Entre amis sur la plage, ou dans tes écouteurs, pensif et solitaire, la musique ne nous a pas quittés de l’été : pour se réveiller après une longue nuit chaude et enivrée, au bord de la mer, ou pendant une séance d’aquagym au camping – pas la peine de nier, on l’a tous fait – l’été est bien synonyme de musique. Alors L’Alter Ego a scruté les ondes pour vous concocter un concentré de soleil, le meilleur des sorties de cet été 2018 : une playlist deux étoiles aussi belle que la frappe de bâtard d’un certain Benjamin Pavard.

Albums de l’été  

Ariana Grande – Sweetener

Sorti le 17 août 2018, le dernier album de la diva américaine Ariana Grande, Sweetener, sort des sentiers battus de la musique pop. L’enfant chérie des États-Unis avait déjà pris un virage à 180 degrés avec son opus précédent, Dangerous Woman (2016), dont la sensualité détonnait dans son univers innocent et rose bonbon.

Sweetener se détache du registre de départ d’Ariana, une pop sentimentale inspirée des grandes chanteuses de Broadway, et explore de nombreux genres musicaux. Sans délaisser ses vocalises iconiques, notamment en guise d’introduction à l’album avec « raindrops » (« an angel cried »), ni les pop bangers qui enflamment les classements depuis le mois d’avril (« no tears left to cry », « God is a woman »), Ariana s’essaye à des sonorités plus R’n’B, voire trap avec le doux « R.E.M », ou encore le surprenant « sweetener ». Malgré une faiblesse sur les featurings, à savoir « blazed » featuring Pharrell Williams, « the light is coming » featuring Nicki Minaj, « borderline » featuring Missy Elliott, qui alourdissent l’album par leur répétitivité et leur pauvreté instrumentale, Ariana Grande parvient à prouver que son univers musical est riche. Bercé de mélodies entêtantes dont elle a le secret, avec par exemple l’explosive « breathin » dans laquelle elle évoque son anxiété, on y retrouve également de titres novateurs et nébuleux comme « successful » et « better off ». L’album se clôt sur get well soon, morceau aux accents soul dédié aux victimes de l’attentat du 22 mai 2017, ayant eu lieu au concert d’Ariana à Liverpool. Engagée et sûre d’elle, Ariana Grande signe, avec Sweetener, un album d’une grande qualité musicale.

Mac Miller – Swimming

Le 3 août 2018, le rappeur américain Mac Miller sortait son cinquième et dernier opus, Swimming. Gravitant autour des thèmes liés à la rupture amoureuse, comme l’anxiété, la solitude, la passivité, l’album s’émancipe de l’easy listening de Mac Miller. Le rappeur avait habitué son audience à un univers musical énergique, dansant et surtout empli d’une certaine jovialité immature, dont il se détache totalement avec Swimming. L’album est empreint de tristesse, et Mac Miller s’y confie, s’y observe, y livre une vision de lui-même qu’on ne lui connaissait pas jusqu’alors. Avec des instrumentales tendant vers une soul lancinante, comme dans les titres « Come back to Earth » et « Perfecto », un funk mélancolique, avec « What’s the Use » ou encore un R’n’b langoureux (« Hurt Feelings »), Mac Miller joue avec l’oisiveté pour envelopper l’auditeur de son propre blues. Tout en expérimentant frontalement avec des genres radicalement différents notamment avec « 2009 », un titre nostalgique sur un fond de piano et de violons, le rappeur chante plus que jamais, adoucissant son flot parfois trop brutal sur ses précédents albums. L’album se déroule avec lenteur, mais ne cesse de surprendre l’auditeur, en regroupant une large variété de genres musicaux. Swimming raconte, avec lassitude et fraîcheur, l’histoire d’un homme brisé qui navigue à l’aveugle. Le 7 septembre 2018, Mac Miller a trouvé la mort à l’âge de 26 ans.

EP de l’été  

Iggy Azalea – Survive The Summer

Survive The Summer, sorti le 3 août dernier, est le 2ème EP ou « Extended Play » de la rappeuse Iggy Azalea d’origine australienne. Après trois ans de discrétion musicale, cette dernière revient avec un nouveau projet depuis son dernier album The New Classic datant d’avril 2014 : Survive The Summer.

Dans cet EP, constitué de six titres, Iggy s’entoure notamment de Tyga pour la chanson  « Kream », qui devient très rapidement la musique phare et populaire de cette nouvelle production. Mais ce n’est pas tout : l’EP finit en beauté sur le titre « OMG » dans lequel Iggy est rejointe par Wiz Khalifa.

Si la chanteuse s’est laissé du temps pour revenir sur le devant de la scène avec cet EP, son langage est identique à celui d’il y a 4 ans, et les auditeurs qui espéraient un potentiel renouveau de l’artiste ont pu en être déçus.

Malgré la déception du public face à cet EP, les deux titres réalisés en featuring ont cartonné cet été. Ces deux tubes auraient-ils eu pour fonction de ré-hausser le niveau de cette dernière production ? Ou la chanteuse aura tout de même réussi à en séduire certains ? A vous de forger votre propre opinion.

Clips de l’été

Lil Duval Featuring (Ball Greezy & Snoop Dogg) – Smile Bitch

Cet été, personne n’aura pu échapper à l’expression « I’m living my best life », soit en français « je vis ma meilleure vie ». Que l’on soit parti en vacances dans les eaux turquoises de Mykonos, sous le soleil provençal ou bien que l’on soit resté chez soi mais entouré de ses amis, tous avons vécu, cet été, notre meilleure vie. C’est un sentiment de bien-être qui nous prend alors, comme l’impression que la vie ne saurait être plus savoureuse et l’été moins réussi. Assurément c’est ce message de bonheur que Lil Duval a voulu retranscrire dans son titre Smile Bitch en featuring avec Ball Greezy et le très festif Snoop Dogg. La prod vient de Mr.Hanky, figure installée du paysage hip-hop américain. En effet, ce natif d’Atlanta a su s’imposer grâce à ses prods décalées et son univers musical unique. Mais plus encore, c’est le clip qui sent bon l’été et transpire le bonheur.

Tout démarre sur un plan large sur une plage américaine. La couleur est annoncée. L’ambiance est à la farniente et au plaisir. Vue du dessus, Lil Duval, en roller, crie « Smile Bitch! », ce qui, les anglophones parmi vous l’auront compris, signifie « Souris salope ». Après cette invitation au bonheur des plus cordiales, le son peut commencer. S’enchaine alors une série d’effets eighties et colorés qui sont la caractéristique du producteur du clip, Gabriel Hart, lui aussi originaire d’Atlanta. On observe tout au long du clip les trois rappeurs en roller, dansant. C’est une image qui contraste totalement avec les projets  habituels du hip-hop américain. En effet, loin du gansta rap où les vidéos sont plutôt agressives, Lil Duval nous livre un clip plus proche de celui de I’m the one de Dj Khaled. Néanmoins, l’une des marques de l’esthétisme du projet reste les plans que l’on visionne à travers l’écran d’un téléphone ou d’une télé ancienne, sur un fond simple et lumineux, qui rappelle les posters des années 90.

Pi Ja Ma – Ponytail

Pi Ja Ma est une jeune fille dont l’album est annoncé pour octobre 2018. Après le très eighties Radio Girl, l’indie  By The River, Pi Ja Ma nous propose cette fois-ci un morceau à mi-chemin entre la pop et la folk mêlé à des sonorités vintages. Le clip, sorti le 4 juillet dernier, a été réalisé par Alise Kong qui a déjà travaillé avec Lewis Ofman, Vendredi sur Mer ou encore Teers. A travers un son très chaleureux aux sonorités sixties, Pi Ja Ma alias Pauline aborde avec humour et légèreté les lendemains difficiles après une soirée beaucoup trop arrosée. Avec un visuel coloré et très pop qui se manifeste à travers l’utilisation de légumes, de billes parsemées sur le sol, de magnets, cuillères et autres accessoires collés sur son visage, Pi Ja Ma nous montre qu’elle sait être espiègle, enfantine et nous invite dans son univers totalement décalé. Le clip évoque l’été par ses couleurs, sa fraîcheur et son aspect original, sans prise de tête et  le fait que cette saison peut être considérée comme une parenthèse dans nos esprits, ce moment à part lors duquel nous nous reposons, nous lâchons prise et nous faisons la fête. Tout ce qui se passe en été reste en été, mais il serait bien dommage de ne pas écouter cette ode à la fête sur le chemin du travail ou de la rentrée…

Titres de l’été

Roméo Elvis – 300 (Henri)

Malgré la défaite belge face aux bleus en demi finale de la Coupe du Monde, Roméo Elvis, fervent supporter des diables rouges, n’a pas peur de déclarer sa flamme à la capitale du plat pays. Au contraire, il l’affirme et le rappe haut et fort dans un morceau inédit intitulé 300 (Henri). Invité par la chaîne YouTube allemande Color Show, comme son ami Lomepal avant lui, Roméo nous révèle ce qui semble être le premier titre de son prochain album qui sortira courant 2019.

Paré de son crocodile fétiche, de la marque Lacoste, le belge livre un texte percutant et fort sur une prod, encore et toujours, signée Le Motel. Ses paroles fustigent les réseaux sociaux ou encore les rappeurs qui ne cherchent que le luxe et ne racontent que leur métier de dealer :

Leur passion, c’est juste porter des vêtements (hahahaha). Leur boulot, c’est juste faire de la merde. (…) Quoi ? Moi, j’vois pas le succès dans une grosse voiture ou des vrais diamants. (…) Quoi ? Toi ? Les suiveurs sucent des rappeurs perchés sous médicaments, il faut les calmer.

Roméo Elvis

Avec une pointe de vantardise peut-être, Roméo Elvis joue avec les mots : sa phrase « Je ne prends pas la carte ou les chèques » peut aussi être comprise comme : « Je ne prends pas la carte ou l’échec ». C’est vrai que jusqu’à présent tout semble lui réussir. Les dates du belge affichent complet et sa tournée des festivals estivaliers a été un succès. L’Alter Ego a notamment croisé sa route lors des Solidays en juin dernier. Après un pont dans lequel Roméo Elvis déclame sa flamme pour la capitale belge et répète le nom de sa ville, « Bruxelles », pas moins de 24 fois de suites, le morceau change de ton et de thème. En effet, Roméo Elvis l’a modifié exprès afin de rendre hommage à son grand-père malade. Avec une voix plus tourmentée et un peu plus chantée qu’au début du morceau plus agressif, le rappeur expose sa douleur face à la maladie de son grand père. En bon petit-fils, il le rassure aussi et affirme qu’il prendra soin de sa grand-mère.  Comme il le disait déjà dans son titre Les hommes ne pleurent pas, Roméo a « mis toutes (ses) peines sur le papier » car même si « y’a des hommes qui disent qui pleurent pas », lui a mal et c’est normal ! Comme quoi, on peut être rappeur et sensible, n’en déplaise à ceux qui voudrait réduire ce genre à des textes vulgaires et agressifs.

Vegedream – Ramenez la Coupe à la maison

ON EST CHAMPIONS DU MONDE ! Passées la joie et l’euphorie, la fête et l’émotion de la victoire, vous aurez sûrement envie de vous remémorer les meilleurs moments de la coupe du monde – qui je le rappelle pour celles et ceux qui auraient passé leurs vacances sur une île déserte, nous a vus sacrés champions du monde pour la deuxième fois. Officiellement validé par Kimpembe – dont L’Alter Ego vous recommande chaudement la playlist pour ambiancer vos soirées – Ramenez la coupe à la maison se veut un véritable hymne aux 23 joueurs de l’équipe de France. Vegedream cite en effet un à un les 23 noms avec une de leurs caractéristiques. On retrouve ainsi à propos du jeune Kylian Mbappé : « Passement de jambes, crochet à gauche, à droite : Kylian Mbappé ! Accélération, virgule, petit pont, frappe : Kylian Mbappé ! ».

Le son reprend des rythmes ivoiriens, d’où est originaire le rappeur, afin de nous faire danser et on doit dire que ça marche ! On peut remercier le rappeur d’avoir créé un titre qui restera comme LE son de la coupe du monde en France, car cette année, l’hymne officiel de la coupe du monde n’a pas marqué les esprits malgré des poids lourds, comme Will Smith, aux commandes. Un seul bémol peut être… le titre n’est sorti qu’après la victoire ! Il aurait été appréciable de pouvoir le fredonner, le crier de toutes ses forces, avant, et pendant les matchs, afin de jouer notre rôle de supporter. Dommage… On pouvait toujours se reporter sur la parodie du célèbre « Jean-Michel Aulas, on va tout casser chez toi » remplacé par « Benjamin Pavard, je crois pas que vous connaissiez… », ou encore par l’incontournable I Will Survive.

Avant tout bon enfant et fédérateur, le titre de Vegedream nous replonge à chaque écoute dans les meilleurs moments de la coupe du monde pour prolonger toujours un peu plus l’atmosphère festif estival.

La playlist de l’été

image de couverture : © clémentine bonnet pour l’alter ego/APJ