« Les autorités religieuses ont échoué », l’aveu du Pape François n’est pas passé inaperçu. La lutte contre la pédophilie dans l’Eglise est une question ancienne qui aujourd’hui est plus concrètement posée. La pédophilie est un trouble mental, fantasme qui mène des femmes et des hommes à agresser sexuellement des enfants prépubères. Parmi les affaires les plus médiatiques, l’on compte celles des rapts d’enfants, comme l’affaire Maëlys en France ainsi que les problèmes de pédophilie dans l’Eglise catholique. En Pennsylvanie, une enquête du procureur publiée le 14 août dernier a établi qu’en 70 ans, 1 000 enfants avaient été les victimes de quelque 300 prêtres. Le jury populaire qui a divulgué cette enquête pointe la responsabilité des supérieurs dans l’impunité des agresseurs. Les affaires ont été, dans la plupart des cas, couvertes. Certains agresseurs ont même été promus à des postes plus élevés dans la hiérarchie ecclésiastique.

Pape François – © Jeffrey Bruno via Flickr

Contre la pédophilie, un engagement franc du Pape

Le Pape François n’a pas évité les questions soulevées par cette enquête au retentissement mondial, il n’a pas cherché à minimiser ces révélations, à les atténuer. François veut montrer qu’il a compris l’importance de ces multiples témoignages et n’a pas eu un mot pour critiquer une médiatisation exagérée ou remettre en cause l’importance du phénomène. Au lendemain des révélations en Pennsylvanie, il a publié une Lettre au peuple de Dieu dans laquelle il exprime « honte et repentir », balayant les propos qui minimisent ces cas étalés sur plusieurs décennies en écrivant que « les blessures ne connaissent pas de prescription ». En visite le week-end dernier en Irlande, il a déclaré : « Les autorités religieuses ont échoué. » Face à une crise qui touche l’Eglise dans des pays de plus en plus sécularisés comme l’Irlande, il a appelé à une participation active des catholiques dans la reconnaissance des «  atrocités commises par des membres du clergé » et dans la lutte contre ces actes et «  la culture de l’abus ». Il a également déconstruit la rhétorique de la préservation de l’intégrité de l’institution qui a prévalu dans la réaction de bien des évêques confrontés au témoignage de victimes. Car selon lui l’Eglise n’est pas une assemblée de prélats mais une communauté humaine, et rien n’est plus important que la protection des membres de ce « peuple de Dieu ». Le 26 août, les révélations d’un archevêque, Carlo Maria Vigaro, bouleversent l’image que François s’est construit comme pape pleinement investi dans une lutte totale contre les agresseurs. Dans une lettre de ce prélat, il est révélé que François aurait pris en 2013 comme conseiller Theodore McCarrick, malgré les accusations de pédophilie qui pesaient sur ce cardinal. Il aurait ignoré les mises en garde de ses proches envers cet homme qui avait été puni par Benoît XVI. Si ces accusations sont fondées, et l’avenir le dira, le repentir exprimé par François prendra un tout autre sens.

Des actes quotidiens contre les agressions

Dans tous les cas, la dénonciation verbale du Pape, si forte soit-elle, ne résout rien. Il n’y a aucun doute quant au fait que des prêtres vont continuer d’utiliser leur position pour abuser d’enfants. Si leur dénonciation constante et la collaboration entière de l’Eglise avec la police doivent être la norme partout, il faut aller plus loin. Les actes élémentaires pour lutter contre ce fléau ne sont pas spécifiques à l’institution religieuse, il faut partout empêcher que de jeunes enfants soient seuls avec un adulte, dans un lieu clos. Dans le quotidien de la vie catholique, cela s’instaurera de façon pratique en organisant les séances de catéchisme dans des lieux ouverts avec, si possible, un paroissien pour assister le prêtre.

Le mariage des prêtres n’est pas une solution

Arrive dans cette réflexion la question sensible du « pourquoi » de ces actes chez des prêtres. La pédophilie est un fantasme, l’attirance d’adultes pour des enfants prépubères. Cette attirance n’est a priori pas plus répandue chez les prêtres que chez d’autres, rien en tout cas ne permet de prouver que les prêtres sont plus pédophiles que les autres hommes. On ne peut donc pas établir de lien de causalité entre la situation de prêtre et l’acte de pédophilie. Par contre, il est évident que le contact fréquent avec des enfants permet aux prêtres pédophiles de passer plus facilement à l’acte. Le problème se pose de la même manière avec les enseignants. En 2017, une trentaine de radiations de professeurs pédophiles dont certains avaient été condamnés avant leur recrutement avait mis en lumière les manquements d’une autre institution, l’Education Nationale. Toute cette réflexion n’est pas vaine, elle mène à réfuter l’idée que l’abstinence des prêtres mènerait à plus d’agressions pédophiles. On fait souvent le lien entre célibat des prêtres et agressions pédophiles. La psychologie l’écarte pourtant assez clairement : le fantasme pédophile et le passage à l’acte sont différents d’une pulsion sexuelle habituelle et d’un rapport sexuel entre deux adultes, certains pédophiles ont d’ailleurs un attrait exclusif pour les enfants. Un argument moins scientifique mais plus humain serait de réfuter le projet de marier des criminels potentiels à des femmes pour recueillir leurs pulsions et les empêcher d’agresser des enfants. Les pédophiles doivent être soignés et mis hors d’état de nuire, pas être mariés. La question des prêtres pédophiles ne remet pas en question le statut du prêtre mais les manquements d’une institution. Le débat sur le mariage des prêtres ne concerne en fait que les catholiques. S’ils savent que le célibat a été décidé pour des raisons parfois non religieuses, comme la nécessité de conserver les biens de l’Eglise sans que des héritages les dilapident, ils restent globalement attachés au Concile de Latran de 1123 qui conditionne l’ordination à l’abstinence et au non-mariage. Déplacer le débat des prêtres pédophiles sur le mariage des curés est une offense faite aux victimes, une récupération politique de leur souffrance.

image de couverture : © Jeffrey Bruno via Flickr