Le 24 novembre, 12.000 personnes se sont rassemblées à Paris lors d’une marche contre les violences sexistes et sexuelles. Le mouvement #NousToutes résonne avec #MeToo, un an après le début d’un mouvement de libération de la parole des femmes. Cette manifestation qui a rassemblé des femmes, des hommes et de nombreuses familles venues apporter leur soutien, est la plus grande mobilisation que notre pays ait connu contre les violences que subissent les femmes et les enfants.

© Emmanuelle Ferré pour L’Alter/APJ

Une jeunesse mobilisée

Beaucoup de jeunes étaient présents lors de la manifestation à Paris, les nouvelles générations sont sensibles à ces mouvements féministes qui demandent l’égalité des sexes dans nos sociétés. L’Alter Ego a rencontré des jeunes mobilisés contre les violences sexistes et sexuelles.

© Emmanuelle Ferré pour L’Alter/APJ

Jade Praud a 17 ans et étudie le théâtre à l’université Paris III. Elle est venue manifester pour les droits des femmes de manière générale : « On parle beaucoup d’une égalité totale en France qui est totalement fictive ». Jade soutient toutes les femmes en France et à travers le monde, “que ce soit les femmes racisées ou encore les femmes queer”.

En France, 25% des femmes âgées de 20 à 69 ans déclarent avoir subi au moins une forme de violence dans l’espace public au cours des 12 derniers mois, selon le gouvernement. Cela représente 5 millions de femmes victimes chaque année. La République française, c’est 250 femmes violées par jour. Cette marche historique témoigne du ras-le-bol des femmes en France. Les femmes en ont assez de ne pas se sentir en sécurité dans l’espace public, alors samedi elles ont décidé de l’investir pour dénoncer le manque d’impunité des agresseurs et le manque de moyens attribués à la lutte contre la violence envers les femmes, pourtant proclamée « Grande cause du quinquennat ».

© Naomi KNS pour L’Alter/APJ

La société patriarcale française dans laquelle nous évoluons a pour habitude de pointer du doigt la victime. Beaucoup de ces femmes qui ont eu le courage de se rendre au commissariat ont dû affronter le regard accusateur des policiers avec des questions telle que « Vous êtes sûre que vous ne l’avez pas provoqué ? ». Double peine pour la victime. La parole des femmes ne cesse d’être remise en cause mais les hommes ne sont pas les seuls fautifs, il ne faut pas oublier que certaines ne sont pas exemptées de comportements machistes, ce qui décrédibilisent la quête de l’égalité que recherche les femmes féministes. Ce phénomène de sexisme intériorisé touche beaucoup de femmes qui malheureusement ne sont pas parvenues à se débarrasser du poids de la socialisation, souvent primaire, auxquelles elles ont été exposées. Si certaines ont intégrés des comportements misogynes, c’est bien parce qu’elles ont baigné dans un environnement lui-même misogyne. Si on déplace le regard sur certaines sociétés africaines, l’exemple des mutilations génitales fait sens. Les femmes sont excisées en présence de figure féminine, par l’exciseuse traditionnelle du village qui est elle-même une femme. Le poids des traditions patriarcales pèse donc sur les femmes au quotidien, et on constate que l’entraide entre celles-ci peine à se faire alors que paradoxalement nous avons tous entendu parler de « solidarité féminine » !

© Emmanuelle Ferré pour L’Alter/APJ

Nous avons rencontré Elodie Couvrand, 25 ans, qui a fini ses études en droit du travail et va devenir avocate. Dans ce rassemblement, elle représente l’association « SOS Africaines en danger ». Elle a rejoint l’association il y a 6 mois pour l’aider dans sa lutte contre les violences faites aux femmes en Afrique, notamment l’excision et le mariage forcé. L’association agit à la fois sur le continent africain, en informant les populations, mais aussi en France, en aidant les femmes qui fuient ces violences. Elodie nous apprend que ces femmes arrivent en France et demandent le droit d’asile afin de fuir la menace de mort qui pèse sur elles dans leur pays d’origine, menace qui apparaît après qu’elles aient manifesté le refus de se faire exciser ou de se faire marier de force. L’association soutient ces femmes et les accompagne dans leurs démarches administratives.

Un mouvement international

Ce rassemblement, qui avait lieu la veille de la journée internationale contre les violences envers les femmes, avait pour première revendication de demander des fonds à l’État français pour lutter contre ces violences. Mais au delà de ça, la marche s’inscrivait dans un mouvement mondial. On pouvait entendre le slogan « Solidarité avec les femmes du monde entier ! ». De plus, de nombreuses pancartes faisaient référence au scandale qui a eu lieu en Irlande. Lors d’un procès pour viol d’une jeune fille de 17 ans, l’avocate de la défense a brandi un string dans le tribunal afin de prouver le consentement de la victime. Par cet acte misogyne, l’accusé a été innocenté, éveillant encore une fois la colère des femmes.

© Emmanuelle Ferré pour L’Alter/APJ

 

© Emmanuelle Ferré pour L’Alter/APJ

Amandine Denis, 24 ans, qui vient d’arriver à Paris, n’a pas fait beaucoup de manifestations, mais elle a souhaité se mobiliser pour cette cause qui lui tenait à cœur. Elle brandit une pancarte « Droit d’asile pour les femmes persécutées » et affirme qu’il ne faut pas seulement voir ce qui se passe en France et qu’il est important d’avoir une vision mondiale sur la question. Si elle a pris soin de faire cette pancarte, c’est pour dire à tous que, certes, il y a encore énormément de travail à faire en France, mais qu’il ne faut pour autant pas oublier les autres personnes qui luttent dans le monde, de nombreuses femmes ayant beaucoup moins de droits que les femmes françaises.

© Emmanuelle Ferré pour L’Alter/APJ

 

© Emmanuelle Ferré pour L’Alter/APJ

Dans cette manifestation, on a pu rencontrer des profils et des revendications divers et variés. Tom Souchard lui a 22 ans, et est étudiant. Il manifeste contre les agressions subies par les femmes. On a demandé à Tom dans quelle mesure il se sentait concerné par cette cause, en tant qu’homme : « Je me sens pas mal concerné parce que j’ai beaucoup voyagé et j’ai remarqué que les violences, ce n’était pas seulement en France. J’ai été dans un petit village au Mexique et j’ai pu aussi voir de très près toutes ces violences et le patriarcat. » Tom arbore une pancarte « Nous Tous », pour lutter contre les violences envers les femmes mais aussi envers les hommes, car elles existent également. Il souligne l’importance de marcher aujourd’hui et tient dans sa main un fil à linge avec des culottes accrochées, symbole de solidarité avec toutes ces femmes victimes de violence.

© Emmanuelle Ferré pour L’Alter/APJ

Les médias n’ont pas jugé important de s’attarder sur la plus grande mobilisation que notre pays ait connue contre les violences que subissent les femmes et les enfants. Si ce traitement médiatique témoigne de l’invisibilisation que subissent les femmes au quotidien dans la société, elles ont désormais décidé de se faire entendre. Cette faible médiatisation n’a pas su tarir la détermination de ces femmes qui luttent pour leurs droits et sont bien décidées à les obtenir.