La rédaction international de L’Alter Ego a décidé de vous proposer un petit tour d’horizon des événements qui l’ont marquée à l’international en 2018. Pour cette première partie de la rétrospective, nous aborderons certains sujets tels que l’écologie ou encore la question de l’immigration, qui ont ponctué l’an 2018. Nous vous emmènerons également en Chine, au Brésil, au Yémen ou encore au Nicaragua.

Alors que le Nicaragua reste plongé dans des affrontements violents entre civils et paramilitaires, le conflit ne semble pas trouver d’issue.

La réforme de trop

Le Nicaragua ne connait depuis les années 1970 que la voie de l’insurrection. En effet, le pays imbriqué entre le Costa Rica et le Guatemala, en Amérique Centrale, est non seulement un pays dangereux pour les civils (13,6 homicides pour 100.000 habitants par an, bien que ce chiffre reste en-dessous de la moyenne de la région) mais c’est aussi le théâtre d’affrontements perpétuels entre force répressive au pouvoir et groupes considérés comme terroriste.

TV BRAZIL – EBC via flickr

Le 18 Avril 2018, le gouvernement sandiniste (force socialiste qui organisa la révolution de 1979 aboutissant à la chute de la dynastie Somoza) mené par Daniel Ortega publie sa réforme de la sécurité sociale (Instituto Nicaragüense de Seguridad Social) augmentant de 0,75% pour les travailleurs et de 3,5% progressif sur les entreprises les prélèvements de cotisation pour l’INSS. Le Conseil Supérieur des Entreprises Privés (COSEP) s’y oppose et est appuyé par l’opposition au gouvernement, le Front Ample pour la Démocratie (FAD). Jusque là rien de surprenant. Cependant, un troisième acteur va faire exploser le baril de poudre : les étudiants. En effet, ce même 18 Avril les étudiants de l’Université Centraméricaine (UCA) à Managua s’engagent dans la lutte.

Le lendemain, les étudiants vont s’engager massivement dans la lutte que ce soit du côté des opposants (Université Nationale Agraire, Université Nationale d’Ingénierie) ou du gouvernement (UNAN-Managua et l’Union Nationale des Etudiants du Nicaragua) aboutissant à des protestations violentes entre étudiants.

© CLÉMENTINE BONNET POUR L’ALTER EGO/APJ

La mort et l’emballement

Bilan macabre de la journée du 19 Avril, 3 morts tués par balle (dont 1 policier). La police n’ayant ce jour-là pas le droit d’utiliser des armes à balles réelles, la découverte du cadavre d’un ouvrier et d’un étudiant morts par balle installe un climat de défiance voire de détestation de la police et achève de détruire la légitimité vacillante du président. Les manifestants ne demandent plus seulement un retour sur la réforme fiscale mais la fin anticipée de la présidence. Le carmentran Ortega doit brûler.

Le 22 Avril, le gouvernement fait marche arrière sur la réforme de la sécurité sociale mais les manifestants réclament désormais sa démission. Depuis s’engage une lutte meurtrière dans les villes du Nord et particulièrement la capitale Managua pour renverser le pouvoir. Le conflit compte aujourd’hui plus de 300 morts, 448 selon l’Asociación Nicaragüense Pro Derechos Humanos en Juillet dernier. Les barricades montées dans les rue de Managua ne font guère peur au Président Ortega qui, jusqu’à Novembre dernier, continuait de pratiquer une répression violente et systématique des manifestants. Le problème c’est qu’il est difficile de déterminer le profil exact des manifestants tant la situation actuelle est confuse. Les opposants forment un ensemble composite motivés par différentes raisons : ceux initialement opposés à la réforme et qui réclament de meilleures conditions de vie, l’opposition politique institutionnel qui veut avant tout la démission du Président  pour des raisons d’opportunisme et ceux qui manifestent contre la dérive autoritaire du pouvoir. En effet, si le conflit dure ce n’est pas tant à cause des choix économiques d’Ortega mais bien son inclinaison à user d’une violence sans vergogne dans un pays qui justement s’est inscrit dans l’Histoire comme celui qui ne tolérait pas la violence d’Etat. La seconde raison qui alimente la lutte c’est le caractère désorganisé voire contradictoires des opposants. En effet, une partie des étudiants engagés ne souhaitent pas que ce soit l’opposition qui soit au pouvoir suite à une éventuelle démission d’Ortega. Autrement dit, les différents ennemis du gouvernement ne peuvent pas être amis.

Fait important : l’Eglise Catholique s’est rangée du côté des manifestants et est donc considérée comme l’un des ennemis du gouvernement. En Amérique Latine , l’Eglise Catholique – de plus en plus concurrencée par les églises évangéliques –  joue un rôle politique central de médiation. L’attitude belliqueuse d’Ortega envers différentes églises (saccages, perquisition, réquisition) en raison de la protection offerte aux manifestants blessés a achevé de couper la société Nicaraguayenne en deux.

Aujourd’hui le conflit est toujours en cours et, même si les insurrections ont cessé, la répression demeure, notamment envers les rédactions et journalistes opposés au gouvernement.

La conséquence la plus frappante reste la fuite du pays par des dizaines de milliers de Nicaraguayens. Entre Avril et Août dernier, au minimum 23.000 réfugiés nicaraguayens (chiffre très sous-estimé compte tenu de la forte immigration informelle entre les deux pays)  ont marché vers le Costa Rica provoquant des réactions xénophobes dès mi-Août à San José, capitale du pays.