La rédac’ culture revient cette année plus forte que jamais avec un nouveau format qui nous l’espérons vous plaira. Le but de Rising stars ? Se la jouer un peu à l’américaine mais surtout mettre en lumière notre génération d’artistes, de créateurs, de débrouillards. Chaque mois, nous vous proposons un portrait de jeunes passionnés inconnus ou bien en plein expansion, travaillant ou bien tentant de vivre pour ce qui les anime. Chaque mois nous rencontrerons l’étincelle créatrice des débuts, nous entrerons dans les pensées, les passions, les lieux d’exultation, nous connaîtrons les galères comme les succès. Si, vous même, vous êtes une rising star n’hésitez pas à nous contacter nous nous ferons un plaisir de discuter autour d’un bon café.

PHOTO © ANATOLE LEVILAIN-CLÉMENT

Anatole aux côtés des héros d’Il était un mur

Anatole, jeune cinéaste nouvellement installé à Paris pour étudier à L’Ecole de la Cité, a déjà réalisé plusieurs courts métrages qui lui ont valu une vingtaine de récompenses et presque cent sélections dans des festivals à travers le monde, avec la dernière en date le 5 janvier dernier au festival Tous en Short. Ses réalisations ont été parties intégrantes de nombreux ciné-concerts, notamment à Paris et Toulouse, et un de ses films a été projeté sur l’immeuble de Vente Privée, à Saint-Denis. Nous nous sommes retrouvés au parc Monceau durant une après-midi venteuse où les couples de jeunes mariés se succédaient pour obtenir une photo digne de leur union. Il m’a parlé de son parcours, de son futur, de sa vision du cinéma, mais aussi de la parole, de jeux vidéos et un tout petit peu de politique.

Pourquoi as-tu souhaité que l’on se retrouve ici ?

Anatole : « Cela ne fait qu’un an que je vis sur Paris donc je n’ai pas forcément d’histoire avec quoi que ce soit à Paris. J’étais déjà venu ici pour un tournage de long-métrage (dont je ne peux donner le nom), c’étaient trois jours assez chouettes et formateurs. J’apprécie aussi le fait que ce soit un grand parc et qu’en faisant quelques pas tu te retrouves dans un environnement complètement différent. Je viens du Sud, mes parents vivent dans la campagne profonde et en étant ici j’ai dans mon dos la ville, et devant moi un semblant de nature. »

Quand on lit ta bio/ton parcours, on a la sensation que tout a toujours été une évidence, que ton chemin était tout tracé, extrêmement simple, te retrouves-tu dans cette image ou bien la réalité a-t-elle été un peu plus compliquée ?

Anatole : « Très tôt, j’ai su que je voulais faire des films. Ce qui était plus difficile, c’est d’être le seul passionné par ça à l’époque. Je travaillais tout le temps dans ma chambre, au collège et au lycée je ne pensais déjà qu’à ça, les sorties ce n’était pas particulièrement ma tasse de thé. Bien sûr, j’ai toujours eu des amis mais j’ai toujours été focalisé sur ça. Au collège, en cours, je m’ennuyais très souvent, j’avais des scénario en tête, je faisais des storyboards au CDI entre midi et deux. J’ai aussi et surtout rencontré beaucoup de gens qui m’ont bien aidé, je pense à Olivier Royer, mon professeur de théâtre qui m’a pas mal conseillé et a été bienveillant avec moi, ou à Jérémie Terris qui a été l’intervenant dans le club cinéma que j’avais créé et qui m’a appris les bases de la prise de vue, du montage… Un véritable mentor pour moi. Je ne sais pas si on peut parler de difficulté, quand on est petit on n’a pas vraiment de doutes ou de jugement. J’ai pris quelques petites claques, par exemple en troisième j’avais fait un court métrage pas terrible et on me l’avait dit. J’avais eu le malheur de le mettre sur Senscritique, et il y avait des gens qui ne connaissait pas mon âge et qui me conseillait d’aller faire un plongeon dans le lac le plus proche, ce qui était assez violent pour moi à l’époque. »

Mais cela ne t’a pas arrêté.

Anatole : « Je vis pour ça même si cela fait toujours un peu mal sur le moment. Tous les choix que j’ai faits dans ma vie étaient en fonction de ça, je suis allé en littéraire car je savais qu’il y avait moins de travail qu’en S, ce qui me permettait de faire mes films à côté, d’avoir du temps pour ne rien faire. Je n’ai jamais aimé l’idée d’être enfermé dans mes études, de passer mes soirées à réviser en me disant je dois travailler. Parfois je culpabilise parce que je n’ai rien à faire. J’aime m’ennuyer, créer, j’en profite tant que c’est encore possible ! Mais aujourd’hui je m’interroge, je travaille mais est-ce que ce que je fais est concret, est-ce que je gagne de l’argent ? Je commence à me dire que je dois vraiment mettre les bouchées doubles, quand tu grandis avec un idéal de faire ce qui te plaît et bosser, ce n’est pas forcément évident. »

Oui, il y a un moment donné où tu te heurtes un peu à la réalité ?

Anatole : « Oui, j’ai toujours eu beaucoup de mal à accepter l’échec à cause de ça, cela me faisait peur, et quand j’ai fait mes premières inscriptions en festival à 18 ans, quand j’ai commencé mes études, je prenais chaque refus comme une attaque personnelle. Mais c’est simplement la réalité des festivals, il y a de nombreux paramètres qui entrent en jeu et tout le monde ne peut pas être sélectionné. »

Aujourd’hui tu es à l’Ecole de la Cité, c’est ta dernière année, est-ce que tu sais ce que tu vas faire en sortant ?

Anatole : « En fait, l’école a failli fermer cet été, faute de moyens. Pour le moment nous ne sommes plus qu’une seule promo, c’est un peu bizarre. Et donc j’ai été mis un an trop tôt face au stress de trouver un emploi, pendant tout l’été j’ai réfléchi et j’en suis arrivé à une conclusion : que j’aie cours ou pas, je fais des films tout le temps, je reste chez moi à créer, il faut juste trouver de quoi vivre à côté ! Bien sûr mon idéal est de vivre de ma passion sans contrainte, j’espère que mon prochain court sera produit, ce serait un bon début ! Le problème est que ce que je fais en ce moment ne nécessite pas beaucoup d’argent donc je ne sais pas si des gens seront intéressés pour me produire, c’est plutôt un pari pour la suite. Il y a deux ans j’aurais dit que mon aspiration première était de réaliser mon premier long-métrage. Je complexe vachement par rapport à ça car j’ai toujours voulu faire les choses le plus vite possible. Maintenant j’ai 21 ans et je n’ai toujours pas fait mon long-métrage… Mais plus le temps passe et plus je m’intéresse à de nouvelles formes de média, il en existe plein où tu n’as pas besoin de faire un long-métrage, la réalité virtuelle par exemple, les transmédias¹, les fictions interactives… Un long-métrage est un travail de longue haleine et j’ai tendance à passer assez rapidement d’une idée à une autre. Même lorsque je fais un court, je rêve déjà du prochain en permanence, c’est d’ailleurs parfois ce qui me motive à le finir. Je me dis que mon intérêt est peut être plutôt de donner à voir plein d’univers différents, et si l’occasion se présente je ferai un long métrage, mais ce n’est pas une priorité aujourd’hui. On a tendance à quantifier notre réussite professionnelle par rapport à notre premier film en salle, mais aujourd’hui tu peux faire ton premier film auto-produit sans forcément être diffusé en salle, les choses sont différentes. »

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Justement, je me demande si c’est tout autant possible qu’il y a quelques années de faire des films avec des moyens ridicules, avec des films comme Primer de Shane Carruth, produit avec 7 000$ et primé au festival Sundance en 2004 ?

Anatole : « C’est même encore plus possible qu’avant ! Nous sommes une génération qui a beaucoup plus de moyens qu’avant à mon avis. On a accès à tout pour presque rien. Il y a une grosse dose de formalités qu’on s’impose, on dépense beaucoup d’argent pour certaines choses. Peut être que c’est parce que le niveau où je me trouve le permet encore, mais il y a plein de choses que l’on ne paye pas, que l’on se fait prêter, en comptant sur la bonne volonté des gens… J’ai fait mon film de fin d’année avec 200 € alors que normalement pour un film d’animation il faut louer les studios, payer les techniciens, acheter du matériel pour les pantins… Finalement j’ai tout fait dans ma chambre, j’ai emprunté deux plaques dans une menuiserie, j’ai acheté deux tréteaux, j’ai tendu des draps blancs, mis de la lumière de couleur avec les LED de mon coloc… Pour les pantins, j’ai acheté de la pâte fimo, j’ai mis des perles dedans, les cheveux c’est de la laine qui ne coûte rien, le squelette c’est du métal entortillé avec une perceuse visseuse trouvée sur le bon coin… J’ai filmé avec mon vieux reflex qui ne vaut plus très cher aujourd’hui et qui était suffisant en image fixe, j’emprunte des objectifs à des gens que je connais… Je me vois mal utiliser autant d’argent en réalité, les sommes me paraissent pharaoniques. »

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Les dessous d’Il était un mur

Tu ne saurais même pas quoi faire avec finalement ?

Anatole : « C’est ça, ce serait même un facteur limitant pour ma création. Quand tu perds le goût de faire les choses sans avoir un moyen direct de les réaliser, tu deviens moins créatif. J’ai toujours aimé détourner les choses, quand je n’avais pas le bon logiciel pour un dessin animé, je trouvais un logiciel de montage pas du tout adapté, cela prenait un temps monstre mais j’arrivais au résultat que je voulais, et j’ai toujours aimé faire ça. Récemment j’ai fait un petit film en 3D avec un logiciel fait pour faire de l’animation en boucle, j’aime bien ça, quand tu n’as pas les moyens cela t’oblige à mettre vraiment les mains dedans… »

Finalement, il y a un autre processus créatif qui s’enclenche ?

Anatole : « Oui, quelque chose de plus manuel. Je n’aime pas ce qui est trop propre, j’aime que l’on sente encore les traces des difficultés que l’on a rencontrées. »

C’est d’ailleurs pour ça que tu dis toujours que tes films ne sont pas réalisés mais bricolés ?

Anatole : « Je me suis appelé « cinéaste bricoleur » car j’aime cette idée de mettre les mains dedans quand c’est pour quelque chose auquel je tiens, ça me plait. Le mieux pour ça c’est la stop motion. Parfois quand je suis à la maison, je ferme les rideaux, je prends de la pâte à modeler, je fais une photo, je déchire un truc, je mélange… Je n’aime pas l’idée que l’on me catégorise, je préfère que ce soit l’idée, la patte, la manière de cadrer qui soit reconnue plutôt que le médium. »

Tu n’as donc pas de préférence sur le médium ?

Anatole : « C’est par période je pense. Je préfère ce qui est réel donc en ce moment c’est plus la stop motion, le dessin papier car il y a une empreinte réelle, mais dernièrement je m’intéresse beaucoup à la 3D, les vieux jeux des consoles de la cinquième génération, la PS1, la Nintendo 64. La 3D était réduite à quelque chose de très simple, maintenant quand on regarde ça à travers un écran un peu sale, cela donne une forme de réalité qui me fascine. De retour chez mes parents je passe beaucoup de temps à flâner sur Ocarina of Time, Final Fantasy 7, Resident Evil 1… à m’imprégner de ces univers que je trouve très inspirants. »

En regardant Cinémachination, je me suis demandé si tu avais vu Akta Manniskor, qui a aussi été réalisée avec très peu de moyens, et avec le même procédé pour les androïdes, c’est-à-dire des humains maquillés ?

Anatole : « Je me suis totalement inspiré de ça en effet pour les robots, après le scénario vient de périodes où je n’arrivais plus trop à faire de films car je suis exigeant et que j’ai un peu peur de l’échec. J’arrête donc de bosser avec d’autres gens, je me réfugie dans la création et je fais des films tout seul. Je traque la moindre originalité, la moindre image qui sorte un peu du lot. Il y a tellement de choses différentes qui sont faites maintenant qu’il est important de réussir à se démarquer, même s’il y a toujours le risque de perdre un peu les gens. Avec ce film, je rêvais de pouvoir tout faire tout seul, d’avoir des robots dans une salle et de gérer tout moi même. J’ai longtemps eu beaucoup de mal à déléguer, c’est mon côté bricoleur. Et cela pose problème car dans ce milieu tu dois te spécialiser. Pour ma part je pense que si tu es déterminé tu n’en as pas besoin. Mais cela peut faire peur, être un peu touche à tout, donner l’impression que tu n’as pas fait ton choix. »

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Image extraite d’Une porte sur l’hiver

Une autre analogie que j’ai remarquée en regardant ton travail est celle avec Andreï Zviaguintsev, notamment deux de ses films, Leviathan et Faute d’amour. Leviathan parce que le personnage se retrouve complètement seul face à quelque chose qui le dépasse, et il parle très peu. On le ressent dans tes personnages. Faute d’amour à cause de l’importance du regard des personnages, un regard qui décrit à lui seul la vacuité des relations dans lesquels ils sont engagés, ce regard que tu sembles également chérir.

Anatole : « C’est juste, j’aime bien ce que fait ce réalisateur, c’est dur. Il est capable de faire des fins qui ne sont pas manichéennes, juste vides. Il faut apprendre à faire cela je pense, tout n’est pas toujours bon ou mauvais, il n’y a pas toujours de réponse. Quant à la parole, c’est paradoxal car j’aime bien parler, je parle très vite voire trop vite, mais je trouve que le regard des gens peut en dire beaucoup plus que des mots. Bien sûr, la parole fait aussi partie du cinéma, mais j’ai toujours du mal à mettre des mots sur ce que je fais. Quand je veux faire passer une émotion, je préfère quand ça se tait, quand le temps se suspend lors d’une rencontre, que l’on se retrouve sidéré par ce qui se joue devant nous. J’aime que mes personnages soient tout petits, complètement dépassés par ce qu’ils voient. La parole est alors de trop. Il y a pour moi un langage au-delà de la parole. J’ai été bercé au cinéma expressionniste des années 20 qui représente selon moi une continuité du romantisme que je chéris. Le langage peut être à la fois tellement simple et tellement réducteur, alors qu’il existe des médias beaucoup plus complexes. C’est pour ça que mon premier coup de coeur cinématographique a été Kubrick. Dans un regard, tu as une sorte de porte ouverte à une autre réalité, la tienne, qui te rapproche vraiment de ce que tu es dans toute ta sensibilité et ta complexité. Je le fais encore peu mais j’aimerais me diriger vers ça. »

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Image extraite de Citoyens de l’univers

Et puis quand il n’y a pas de mots, cela ouvre aussi beaucoup plus de champs d’interprétations, on n’a plus de limite de langage, l’imaginaire peut aller se balader…

Anatole : « Totalement, parfois je n’arrive pas à exprimer ce que je veux à quelqu’un, et si on pouvait simplement se connecter les uns aux autres pour faire passer une idée, on pourrait tous se comprendre beaucoup mieux. Le langage est parfois dangereux, même s’il est vecteur de beaucoup de choses positives. Dans Melancholia, lorsque Kirsten Dunst a toute la sagesse de l’univers, elle ne parle plus, la sagesse l’amène à ne plus parler. Il existe des peuples qui parviennent à dialoguer sans la parole, je trouve ça fascinant ! »

Tu parlais tout à l’heure de Kubrick, est-ce que c’est lui qui t’a donné le goût de la science-fiction ?

Anatole : « Cela passe par lui mais cela passe aussi et surtout par mon père qui est écrivain de science-fiction. Quand j’étais au collège, je regardais pas mal de séries B, je suis donc passé par l’horreur et le fantastique. Cela a toujours été mon truc car il y a toujours une parabole pour parler de choses qui sont finalement très vraies. J’aime beaucoup les univers fabriqués. Je suis un grand fan du premier Blade Runner. En terme d’univers je pense que c’est mon film préféré. J’ai eu une période, surtout l’an dernier, où j’écoutais en permanence les musiques de Blade Runner. J’avais même découvert le jeu vidéo, c’est un vieux jeu qui date des années 90, c’est la période que je préfère en jeu vidéo ; cette période à cheval entre 2D et 3D, aux abord un peu primitifs, pas totalement finis… Je me suis régalé et j’avais séché les cours parce que je ne pouvais pas y aller tant que je n’avais pas fini le jeu. J’étais trop dedans en fait et c’était incroyable ! C’est en même temps des jeux avec beaucoup moins de possibilités qu’aujourd’hui, avec parfois des choix un peu artificiels. J’adore l’artificialité de cet univers. J’avais plein de consoles et vraiment j’ai grandi avec ça. Ce sont des univers que j’aime beaucoup parce que, plus que les films, tu as ce côté très robotique et tragique et tout gravite autour de toi pour te donner un indice. C’est comme les films de David Lynch, notamment sa trilogie Lost Highway, Mulholland Drive, Inland Empire où tu as toujours des personnages prophétiques qui viennent t’annoncer des choses et tu as plein d’indices qui surgissent autour de toi de n’importe où. J’aime beaucoup ces univers et j’aimerais beaucoup faire des films comme ça où on est face à une réalité un peu hallucinée et qui se ment à elle-même, parce que dans des sphères très basses et très sombres. »

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Image extraite d’Il était un mur

Tu parlais de jeux vidéos, serais-tu intéressé par l’idée de travailler en ce sens ? Aujourd’hui la limite se fait plus mince entre ces deux univers…

Anatole : « Cela m’a toujours intéressé et comme je suis toujours un peu à droite à gauche, il y a des moments où j’y pense, oui. Quand j’étais en CE1 ou CE2 j’avais commencé à écrire un jeu qui s’appelait SOS Gum city et c’était un petit bonhomme rouge qui éliminait des personnages qui s’appelaient les gnoucs, des mages noirs encagoulés qui jetaient des boules magiques ou des tonneaux. C’était un jeu de plateforme en 2D et quand j’étais en pause à midi je faisais des niveaux en 2D sur des feuilles A4 renversées que je scotchais entre elles aux extrémités, du coup je pouvais les replier quand j’avais fini un niveau. C’est quelque chose auquel j’ai toujours pensé mais je crois que je préfère quand même faire des films. Mais étant donné que je m’oriente vers des choses très différentes en ce moment, si un jour j’ai un projet comme ça qui me plait, ça sera totalement possible, oui. J’aime beaucoup les films où tu restes dans un cadre qui t’est attribué, avec un cadrage particulier, une mise en scène, parce que tu as quand même le contrôle du spectateur et une linéarité de narration. Alors que les jeux vidéos à l’inverse tu perds le contrôle, tu es obligé de savoir comment capter l’attention de la personne, et en même temps accepter que ce n’est qu’une proposition, que le joueur fera ce qu’il voudra. C’est très intéressant ! Mais pour le moment je suis plus dans l’optique d’intégrer le jeu vidéo dans le cinéma. »

Je me suis baladé sur Instagram et j’ai vu que tu avais des photos avec Benoit Hamon. Est-ce que tu cherches une forme d’engagement dans tes films ou ce n’est pas quelque chose qui t’intéresse ?

Anatole : « J’aime bien parler politique, j’ai toujours été ouvert à ces questions-là, mais c’est vrai que dans ce que je fais, même s’il y a toujours des préoccupations écologiques, je n’ai pas vraiment envie de défendre des idées politiques, je veux surtout me focaliser sur l’émotion, faire ressentir des choses et être compris. Je suis plus dans une fascination pour un discours ou une manière de voir les choses plutôt que dans la chose elle-même. Je pense que je suis plus né pour donner à voir et à vivre que pour défendre des choses. En revanche, mes personnages ont toujours un combat, ils sont traqués par une injustice et j’aime bien le désir de justice, mais au sens plus large. »

Est-ce que tu aurais un film de l’année 2018 à me conseiller?

Anatole : « Under the Silver Lake. C’est une sorte de Mulholland Drive des années 2010, avec Andrew Garfield, où il te parle de la pop culture et du jeu vidéo. Il y a de grands moments de cinéma, intenses, tragiques ; des images fascinantes données à voir dans un labyrinthe mystique où l’on se perd sans déplaisir, un ballet d’autant de lieux et de personnages qui se succèdent et disparaissent. Le réalisateur y a glissé une quantité folle de références, beaucoup de clins d’œil à Hitchcock, pour se créer son propre univers, et contre toute attente ça fonctionne parce que cela sert totalement le propos, on est cerné de mystères, c’est fou ! C’est un film avec plein de macguffins, un objet ou une situation mystérieuse qui est sensé être la quête d’un personnage dans un scénario mais sans avoir de résolution. Ça reste un mystère, comme dans mes courts-métrages. »

Pour finir, pourrais tu s’il te plaît essayer de te décrire en une phrase sans que je puisse la comprendre ?

Anatole : « C’est un exercice difficile ! Il y a une phrase que j’apprécie particulièrement et qui me décrit très bien : « Doux rêveur en quête d’images saisissantes ». Sinon pour me rapprocher de ta question, je dirais : « Enfant inquiet pétri d’absolu, chasseur sans proie forcené ému. » »

(1) Les méthodes transmedia consistent à utiliser plusieurs média différents pour créer un univers narratif complexe

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FILMOGRAPHIE

2018 : – Il était un mur (12′, stop-motion)

            – Oubliez tous vos soucis (1′, stop-motion)

2017 :  – Une Porte sur l’hiver (11′, live action)

            – A Simple day (4′, dessin-animé)

2016 : – Sunlight (17′, live action)

2015 : – Cinémachination (6′, live action)