La rédaction international de L’Alter Ego a décidé de vous proposer un petit tour d’horizon des événements qui l’ont marquée à l’international en 2018. Pour cette première partie de la rétrospective, nous aborderons certains sujets tels que l’écologie ou encore la question de l’immigration, qui ont ponctué l’an 2018. Nous vous emmènerons également en Chine, au Brésil, au Yémen ou encore au Nicaragua.

Depuis 2014, une guerre divise le Yémen en deux et cause une grave crise humanitaire. La médiatisation que ce conflit nécessite n’a réellement commencée que l’année dernière.

© Richard Messenger VIA FLICKR

Au Darfour, à la Centrafrique et au Rwanda, Youssoupha pourrait ajouter le Yémen dans sa chanson « Black out ». Débutée en 2014 suite à des manifestations menées dans le cadre du Printemps arabe, une guerre oppose loyalistes* et houthis** dans ce pays du sud de la péninsule arabique. Riche royaume médiéval, le Yémen est aujourd’hui en proie à un conflit armé dévastateur. Plus que les affrontements militaires, ce sont surtout les difficultés du ravitaillement et de l’accès à l’eau qui se révèlent problématiques. 18 des 28 millions d’habitants peinent à trouver leur prochain repas et huit millions d’entre eux sont au bord de la famine, selon un rapport du Programme Alimentaire Mondial paru en octobre. Chiffre tout aussi affolant : un enfant meurt toutes les dix minutes au Yémen selon l’Unicef. Face à cette situation, les médias sont longtemps restés discrets. Mais le Yémen est enfin sorti de l’ombre en 2018.

Cette absence de médiatisation est avant tout due à la difficulté de couvrir le conflit. Les informations sont rares ; les deux camps communiquent peu. Les journalistes ayant réussi à se rendre sur zone sont peu nombreux, tant la méfiance à leur égard est grande. Les quelques reportages réalisés proviennent surtoutdes journalistes ayant pris part à des cortèges comme ceux de l’ONU ou de la Croix Rouge. L’enlisement du conflit, malgré les moyens engagés par la coalition menée par l’Arabie Saoudite (6 milliards de dollars par mois selon le Middle East Eye), n’aide pas à ce que cette guerre fasse l’actualité.

Pourtant, des journalistes ont pris le risque de se rendre sur place afin de donner à cet affrontement la place médiatique qui lui revient. Ce furent, tout d’abord, Jean-Philippe Rémy et Olivier Laban-Mattei qui réalisèrent un reportage en plusieurs épisodes pour Le Monde unanimement salué en août 2017 (€)***. Ce travail d’investigation en a amené d’autres et, en 2018, les productions se sont multipliées. La plus remarquable d’entre elles est sûrement l’émouvant reportage « Les enfants et la guerre », diffusé originellement dans Envoyé Spécial sur France 2. Dans celui-ci, les enfants racontent la guerre telle qu’ils la voient. La scène finale de l’orpheline devant un arbre est particulièrement poignante, tout comme celle plus tôt d’un jeune espérant toujours bénéficier des conditions favorables pour réussir dans le rap.

Ces images apportent de l’humain à un conflit trop facilement résumé à un jeu d’équilibre entre puissances. Elles rappellent qu’il est toujours aussi important que des journalistes s’intéressent à ces sujets et puissent se déplacer sur les lieux. Et même quand cela n’est pas possible, il reste essentiel de parler de ce conflit et de ne pas attendre que les diplomates s’en emparent comme ce fut le cas en novembre. Les enjeux humanitaires sont bien trop importants pour cela. Il était temps que le Yémen sorte de l’ombre.

(*) : Partisans de l’ancien gouvernement, renversé par les houthis. Ils sont soutenus directement par l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis.

(**) : Membres d’un mouvement émergeant dans les années 1980 et souhaitant revaloriser l’identité zaydite, un courant du chiisme, lui-même une branche de l’islam. Ceci vaut aux houthis d’être soutenus a minima par l’Iran.

(***) : Ce reportage a d’ailleurs reçu un prix au Prix-Bayeux des correspondants de guerre en 2018.