mairie de Paris parce que c’est vraiment avec eux qu’on essaie d’avoir un dialogue. Ce dialogue est parfois extrêmement difficile à avoir. Par exemple, aujourd’hui on n’a pas de local, on n’est pas extrêmement soutenus. Certes, on a été invité à la grande soirée étudiante durant laquelle on a reçu une médaille, et on remercie la Mairie de Paris pour ça. Mais on a besoin de moyens que nous ne pouvons pas, en tant qu’association étudiante, fournir, comme la location d’un local. Tout notre argent va dans ce qu’on distribue. Je pense que la Mairie de Paris, pourrait soutenir davantage les associations qui viennent en aide aux personnes sans-abris et même aux sans-abris directement. La Maire, Anne Hidalgo, a précisé qu’elle allait ouvrir l’Hôtel de ville aux femmes sans-abris, c’est vraiment super. Le problème c’est qu’on sait qu’il n’y aura pas assez de place, que beaucoup de femmes vont refuser d’y aller. Une journaliste, Sarah Firkh et Anne Lorient se battent aujourd’hui pour que les centres pour les femmes soient tenus par des femmes. Il y a plein de choses à mettre en place. Je pense que cela pourrait être mis en place d’une façon bien plus intelligente si les pouvoirs publics prenaient en considération les voix des associations comme la nôtre ainsi que celles des personnes qui ont vécu à la rue par exemple, comme Anne Lorient. Aujourd’hui, ce n’est pas très bien fait. Nous avons vraiment beaucoup de mal à avoir ce dialogue avec les institutions. »