Vendredi 6 juillet, les rédacteurs débordant de jeunesse que nous sommes se sont retrouvés à Arras pour vivre et vous faire vivre l’expérience Mainsquare festival. La saison des festival, c’est un moment particulier de l’année. Les lycéens fraîchement diplômés viennent fêter leur bac, les bandes de potes se rassemblent pour célébrer l’été, impatients d’entendre leurs artistes préférés. Un festival c’est des dizaines de milliers de personnes qui se mêlent, des dizaines de milliers de personnalités à rencontrer et autant de regards à croiser. Ce même regard qui disparaît quand, les yeux clos, chacun laisse libre cours à ses sens pour profiter de la musique, de l’ambiance et du bruit. Un festival a ce pouvoir, réunir et plaire au plus grand nombre, tous les styles sont rassemblés pour quelques jours dans une même enceinte. Tout un melting-pot de jeunes… et de moins jeunes, unis dans cette euphorie éphémère bercée par la musique.

Le Mainsquare est l’un d’eux. Envahissant le temps d’un weekend le parc de la citadelle d’Arras, en plein centre ville. Le festival peut se targuer d’attirer toutes les générations. Ambiance familiale, camping festif et programmation très diversifiée tout le monde y trouvera son compte. Même les festivaliers les plus farouches se plient haut niveau de sécurité des lieux (qui semblent les étonner) pour venir fêter l’été.

Voilà le récit de notre premier jour à Arras et de la découverte de toute cette émulsion.

© Agathe Lévêque pour L’Alter Ego/APJ

MIDI

Les portes du camping commencent à voir affluer les festivaliers par vagues de plus en plus nombreuses. Alors que certains avaient pris de l’avance et s’étaient installés le jeudi soir, le terrain est pris d’assaut par des groupes plus ou moins gros mais surtout plus ou moins équipés. Au milieu de ce champ de tentes « deux secondes » se dressent en effet quelques installations à faire verdir de jalousie les tentes VIP. Les premiers liens se créent autour des quelques maillets, seuls moyen réellement efficace pour planter les sardines dans la terre du Nord qui n’avait étonnamment pas connu la pluie depuis un moment. Avec ces premières rencontres commencent pour certains le premier apéro du festival, la première sieste et les premières heures à lézarder au soleil. Le tout ponctué de cris de joie et d’applaudissements : la France vient de se qualifier pour la demi-finale du mondial de football.

17H

Alors que le premier concert ne va pas tarder à commencer, la queue pour pouvoir aller planter sa tente paraît interminable. Tout le monde réussit pourtant à s’en sortir et quelques minutes après, notre modeste installation de camping est prête à nous laisser partir découvrir la citadelle.

En apprentis journalistes que nous sommes, l’arrivée à l’espace presse/vip n’a pas été chose facile mais, munis de nos bracelets, nos pas nous guident vite en direction du flow de Roméo Elvis qu’on entend au loin. Après l’ambiance cosy de la terrasse VIP, nos yeux balayent pour la première fois du regard la Mainstage, les baraques à frites, les bars et autres stands avant de profiter du spectacle offert par le rappeur Belge sur la Green Room (plus petite des deux scène du festival). Les airs de Lomepal repris sur scène nous font accélérer le pas, croyant un instant à un feat.

Des drapeaux noir jaune rouge flottent dans la foule, Roméo Elvis nous parle d’humilité, vêtu d’un maillot de la Belgique qui est en train de gagner son match contre le Brésil. C’est donc aux côtés de nos futurs adversaires que nous chantons Bruxelles Arrive à tue tête et apprécions l’ambiance de notre premier concert.

21H

Sur la Mainstage, le groupe de métal français Gojira est déjà entré en scène. Alors en train d’évaluer toutes les possibilités pour manger dans l’enceinte de la citadelle, nos corps de non métalleux nous crient de fuir le périmètre. Pourtant l’ambiance autour de la scène est électrique. Les fans du groupe sont là, entourés de spectateurs avertis de toutes générations. Les basses résonnent entre les murs du site et donne du fil à retordre à Pleymo qui vient d’arriver sur la Green Room, toute proche. Pendant les quelques minutes où ils jouent en même temps, sur la pelouse qui sépare les deux scènes, leurs musiques nous offrent un mélange cacophonique amusant. Après avoir observé ces spectacles de loin et avoir satisfait nos estomacs, nos oreilles sont alors prêtes pour la fin de la soirée.

Et c’est avec un peu de rock que la nuit reprend peu à peu ses droits. M.Homme, chanteur de Queens of the Stone Age, entonne certains de leurs meilleurs titres et s’essaie à quelques blagues. La foule danse, reprend les paroles les plus connues ou essaient d’en chantonner l’air dans un anglais approximatif. Il fait noir, les familles ont pour la plupart quitté le festival, ne reste dans la foule que les fêtards désireux de profiter de tout, jusqu’au bout de la nuit. Pour nourrir leur excitation, arrive un solo de batterie magistral qui donne un nouvel élan au public. Libérez de la contrainte du soleil, les jeux de lumières se font plus nombreux et offre une nouvelle dimension au spectacle. Notre ouïe s’est remise du métal, et nos yeux profitent joyeusement de la scène.

A la fin du concert, direction la scène d’à côté, la souvent plus calme Green Room, pour découvrir Jungle. Cette traversée d’une scène à l’autre illustre vraiment les changements d’ambiance que permet un festival aussi diversifié que le Mainsquare. Les spectateurs sont plus calmes, la foule moins compacte. Sur scène les nombreux membres du groupes passent d’un instrument à l’autre, se déhanchent, chantent… Rythmé par les djembés, guidé par la mélodie jouée au clavier, électrisé par la guitare, le concert envoûte le public. Assis en groupe ou debout plus proche de la scène, tout le monde profite, danse et se repose. Les anglais sont énergiques et leur joie d’être ici est très communicative. La musique de Jungle, qui est nouvelle pour nous, était exactement ce qu’il nous fallait avant de nous diriger, avant la fin du concert, vers la Mainstage.

Minuit

Dans moins d’une demie heure Nekfeu doit en effet y faire son entrée en scène. Malgré notre avance, entrer et se faufiler dans la foule est loin d’être chose facile. La masse de spectateurs est compacte, composée d’un public plus jeune que celui de l’après midi et de beaucoup de fans qui semblent n’avoir attendu que ce moment toute la journée. Chaque centimètre gagné vers la scène compte. Pourtant, après avoir bataillé un peu, nous ne sommes qu’à un rang de la barrière. Quand le rappeur entre sur scène, la foule étouffée par la proximité des corps reprend vie instantanément. Passant d’un tube à l’autre aussi facilement qu’il descend de scène et saute dans le public, Nekfeu ne déçoit pas. Qui réussira à lui taper dans la main, qui gagnera le t-shirt envoyé au public, qui même portera son genoux, sont bras, son pied au dessus de sa tête ? Pendant un peu plus d’une heure rien ne semble plus important que ces questions.

Avec ces sorties de scène, l’excitation monte. Le pogo guette. Le chanteur le sait et sous son commandement, la citadelle prend feu. Ce sont des dizaines de milliers de personnes qui sautent, crient, se poussent dans la joie et la transpiration. Les corps s’entrechoquent, les regards se croisent à peine, les voix se mêlent avant d’être complètement cassées le lendemain au réveil.

Malgré quelques incidents dûs aux mouvements de foule et à la chaleur, malgré une sonorisation qui aura déplu à certains, la clôture de cette première soirée tient toute ses promesses. C’est en essayant de reprendre nos esprits et en nous demandant ce que nous réservent les concerts du lendemain que nous nous dirigeons au camping pour notre première nuit, bercés par les chants, les cris et les discussions des derniers afters.

image de couverture : © Agathe Lévêque pour L’Alter EGo/APJ