La rédaction international de L’Alter Ego a décidé de vous proposer un petit tour d’horizon des événements qui l’ont marquée à l’international en 2018. Pour cette première partie de la rétrospective, nous aborderons certains sujets tels que l’écologie ou encore la question de l’immigration, qui ont ponctué l’an 2018. Nous vous emmènerons également en Chine, au Brésil, au Yémen ou encore au Nicaragua.

La (non) politique de l’UE face à la crise migratoire

Être réfugié, cela va au-delà d’un statut politique. C’est la forme la plus extrême de violence qui puisse être exercée sur un être humain. Nous allons bien être obligés d’accepter que le monde rétrécit et que des populations de religions et de cultures différentes vont devoir apprendre à vivre ensemble

Human Flow

La phrase extraite du film documentaire Human Flow, réalisé par l’artiste chinois Ai Weiwei, prend tout son sens lorsqu’on l’applique à la situation en Europe. « Crise des migrants », « crise migratoire », « crise des réfugiés » : depuis 2015, la dénomination a beau varier dans les médias, le problème reste le même, celui de la (non) gestion de la migration. L’UNHCR dénombre ainsi un total de 68,5 millions de personnes déracinées à travers le monde, dont 25 millions de réfugiés. Où vont ces migrants et réfugiés ? Quels pays les accueillent et quels sont ceux qui devraient les accueillir ? Une partie des personnes déplacées tente d’entrer dans l’UE : pourtant, l’Union n’a pas fait preuve d’ouverture face à cette immigration.

Entre fermeture et ouverture contrôlée, la fuite de l’Union Européenne face à ses responsabilités

Ce qui saute aux yeux depuis le début de la crise, c’est peut-être plus que tous les virages improbables de l’UE pour ne pas engager clairement sa responsabilité. En ne proposant pas une politique d’accueil, d’intégration, ni de plan humanitaire efficace face à l’afflux de populations, les Etats membres, tout comme l’Union, jouent sur deux plans : le rejet des projets les contraignant à accepter migrants et réfugiés, et le renforcement des politiques permettant le contrôle et la limitation des migrations.

Comment ? Tout d’abord, par la fermeture et le renforcement des frontières. L’agence Frontex, réformée en 2016, a ainsi pour but une gestion commune plus efficace des limites extérieures de l’UE, tant terrestres que maritimes. L’objectif est clair : le contrôle et la protection des frontières face à la pression migratoire. Les Etats membres eux-mêmes ont consolidé ou fermé leurs frontières, comme la Hongrie qui a érigé une double barrière métallique longue de 175km à sa frontière avec la Serbie.

Ensuite, les mécanismes juridiques comme le règlement de Dublin et l’accord entre l’UE et la Turquie permettent le rejet du contrôle et de l’accueil migratoire sur les pays périphériques de l’UE. Cette délocalisation de la gestion est appelée « l’externalisation » des contrôles migratoires. Le règlement de Dublin impose par exemple que la demande d’accueil ou d’asile soit faite dans le pays par lequel le migrant ou le réfugié est entré dans l’UE. Cela implique de nombreuses expulsions vers les Etats concernés, sans considération de la volonté des personnes, alors que ces pays subissent déjà une pression migratoire importante. L’accord avec la Turquie ou migrant deal permet, quant à lui, de reconduire en Turquie tous les demandeurs d’asile et réfugiés arrivés en Grèce après mars 2016, moment de signature de l’accord. Ce traité est largement critiqué, notamment du fait du statut de réfugié limité en Turquie.

De quelle politique migratoire pourrions-nous rêver ?

En 1992 à Maastricht, puis à Lisbonne en 2007, les valeurs communes de l’UE ont été affirmées et détaillées : ce sont la liberté, la démocratie, le respect de la dignité humaine, l’égalité, le respect des droits de l’homme et des minorités, la justice et la solidarité, entre autres. Il faut aussi noter que tous les pays de l’UE sont signataires de la convention de Genève de 1951 qui détaille le statut et les droits des réfugiés, ainsi que de la déclaration universelle des droits de l’homme.

© UNHCR – Juin 2018

Quelle réponse le projet européen a-t-il offert à ce qui est la plus grande crise migratoire qu’il traverse depuis sa création ? A-t-on traduit nos belles valeurs dans les actes ? Il paraît dur de juger la politique européenne sans mentionner la difficulté de la coopération à vingt-huit Etats et la multiplicité des situations migratoires, des personnes et des Etats. Pourtant, le plan établi en 2015 pour l’accueil de 120 000 réfugiés dans les pays membres de l’UE, qui comptent ensemble 511 millions d’habitants, paraît bien faible quand on pense par exemple au million de migrants et réfugiés accueillis au Liban, pays de 6 millions d’habitants. A cela s’ajoutent les 16 900 personnes ayant trouvé la mort durant leur traversée de la Méditerranée* depuis 2014  ; le ballotage de l’Aquarius cet été, sans pays d’accueil  ; les conditions humanitaires désastreuses des camps et points de transit des migrants en Europe, dénoncées par de nombreuses organisations, comme Human Rights Watch. La liste du désastre pourrait continuer longtemps. A l’ère des sommets, de la coopération, des accords, des plans, quand est-ce que l’UE fera face à son devoir d’accueil, de solidarité et d’intégration des personnes fuyant le pire ? Tout ce qu’on peut encore espérer, c’est le réveil politique des dirigeants et de la société civile, l’exigence d’une politique décente d’accueil des migrants et réfugiés, pour une sortie du cauchemar que l’UE fait vivre aujourd’hui à des millions de personnes.

(*) : Source : Missing Migrants Project, lancé en 2013 par l’OIM, l’Organisation Internationale des Migrations. https://missingmigrants.iom.int/region/mediterranean