Aurélien Taché, transfuge socialiste proche d’Emmanuel Macron et député En Marche du Val d’Oise a proposé un amendement original. Ce trentenaire très porté sur les questions d’intégration et de laïcité souhaite que les foyers français qui accueillent des réfugiés bénéficient d’un crédit d’impôt plafonné à 1 500€ par an. Cette proposition a suscité l’adhésion de plusieurs autres députés qui ont finalement voté un amendement le 17 octobre en ce sens. La proposition n’a cependant pas été retenue pour le projet de loi de finance 2019. Sous des apparences d’humanisme, cette mesure synthétise toutes les erreurs de nos politiques en matière d’accueil.

L’Etat délaisse ses responsabilités

Si un député en vient à formuler une telle proposition, c’est qu’il a conscience que l’Etat fait mal ses devoirs. Alors que l’on laisse à des associations qui travaillent dans des conditions inhumaines le rôle de nourrir de nombreux migrants dans le nord du pays ou à la frontière italienne, voilà que l’Etat veut sous-traiter son obligation d’accueil et de protection à ses propres citoyens. Et pour faire passer la pilule de son inaction, il veut les payer ! Voilà le fantasme technocratique étalé au grand jour : un petit levier budgétaire et hop ! plus de migrants affamés et grelottants dans la rue. Et de sacrées économies : 5€ seront reversés par nuit alors qu’abriter un migrant à l’hôtel ou en centre d’accueil coûte trois à quatre fois plus à l’Etat selon les chiffres du Samu social. Alors que les forces de l’ordre sont déployées aux frontières sans compter, notre grand pays développé ne se donne pas les moyens d’héberger et de nourrir quelques dizaines de milliers d’hommes, souvent jeunes. Voilà qui est triste, et qui ne se résoudra pas avec un amendement supplémentaire.

Les citoyens n’ont pas attendu Aurélien Taché

Aujourd’hui, de nombreuses personnes seules et des familles accueillent déjà des réfugiés chez elles. Cette attitude authentiquement humaine nécessite pour les accueillants d’avoir de la place, une chambre vide, et des ressources suffisantes pour alimenter une personne supplémentaire. Les Français qui sont dans cette situation ne sont pas, il faut bien le reconnaître, ceux pour qui 5€ d’aide par nuitée serait déterminant. Nul ne demandera aux familles qui peinent à boucler leurs fins de mois de nourrir une bouche supplémentaire. En effet, c’est aux familles les plus aisées de prendre leurs responsabilités sociales et de se signaler auprès des associations. Accueillir un migrant chez soi, ce n’est pas lui verser de la soupe dans un bol chaque soir mais lui consacrer du temps et des moyens pour l’aider au mieux. Par exemple, Aurélien Taché pourrait tout à fait, avec son salaire de député, son réseau de député et son humanisme de député, accueillir un réfugié. Ainsi, notre homme donnerait l’exemple et ses propositions en matière d’accueil seraient plus audibles, après que sa majorité a voté la loi Asile et immigration, un texte « dangereux » qui « consacre une véritable chute des droits pour les personnes étrangères » selon la Cimade, une association d’aide aux migrants et réfugiés qui héberge 200 personnes dans des centres qu’elle a créés.

À l’heure où Angela Merkel a accueilli un million de migrants pour fournir les usines de la Ruhr en emplois précaires et sous-payés et faire ainsi pression sur les salaires, chacun peut comprendre que l’accueil sincère ne peut qu’être motivé par la fraternité et que nul ne doit être poussé à faire le bien pour quelques euros supplémentaires par mois.