Le samedi, nous sommes réveillés par la chaleur écrasante qui règne sur le Main Square. La tente se transforme en sauna au fur et à mesure que le soleil se lève. Il est 8h30. Nous avons dormi 5h. Main Square jour 2 : c’est parti.

Il faut quand même vous avouer un petit détail de nos vies de festivaliers, un détail que l’on vous cache souvent, mais dont vous vous doutez sûrement : l’hygiène, en festival, c’est pas ça. Surtout lorsque l’on passe trois jours de suite à 30 °C en plein soleil à bouger partout. Prendre autant de douches (à 2€) que possible ne suffira pas, la crasse vous rattrape. C’est le jeu ma pauvre Lucette. Ce qui est cool, c’est qu’entre les aller-retours entre les buvettes et les scènes, les pogos ou les multiples sauts et danses saugrenues que l’on effectue pendant les sets, et bien, on en oublie que l’on est sales. La transpiration ? La poussière ? La chaleur ? Que nenni monseigneur, juste la joie d’être en festival ! Allez venez, on est bien.

© Agathe Lévêque pour L’Alter Ego/APJ

9H30

Chacun émerge à son rythme et, peu à peu, le camping reprend vie. Les débriefs de la veille fleurissent, la queue vers les douches s’allonge et les aller-retours vers le supermarché d’à côté en vue de l’apéro qui arrive à grand pas se multiplient. Ceux qui se sentent déjà le besoin d’une petite détox pédalent à vive allure sur le « vélo smoothie » (un vélo sur lequel est fixé un mixeur que l’on actionne par la force des jambes) sous la tente des activités. D’autres retombent en enfance et entament la journée en enchaînant des parties de jeux d’arcade. Les plus chanceux sont allongés torse nu sur des tables de massages, et profitent du ballet de mains expertes qui défont les noeuds de leurs muscles endoloris. Nous qui voulions tester le cours de yoga avons raté la séance… la tentation de faire quoi que ce soit qui pourrait augmenter la température de nos corps déjà bouillants l’a emporté sur l’envie de découvrir ce sport.

Après-midi

L’heure de remplir nos estomacs sonne… mais bien que certains d’entre nous soient allés faire des courses le vendredi, nous nous rendons bien vite compte que ces vivres ne nous feront pas survivre le weekend… L’après-midi débute donc par une escale de fraîcheur, de couleurs et de nourriture dans ce temple supermarché. Les Arrageois habitués aux courses dominicales voient débarquer tour à tour bon nombre de festivaliers, qui, sortis de leur bulle, de cette ambiance si particulière, deviennent une sorte d’aliens revenus sur Terre.

Les poches vides mais les bras pleins de vivres, nous rentrons joyeusement au camping, nous chauffant par un petit blindtest sauvage : nous sommes déjà fin prêts pour les concerts du soir.. .Mais il va encore nous falloir patienter avoir de voir les artistes qui vont animer la soirée.

Les heures et les corps s’étirent alors. Chacun tente de trouver un un coin d’ombre pour se reposer, les plus téméraires restent au soleil (et cela se traduit par un bronzage vanille-fraise de qualité). Sur la pelouse, les joueurs de mölkky s’affrontent, sur les tables les jeux de société font agréablement passer le temps. L’esprit est bon enfant, chacun discute avec son voisin, nous croisons des étudiants, un avocat, un manager, des lycéens… Tout un brassage de générations, de personnalités, de styles qui se mélangent de façon harmonieuse.

© Agathe Lévêque pour L’Alter Ego/APJ

18H30

Cette heure marque pour nous le début des festivités de ce samedi. Tout le groupe est excité, tout le monde trépigne d’impatience. Le groupe que nous allons voir sur la Main Stage, scène principale du festival, a bercé notre adolescence et nos premières pulsions de rebelles pubères. Beaucoup de souvenirs sont indubitablement liés à ce groupe avec qui nous avons grandi. Lorsque BB Brunes fait son entrée, la foule est prête. Les tubes s’enchaînent. Adrien Gallo, dans son T-shirt trop grand, son jean, ses lunettes rondes vintages et ses boucles au vent sait nous rappeler que BB Brunes reste un groupe de rock indie avant d’être pop. Quand arrive Dis Moi, les adultes qui étaient venus par curiosité ou par goût pour le groupe, découvrent une foule qui fait monter « la rumeur adolescente », en chantant à pleins poumons chaque mot. Le set se termine, les générations semblent s’interchanger devant la scène, les jeunes reculent, et les moins jeunes prennent place au plus près des barrières.

20H

Liam Gallagher prend possession de la Main Stage avec une relative indifférence. Guitare en main, il déroule son répertoire à un public dont la moyenne d’âge a donc pris quelques années. A peine 20h30 et je dois m’éclipser vers la Green Room où Oscar and The Wolf va performer. Le groupe belge entre sur scène et donne le ton. Le public est emporté aux côtés de Max Colombie, ce chanteur virevoltant d’un bout à l’autre de la scène. L’ambiance monte en puissance au fur et à mesure que les minutes s’écoulent, les arrangements électro, la pulsation des basses met tout le monde sur la même longueur d’onde. Sulfureux, drama queen, le chanteur titille, provoque en dansant avec le pied du micro entre les jambes. Et les festivaliers aiment. En sortant de la zone photo, je parviens à me faufiler suffisamment près pour ne pas avoir à me tordre pour apercevoir les belges, et cette proximité n’a pas été au prix d’un espace décent pour danser. Chacun profite des quelques mètres autour de lui. Un groupe d’amis belges, visiblement fans, sont véritablement en transe, et inarrêtables dans leur ronde sautillante. A quelques mètres, trois amies entament une battle de danse… et cela se termine en positions improbables de break dance à même le sol. Même s’il n’est pas très loquace, le visage souriant et radieux de Max Colombie parle pour lui et témoigne du plaisir qu’il prend sur scène, à communier avec le public. Le set s’achève à l’apogée de cette mini fête avec Fever dans une version qui fleure bon l’été.

22H

Traverser la bande d’herbe entre la Green Room et la Main Stage peut parfois donner cette impression d’entrer dans un autre monde. C’est exactement l’effet que nous avons ressenti lorsque nous nous sommes approchés de la foule en transe devant le concert de Depeche Mode. Des trentenaires, quadra et même quinquagénaires ont littéralement envahi les lieux. Redevenant des adolescents, ils vivent ce concert électrisant avec passion. Il faut dire que les britanniques sur scène maîtrisent leur copie. La scénographie est envoûtante et le show à la hauteur de toutes les attentes.

Chacun y trouve son compte, chacun se laisse porter et chante à tue-tête Enjoy The Silence. La citadelle concentre à cet instant un lot impressionnant de souvenirs, d’histoires et de parcours de vie. Et ça se sent. Il suffit d’observer les visages et les expressions pour le comprendre. Voir un couple se regarder intensément en chantant les paroles de Personal Jesus, un homme avec un T-shirt à l’effigie du groupe fermer les yeux, comme pour ne profiter que de la musique, passant en bande-son de bribes de vie…

23H40

Le concert de Depeche Mode se termine dans l’effervescence et, sitôt le groupe hors de vue débute le roulement du public. Feder devrait mettre le feu à la Main Stage d’ici une trentaine de minutes. Pas question de rater ça, pas question de finir au fond. Le problème est que cette idée est dans toutes les têtes et bientôt, la joie d’être au troisième rang est ternie par le manque de place, d’oxygène, et de fraîcheur. Le DJ se fait attendre et l’excitation mêlée à l’exaspération monte progressivement. Lorsque le français arrive sur scène, vers minuit, je sens que faire tout le set dans ces conditions ne va pas être possible. Les premiers instants me le confirment.

La foule est incontrôlable et les pogos naissent de tous côtés à chaque montée sonore de Lordly, Keep Us Apart ou encore Goodbye. Je m’extirpe de cette masse mouvante avec d’autres pour profiter du concert sur un des côtés. Meilleure décision de ce week-end.

Feder s’est fait attendre mais ce n’est pas pour rien. Il nous sert un set magistral et prodigue l’étincelle nécessaire à mettre le feu à la foule. Effets visuels, fumée et cotillons font de ce set un véritable show qui en met plein les yeux et les oreilles. Oubliés les pieds endoloris par des kilomètres de marche, oubliée la soif qui nous tenaille la gorge, nous sommes enivrés par les notes et les remix qui s’enchaînent. Le DJ français mélange les genres en lançant des samples de chansons de Drake telles que Passionfruit que tout un chacun reconnaît et chante instantanément. La citadelle tremble alors sous les pieds des festivaliers.

1H

Dans l’ambiance encore chaude, les plus motivés retournent vers la Green Room pour finir cette journée aux côtés de Boris Brejcha qui nous abreuve de sonorités électro techno et entraîne les festivaliers à faire la fête dans la citadelle jusqu’à 2 heures du matin. Le chemin du retour vers le camping paraît long mais est propice aux discussions, chants et autres compte-rendus de cette journée riche en émotions. La nuit sera courte, mais qu’importe, tout est dans la tête, et les esprits sont déjà prêts à repartir faire la fête le lendemain pour clôturer ce Main Square 2018 comme il se doit.

© Nikow pour L’Alter Ego/APJ