Et toi, tu fais quoi pour l’environnement ?

L’écologie a parfois eu le goût de l’arrogance, à l’image des gens qui pensent sauver le monde en urinant dans leurs douches. Atteindre l’auto-satisfaction dans l’inconfort d’un pull en chanvre éco-responsable, c’est aussi ça l’écologie. Avec cette hauteur d’esprit, notre ancien Président rappelait, non sans fierté, avoir lui-même éteint les lumières de l’Elysée lors d’une entrevue chez France Inter. « Les petits gestes du quotidien », comme ils disent. Bien trop longtemps l’écologie a été victime de cette comédie humaine risible où des petites vertus s’achètent et s’exhibent, labels verts à l’appui. « Et toi, tu fais quoi pour l’environnement ? », le futur se bavarde avec vanité au rayon bio.

© Océane Colson pour L’Alter Ego/APJ

Pendant ce temps-là, on apprenait que 60% des espèces vertébrés s’en étaient définitivement allées entre 1970 et 2014 dans le sillon de notre suffisance. En comparaison de ce charnier immense, les remèdes de conscience sont d’un ridicule morbide. La Terre s’auto-détruit avec l’acharnement d’une amoureuse trop souvent trompée et nous persistons dans nos dénégations honteuses. On a nos vieilles rengaines, nos promesses de lendemains meilleurs. À la télé, les décideurs, puisque ce sont bien eux dont on exige l’action, ont toujours su minimiser la réalité. Ils ont pointé du doigt les autres à grands coups de slogan « Make our planet great again », oubliant que la politique du « ça peut attendre » est aussi un scepticisme. Mais pourtant, tous sont déjà restés bouche bée devant le soleil silencieux qui se lève au petit matin.

Quelque rares proposent, sûrement à raison, l’élaboration d’un grand plan d’investissement. Un Plan Marshall comme au temps de l’après-guerre, quand ce qui avait été dévasté devait alors être reconstruit. La guerre et ses grands enjeux. La guerre et ses nécessités envahissantes, qui au nom des meilleurs ou des pires idéaux se charge de renverser le cours des choses. Et si la Terre avait besoin de ça ? Et si la Terre avait besoin de cette fameuse Troisième Guerre mondiale ? Une guerre globale avec l’indifférence comme tyran à abattre. Un conflit schizophrène où l’humanité est à la fois pire ennemie et meilleure alliée. Sur toutes les chaînes serait alors affiché un compte à rebours sinistre nous rappelant à l’ordre. À la une des journaux, on pourrait lire : « Victoire ! Total se voit interdire le forage en Guyane ». On imaginerait une grande économie de guerre et, paradoxalement, on déciderait de s’endetter dans l’effort, pour justement rembourser notre dette écologique. Le sérieux de la question environnementale prendrait enfin forme dans une perspective martiale.

© Océane Colson pour L’Alter Ego/APJ

Bien sûr, il y aurait des bas, comme dans toutes les guerres. Mais déjà aujourd’hui, la mort d’une abeille est une bombe dont les déflagrations, encore lointaines, arriveront fatalement à nos oreilles. En Chine, près d’un axe routier, une petite fille de 8 ans est morte d’un cancer du poumon à force de petites bouffées de particules polluantes*. Il y a déjà des martyrs qui nous poussent vers cette utopie guerrière. « On a peut-être perdu une bataille, mais pas la guerre » disait un militaire célèbre. Mais quelle guerre peut-on raisonnablement gagner sans l’avoir préalablement déclarée ?

Image de couverture : © Camille Tinon pour L’Alter Ego/APJ