L’Alter Ego vous propose de découvrir Mon Alter Ego, une série de portraits vidéos dédiée à la présentation d’une jeunesse engagée dans sa diversité. Pour ce premier épisode, L’Alter Ego a rencontré Sophie Caillaud, la présidente du parti politique Allons Enfants, qui se définit comme « Un parti de jeunes, par les jeunes, pour tout le monde ». Découvrez dès à présent son portrait en vidéo, enrichie par quelques questions à l’écrit.

Quelles sont les propositions politiques majeures d’Allons Enfants ?

« Aux fondements du parti, nous avons 4 fondamentaux qui nous importent vraiment et que nous voulons défendre : l’Europe en tant que pro-européens ; l’éducation sur laquelle nous portons un regard différent, étant donné que nous sommes encore dans le système éducatif ou que nous venons d’en sortir ; le développement durable et la protection de l’environnement, qui est l’urgence et un enjeu pour notre génération ; l’innovation au travers de l’entreprenariat et des idées avec des politiques innovantes.

En ce qui concerne l’éducation, nous souhaiterions par exemple proposer un Erasmus [encore en débat et en discussion au sein du parti] pour les professeurs afin qu’ils s’enrichissent des pratiques pédagogiques des autres pays et apprennent des langues étrangères. Une deuxième idée serait de faire un focus sur l’apprentissage des langues, peut-être en permettant d’apprendre plus de langues, ou alors d’apprendre différemment des langues européennes qui ne soient pas seulement l’anglais, l’allemand et l’espagnol. Nous essayons de montrer que nous pouvons avoir une diversité, une richesse linguistique et donc culturelle en Europe que nous voudrions exploiter. Il est nécessaire de renforcer le côté Erasmus qui profite aujourd’hui à 3% des étudiants, il y a globalement trop peu d’apprentis et de bacs pros qui partent en Europe. Le système français s’est pensé autosuffisant mais on se rend compte, avec les études PISA* que la France a des résultats parfois assez catastrophiques. Il faut se remettre en question et profiter de la richesse que nous pouvons avoir juste à côté de nous afin d’améliorer cela.

À propos du développement durable, je pense que les Français commencent à se rendre compte de l’urgence que cela représente. En revanche, les décideurs politiques ne s’en rendent pas compte. Franchement, ce mot est choisi : c’est une « urgence » ! Il est important d’insister sur le fait qu’il est nécessaire d’avoir des politiques qui soient plus respectueuses de l’environnement. Cela passe par la transition énergétique : essayer d’utiliser plus d’énergies renouvelables. Une idée peut être plus originale serait de créer un statut de réfugié climatique. Il y a eu le séisme en Indonésie, et cela va arriver de plus en plus souvent. Il va y avoir des crises écologiques qui vont se transformer en crises humanitaires. Il faudra que les personnes qui fuient leur pays à cause du changement climatique que nous avons provoqué aillent trouver refuge ailleurs. »

© Allons Enfants

Comment Allons Enfants se prépare-t-il aux prochaines élections européennes ?

« Il y a eu une réforme du scrutin. Il y a désormais une seule liste à présenter pour toute la France. Une liste de 79 candidats. Nous allons donc présenter 79 candidats avec parité femmes-hommes. Pour préparer cela, nous avons organisé un grand weekend de rentrée en banlieue de Nevers en septembre. Nous sommes partis d’une page blanche. Nous avons réfléchi à notre stratégie : comment pourrions-nous essayer de développer des antennes dans d’autres villes de France dans lesquelles nous ne sommes pas encore présents ? Comment pourrions-nous être relayés par les médias ? Comment pourrions-nous trouver de l’argent ? Beaucoup de ces questions n’ont pas trouvé de réponses mais nous y travaillons. Nous nous retrouvons, nous organisons des réunions. C’est vraiment une politique « homemade ». C’est totalement artisanal. Nous faisons avec les moyens du bord.

Nous avions une bonne écoute pendant les législatives. Nous avons senti que l’on avait intéressé les médias. Le problème est que le temps politique va très vite et le temps médiatique encore plus. On nous oublie. En 2 ans de creux, il faut tout rebâtir ! »

© Allons Enfants

Des propositions particulières pour ces élections ?

« Nous sommes actuellement en train d’écrire nos propositions pour les élections européennes. Nous avons un groupe qui travaille dessus et qui se donne du mal. Nous souhaitons vraiment que notre programme se démarque et montre que nous portons des idées neuves.

Nous avons déjà quelques propositions, qui seront sans doutes retenues dans le programme final, mais desquelles nous sommes en train de débattre, telles que :

– Créer un établissement européen du sang afin que, lors de pénuries de sangs dans certains pays, les poches puissent circuler.

Créer un salaire minimum pour tous les stagiaires dans l’Union Européenne qui serait a minima indexé sur le seuil de pauvreté du pays.

Nous voulons montrer que l’Europe, c’est aussi une opportunité géniale sur des thèmes très différents, qui mériteraient d’être approfondis. »

© Allons Enfants

Il existe déjà des mouvements de jeunesse au sein des différents partis politiques, que pense-t-on de ces mouvements au sein d’Allons Enfants ?

« Concernant les mouvements de jeunesse des partis traditionnels, nous trouvons cela bien qu’il y ait des jeunes qui souhaitent en faire partie, cela montre qu’il y a une jeunesse qui veut s’engager. Pour nous, ce sont des mouvements – même s’ils se disent indépendants et le sont d’une certaine manière – rattachés plus ou moins hiérarchiquement à de gros partis et donc à des personnes plus âgées qui vont, elles, véritablement exercer le pouvoir. Les jeunes, ce sont des faire-valoir. Ce ne sont pas les jeunes qui sont au cœur des idées, ce ne sont pas les jeunes qui écrivent le programme, et surtout, ce ne sont pas les jeunes qui occupent les postes de décisions ou alors de manière très marginale. »

chaque jeune, d’où qu’il vienne en France et en Europe, peut s’engager et doit faire entendre sa voix.

Sophie Caillau, présidente du parti politique allons enfants

N’y-a-t-il pas un problème de diversité des jeunes au sein de votre parti, notamment social et géographique ?

« C’est vrai que cela a été longtemps une vraie question et un sujet de préoccupation parce que nous sommes nés à Saint-Cloud, dans une banlieue parisienne favorisée et tous nos membres venaient de cette ville. C’est là que nous avons fait un bon score aux élections municipales, nous avons deux conseillers municipaux élus.

Après les élections municipales, nous avons voulu nous étendre au niveau national. Nous nous sommes dit qu’il fallait faire entrer des membres nouveaux issus d’autres milieux sociaux, qu’il fallait que nous nous intéressions à tout le monde. Alors, nous sommes allés dans toutes les facs de région parisienne mais aussi ailleurs en France. Nous sommes vraiment contents aujourd’hui puisque nous avons réussi à nous ouvrir. Nous disposons d’antennes dans plusieurs villes de France (notamment Rennes, Nantes, Strasbourg, Nancy, Lille) et plus seulement à Paris.

Concernant le milieu social, c’est vrai que cela soulève une vraie question, à savoir, comment les jeunes parviennent à s’intéresser et se projeter dans la politique ? Nous remarquons que c’est plus difficile de franchir les barrières – que nous nous mettons et qu’on nous met – quand on vient de milieux différents. Notre volonté réelle et sincère est justement de casser ces barrières et de dire que chaque jeune, d’où qu’il vienne en France et en Europe, peut s’engager et doit faire entendre sa voix. C’est presque un devoir pour les jeunes aujourd’hui. D’où qu’ils viennent, encore plus s’ils ont des vraies revendications, des idées différentes, qu’ils en fassent part à Allons Enfants. »

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* PISA : Programme international pour le suivi des acquis des élèves. PISA est une enquête menée tous les trois ans auprès de jeunes de 15 ans dans les 34 pays membres de l’OCDE et dans de nombreux pays partenaires. Elle évalue l’acquisition de savoirs et savoir-faire essentiels à la vie quotidienne au terme de la scolarité obligatoire. (OECD)

image de couverture : © Maxime Bourstin pour L’Alter Ego/APJ