Comme chaque année, les portes de la Grande Halle de la Villette se sont ouvertes sur la crème de la musique indépendante internationale. Créé en 1995 à Chicago, le Pitchfork magazine est, il faut bien le rappeler, un média de référence pour toute la culture rock, folk et hip hop. Depuis 2011, le magazine s’est offert une vitrine parisienne XXL qui a accueilli des artistes aussi prestigieux que Jungle, Kamasi Washington, Thom Yorke, Caribou et Aphex Twin parmi d’autres… Cette année, l’espoir était immense quand les noms de The Voidz, Étienne Daho, Chromeo et Kaytranada, pour ne citer qu’eux, avaient été annoncés par l’équipe du festival. La promesse a-t-elle été tenue ? On ne va pas vous faire attendre plus longtemps : la réponse est oui. Il y a eu des déceptions et des bémols que nous pouvons bien sûr relever, mais ces trois jours furent définitivement des moments de musique exceptionnels. Voici donc les trois meilleurs concerts du festival, en tous les cas pour nous.

Mac DeMarco contagieux – jeudi

Il était presque attendu comme le messie. L’espoir était si grand qu’il y aurait eu de nombreuses raisons d’être déçus. Mais force est de constater que l’enchantement a bel et bien fonctionné jeudi soir et on ne peut qu’admirer le talent du Canadien. Ainsi, le King Mac est arrivé en clôture de la grande scène aussi détendu qu’à son habitude, casquette vissée sur la tête et sourire jusqu’aux oreilles. Dès le début de son set, les tubes s’enchaînent : Cookin Up Something Good, Ode to Viceroy, Chambers of Reflection, Another One… La liste est longue et la foule semble connaître toutes les chansons par cœur. Le rituel est bien respecté, on remarque la traditionnelle table où les potes du chanteur prennent tranquillement l’apéro, sur scène. D’ailleurs, un concert de Mac DeMarco n’en serait pas vraiment un sans quelques évènements imprévus. On attend avec impatience les turbulences du groupe : elles arrivent au fur et à mesure. D’abord, le conducteur du tourbus est appelé au micro pour faire quelques blagues, puis un enfant de 8 ans fait des pull-up assis sur l’ampli de guitare. Quelques minutes plus tard, le guitariste (notre chouchou) s’empare de la scène pour deux morceaux punk complètement hors du temps. Entre deux, Mac DeMarco se met torse nu, le bassiste fait des high-five aux slammeurs et la moitié de l’équipe du festival se retrouve sur scène. Normal ! Le concert se termine tout en douceur sur le magique Still Together, le même garçon sur les épaules du chanteur et le public en totale communion. Moment magique, merci Mac !

Bagarre jouissif – vendredi

Impossible de parler du festival sans évoquer la prestation survoltée de Bagarre. Il était pourtant bien difficile de faire bouger les foules : même John Maus, qui provoque d’habitude des pogos de la première à la dernière minute, n’a pas réussi à sortir le public de sa langueur. Les cinq héros du collectif parisien accomplisse l’exploit de mettre le feu à la Grande Halle de la Villette par la seule force de leur présence. En ouverture, le bouillonnant Écoutez-moi nous met dans l’ambiance : rien ne pourra stopper la machine. Ainsi, les « bagarres » arrivent dès le premier quart d’heure et ne s’arrêteront jamais jusqu’à la fin du show. Mention spéciale au morceau Mourir au Club, qui met sans dessus dessous les 3 000 personnes présentes. Pour finir, le quintette nous vainc par KO avec son brûlant titre La Bête Voit Rouge, enchaîné par un La Jeunesse Emmerde le Front National particulièrement émouvant. Bagarre, vous nous avez rendus heureux !

Unknown Mortal Orchestra perfectionniste – samedi

Quelle classe. On attendait avec impatience la prestation du groupe mythique et la manière dont ils allaient défendre leur dernier disque, le sublime Sex & Food, sorti il y a quelques mois. Bénéficiant d’une scénographie élégante et très efficace, le quatuor nous offre la démonstration flamboyante qu’il ne faut pas les résumer à un groupe de studio. Dès la première chanson, le leader se lancde dans un bain de foule et électrise le public avec un solo de guitare de presque 10 minutes. Les musiciens dévoilent une technique monstrueuse, on se prend des claques à chaque morceau : un break de batterie impossible par ici, une ligne de basse parfaite par là, une maîtrise vocale surnaturelle… Rarement on aura vu un tel niveau d’exigence en festival. On tombe définitivement amoureux quand arrive le tube mystique Hunnybee, certainement un des meilleurs morceaux de cette année. On adore également les versions de So Good At Being In Trouble et Necessary Evil, reprises en choeur par le public. Malheureusement, une grande partie de la foule déserte ce merveilleux set pour bien se placer dans la foule de Bon Iver, sur la grande scène juste après. Nous garderons un souvenir magique de ce concert qui nous a plongé dans un univers déroutant mais, finalement, lumineux, apaisant et fascinant.

Voilà donc les moments qui nous ont le plus marqués durant le Pitchfork Music Festival. On peut également saluer les prestations exceptionnelles des Voidz, bien emmenées par un Julian Casablancas complètement shooté, et de Lewis OfMan, à qui nous avons posé quelques questions avant son show. L’entretien passionnant qu’il nous a accordé est à venir sur L’Alter Ego.

Les excellents moments n’ont pas manqué, c’est certain, mais il faut quand même soulever les points noirs du festival. En premier lieu, la disposition du festival n’était pas vraiment optimale pour accueillir ce type d’évènement. Par moments, le son était franchement mauvais, à cause de l’immense hauteur sous plafond de 20 mètres. Si on se retirait un peu de la foule, on n’entendait parfois qu’une bouillie sonore, ce qui nous a par exemple gâché certains passages des superbes concerts de Blood Orange et de Rolling Blackouts Costal Fever. Ensuite, on a moyennement aimé les prix exorbitants de certains stands, notamment Les Niçois qui ont réussi l’exploit de nous vendre un plat de gnocchis minuscule et froid au prix sympathique de 8€. Et on ne parle pas de la pinte de Heineken à 7€50… Prévisible, mais toujours aussi désagréable. Enfin, et comme nous l’avons déjà évoqué un peu plus haut, le public n’était franchement pas le plus festif que nous avons rencontré. Hasardeux mélange de trentenaires en afterwork et de professionnels de la musique un peu blasés, rares sont les moments où le public s’est réellement réchauffé. On a, en revanche, adoré le stand Greenroom. Comme à leur habitude, ils ont trouvé le moyen de mettre en place une activité fun qui fait plaisir à tout le monde (on avait déjà parlé de leur stand à Cabourg, Mon Amour). Ils avaient donc installé un jeu où l’on devait offrir un vinyle à un autre festivalier via un talkie-walkie et en recevoir un par le même moyen. La queue de presque une heure en valait la peine !

Un petit point également sur les concert qui nous ont déçu durant le festival. On attendait beaucoup du concert de l’Américain John Maus, qui nous avait enchanté en avril dernier avec son album Addendum, mélange subtil de post-punk et de pop lo-fi. La perte récente de son frère, qui était également son bassiste, l’avait contraint d’annuler sa tournée : c’était donc une opportunité unique de le voir sur scène. Malheureusement, le show était davantage douloureux et pesant qu’agréable ; seul sur scène, John Maus a jeté un froid immense dans le public. Partagés entre déception et compassion, on continuera à suivre l’évolution de cet artiste fascinant et imprévisible. On a également assez peu aimé le concert de Chromeo, le duo de funk Canadien qui vient pourtant de sortir un excellent Tiny Desk. Attitudes peu naturelles, morceaux assez banals et jeu de scène ultra-cliché : il est assez difficile de se mettre dans l’ambiance. Ce n’est au final pas si grave, les fans étaient nombreux et ont apparemment beaucoup aimé leur performance.

Pour résumer : des fulgurances chez certains artistes, des très bons concerts de manière générale, une organisation un peu élitiste mais avec des bonnes surprises. Si on fait le bilan, cela nous donne un très bon festival dans l’ensemble !

image de couverture :  Pitchwork music festival