Aretha Franklin est décédée le 16 août dernier des suites d’un cancer du pancréas dont elle était atteinte depuis 2010. Billet hommage à l’incontestée reine de la soul.

Aretha Franklin en 1968 – Libre de droits

Lorsque j’avais trois ans, ma mère a voulu me faire une surprise. À l’époque, j’étais déjà une férue de musique et je me trémoussais sur n’importe quelle chanson sympathique que l’on me passait. Et ma mère le sachant, elle décida de m’acheter un album et de m’en faire cadeau. Je me rappelle parfaitement de ce moment, sur la couverture se dressait une femme très élégante avec un boa, c’était Aretha Franklin. Dès les premières notes, la petite fille que j’étais a été happée par cette musique. Je ne pouvais plus écouter autre chose. Je faisais les choeurs de (You Make Me Feel Like) A Natural Woman, et je me souviens de mon enthousiasme extrême sur Chain of Fools. Pour moi, cette musique représentait (et représente toujours) des couleurs, une chaleur et me ramène à ce moment où la petite fille que j’étais écoutait Aretha Franklin en se dandinant sur sa musique.

Bien plus tard, après une période musicale plus que floue, j’ai redécouvert Aretha. Je ne l’avais pas oubliée bien évidemment mais je lui avais préféré d’autres artistes. Quand j’ai entendu les premières notes de l’album que j’avais mis à l’écart dans ma mémoire, une tonne de souvenirs me sont revenus un peu à la manière d’un Marcel Proust avec sa madeleine.

Au delà de sa musique, j’ai découvert que Aretha Franklin était une figure inspirante car elle a été une femme engagée et forte. Sur son chemin, elle croise des figures de la lutte pour les droits civiques et l’abolition des discriminations raciales telles que Martin Luther King et elle les soutient. Elle est, en outre, proche d’Angela Davis et des Black Panthers, et va aller jusqu’à vouloir payer la caution de cette dernière lorsqu’elle est mise en prison. Ce combat pour faire tomber les barrières de la discrimination et du racisme a été poursuivi par Aretha Franklin jusqu’à l’investiture de Barack Obama en janvier 2009 où elle chante un hymne à la liberté My Country Tis of Thee. Bien plus qu’une prestation c’est un symbole. Lorsqu’elle reprend en 1967 le morceau Respect d’Otis Redding, elle transforme la chanson en un hymne féministe où une femme forte et dynamique demande aux hommes de la respecter et leur indique qu’elle ne va pas se laisser faire par ces derniers. Magistrale, royale cette version a poussé l’originale aux oubliettes et a même été reprise par des mouvements de revendications. Cette image de femme forte qui ne veut pas être dominée par un homme est reprise dans le film les Blues Brothers avec sa magistrale et euphorique reprise de Think dans une scène mythique.

Aretha Franklin est l’une des rares chanteuses à pouvoir se vanter d’avoir chanté pour Elizabeth II, et Barack Obama. Elle a même fait pleurer ce dernier. C’est aussi une femme qui peut déclarer avoir fait des duos avec des grands noms tels que James Brown, Ray Charles, Whitney Houston ou encore George Michael sans avoir à rougir l’once d’une seconde. Souvent imitée mais jamais égalée, elle a influencé nombre d’artistes féminines notamment Beyoncé ou bien Lauren Hill. Aretha Franklin a aussi repris des chansons de chanteurs inimitables en y mettant son empreinte, sa signature c’est le cas avec ses reprises des Beatles avec Let it Be et Eleanor Rigby ou encore d’Adele avec Rolling in the deep chantée en 2014 dans laquelle elle montre qu’elle est toujours puissante. Aretha a même été chantée par Stevie Wonder avec Respect et aussi par notre Johnny national avec une chanson qui s’appelle Du respect, (mais qui entre nous sonne moins bien que la version de la diva).

Tous ces détails font que Aretha Franklin est bien plus que la Queen of Soul. Pour moi, Aretha Franklin, c’est la musique que j’écoute quand je suis triste, quand j’ai un coup de mou, avec Respect, I say a little prayer et Think. Ces trois chansons me suffisent pour avoir une journée, un chemin d’école, une soirée réussie. Aretha c’est une musique qui me rend joyeuse, qui me redonne l’image de l’enfant qui chantait intégralement A Natural Woman avec les chœurs, qui redécouvrait la musique à travers son prisme. Grâce à celle-ci j’ai aimé pleins d’autres artistes comme Stevie Wonder, les Jackson 5 et même du jazz. C’est avec elle que tout a commencé dans mon aventure musicale. Pour cela et bien plus,

Aretha Franklin « forever and ever you’ll stay in my heart » (I say a little prayer)

Playlist

image de couverture : libre de droits