Près de 16 mois après sa nomination en tant que Ministre des Sports, la double championne olympique d’Atlanta a claqué la porte du gouvernement. Au-delà des raisons fiscales invoquées par Médiapart et Le Canard Enchaîné, l’opposition et les observateurs pointent du doigt les coupes budgétaires et le manque de moyens. Sans oublier le faible poids politique de l’ancienne sportive et ses interventions lunaires.

Laura Flessel, ex-Ministre des Sports – © Bash pour L’Alter Ego/APJ

Tous deux étaient les symboles du premier gouvernement de ce quinquennat : des personnalités populaires, reconnues dans leur domaine de prédilection, sans attache politique particulière, qui incarnaient à merveille l’ouverture à la « société civile » et le « gouvernement des meilleurs » voulu par le Président de la République. À l’instar de son collègue de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot quelques jours auparavant, la ministre des Sports, Laura Flessel, a présenté sa démission, ce mardi 4 septembre. Très vite, « les raisons personnelles » mises en avant pour expliquer son départ se sont brusquement transformées en raisons fiscales – Médiapart et Le Canard Enchaîné ont précisé que le Fisc avait saisi la commission des infractions fiscales du ministère de l’Économie avec en toile de fond une plainte pour fraude.

Mais l’opposition s’est engouffrée dans la brèche en dénonçant une inadéquation entre les objectifs fixés par l’exécutif – 80 médailles aux Jeux Olympiques qu’accueilleront Paris en 2024 – et les moyens attribués. Un argument plus que valable au vu des coupes budgétaires demandées par Matignon pour le budget 2019. Après une baisse déjà conséquente en 2018 (-7%), les 481 millions d’euros devraient à nouveau être amputés de 7% pour s’établir à 450 millions. Des restrictions qui posent surtout la question du poids politique de l’ancienne escrimeuse, qui se serait montrée incapable d’imposer son point de vue dans les arbitrages finaux. Plus facile à dire qu’à faire ?

Néanmoins, pendant ces 16 mois, la ministre n’a jamais, par quelque procédé que ce soit, tenté d’imposer ses vues à Édouard Philippe. Il lui était beaucoup plus facile de serrer les mains des sportifs vainqueurs et de s’associer à des succès sur lesquels elle n’a eu aucune influence comme l’attribution de JO ou de la Coupe du Monde de rugby 2023, respectivement très bien menés par le duo Anne Hidalgo/Tony Estanguet et par Bernard Laporte. Son communiqué de départ est d’ailleurs un modèle du genre : « Lors de ces 16 mois, j’ai pu accompagner la phase finale et victorieuse de la candidature française pour l’accueil des Jeux olympiques et paralympiques  ».

Elle n’avait ni les codes politiques ni la maîtrise théorique des sujets de fond

Pire encore, son passage restera marqué par la suppression des contrats aidés qui constituaient pour la majorité des clubs sportifs amateurs le seul moyen d’embaucher du personnel et par un discours prononcé – ou plutôt lu – au Sénat qui proposait une privatisation massive du sport français sur le modèle anglais ou américain : « Ce n’est pas le rôle de l’État de financer durablement les clubs sportifs. L’État accompagnera les acteurs associatifs dans cette période de transition ».

Quelques jours après le titre de champion du monde de l’Équipe de France de football, Laura Flessel, double championne olympique, passée par l’INSEP (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance), envoie dans la tombe un modèle qui lui avait permis, comme tant d’autres, de réussir. Une hérésie pour le monde sportif français qui s’interroge : la ministre n’est-elle bonne qu’à appliquer ce que lui souffle Bercy dans l’oreille ? Personne ne semble donc regretter l’ancienne escrimeuse dont la maîtrise des sujets paraissait pour le moins aléatoire et le poids politique dans les décisions presque inexistant : « Elle n’avait ni les codes politiques ni la maîtrise théorique des sujets de fond » pointe un député proche de la majorité cité par Le Nouvel Observateur.

Ses prestations calamiteuses à la télévision en marge des grands rendez-vous du sport français n’auront fait qu’aggraver ce sentiment comme lorsqu’en pleine finale de Coupe Davis, elle se réjouit de la victoire du double français au micro de Nelson Monfort alors que celui-ci doit encore remporter un set pour triompher des Belges, ou encore quand elle souhaite à l’équipe de France de football de remporter « la médaille d’or » lors de la Coupe du Monde…

Malheureusement pour « la guêpe », les 16 mois de succès sportifs ne pourront pas effacer 16 mois de défaites politiques, d’arbitrages défavorables, de coupes budgétaires et de démonstrations d’incompétence. Prise dans la grande essoreuse politique, Laura Flessel en ressort lessivée, avec une popularité en berne et une image écornée. La tâche de sa successeuse, l’ancienne nageuse Roxana Maracineanu est immense.

photo de couverture : © clémentine bonnet pour l’alter ego/APJ