Après avoir atteint une finale de Coupe d’Europe, proposé de si belles intentions et recréé un lien fort avec le Vélodrome la saison dernière, l’OM doit désormais confirmer ses ambitions. La saison 2018/2019 s’annonce comme charnière pour la crédibilité du projet du nouvel actionnaire Frank McCourt. Explications avec deux jeunes supporters.

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Le 16 mai, Bastien Michel était au Groupama Stadium. Cette finale de Coupe d’Europe, le jeune homme d’alors 26 ans en rêvait depuis des années. Il a d’ailleurs fait le déplacement de Suisse « juste pour vivre un moment unique ». Si son club de l’Olympique de Marseille a échoué à soulever la coupe, Bastien a vibré la saison dernière, à l’instar de milliers d’autres supporters phocéens. Il faut dire que l’équipe menée par Rudi Garcia a tout fait pour. Par son état d’esprit, ses intentions de jeu et ses résultats, l’OM a reconquis le coeur de ses exigeants supporters. Alors que débute la saison 2018/2019, le club espère rééditer la performance.

Un défi immense

Le renouveau marseillais a moins de deux ans. Le 17 octobre 2016, Frank McCourt devient le nouvel actionnaire du club, qu’il trouve alors mal en point. Au match précédent, l’entraîneur Franck Passi venait de titulariser William Vainqueur et Doria et de faire entrer Tomas Hubocan et Aaron Leya Iseka. Le club n’est alors pas qualifié en Coupe d’Europe et stagne en deuxième partie de tableau en Ligue 1 (12ème). Les supporters sont impatients, ils n’ont plus connu de grandes émotions depuis 2012 et une qualification en quarts de finale de Ligue des Champions. Un défi immense. Gaël Simon, 22 ans, n’en attendait alors pas trop du changement de direction. « McCourt avait eu des expériences malheureuses, rappelle-t-il. J’étais soulagé car on savait que Margarita Louis Dreyfus [la précédente propriétaire] ne mettrait plus d’argent et que c’était la fin d’un long processus. Mais pas optimiste pour autant. J’attendais de voir les premiers actes et les hommes qui allaient mener le projet ». Les actes arrivent très vite avec la nomination au poste d’entraîneur de Rudi Garcia. Champion avec Lille en 2011, il sort de deux saisons de Serie A terminées à la deuxième place avec l’AS Rome. Le nouveau président Jacques-Henri Eyraud est lui moins connu, mais semble convenir au projet du nouvel actionnaire américain.

Le premier match de l’ère McCourt n’est pas n’importe lequel ; il s’agit du Classique face au PSG. Cette rencontre sert de test grandeur nature à la nouvelle équipe. Si celle-ci ne peut pas grand-chose face à l’équipe alignée, le nul encourageant (0-0) qui en ressort est hautement symbolique : l’OM est de retour. Une ambition soulignée dès le mercato suivant. En janvier 2017, le club s’aligne au « Champions Project » présenté par les nouveaux dirigeants qui promettent 200 millions d’euros d’investissement sous quatre ans. L’OM réussit à se séparer de Lassana Diarra, devenu de lui-même indésirable, et recrute à la place l’espoir Morgan Samson. Mais le principal coup de ce mercato n’est autre que le retour sur la Canebière de Dimitri Payet, véritable star de l’équipe de France lors de l’Euro six mois plus tôt. Les 29 millions d’euros dépensés font de cette venue le transfert le plus cher de l’histoire du club. Bastien est rassuré : « On semblait être dans de bonnes mains ».

Le club a retrouvé de la crédibilité

Une cinquième place synonyme d’Europe plus tard, le club a retrouvé de la crédibilité. La saison 2017/2018 qui débute est la première saison pleine de la nouvelle direction. Celle-ci peut désormais modeler l’équipe à sa façon. Près de 60 millions d’euros sont cette fois-ci dépensés. Florian Thauvin est définitivement transféré tandis que le club enregistre le retour de Steve Mandanda. Deux attaquants sont recrutés : Konstantinos Mitroglou et Valère Germain. Mais les deux principaux coups du mercato olympien sont ailleurs. Gaël « connaissai[t] bien Gustavo déjà. Je savais que c’était une super recrue. Rami, c’était certain qu’il était fait pour l’OM ». Les deux hommes seront des hommes-clés de Garcia durant la saison. Leur expérience apporte beaucoup à un groupe globalement jeune. Pourtant, les supporters sentent qu’il manque quelque chose à cette équipe. Gaël synthétise : « Les recrues me plaisaient, mais il manquait le défenseur et le buteur capable de me donner totalement confiance en l’équipe sur le papier ».

La saison commence dès juillet pour l’OM avec des matchs préliminaires d’Europa League, la seconde Coupe d’Europe. L’équipe se qualifie aisément pour la phase de groupe et affiche de belles promesses. Mais le début du championnat est bien plus compliqué et Marseille enchaîne deux défaites qui marquent les esprits : 1-6 à Monaco puis 1-3 à domicile contre Rennes. Ces deux échecs sont un électrochoc au sein du groupe. Les supporters grondent à nouveau et n’acceptent pas cette humiliation. Bastien sent que « la mayonnaise ne prend pas. Il n’y a pas de liant. Heureusement, l’écart ne se creuse pas trop au classement ». Gaël est plus pointu : « C’était plus du point de vue tactique que j’étais énervé. Les mauvais résultats en début de saison ça peut arriver. C’était vraiment autour de Garcia et de ses choix tactiques que se cristallisaient mes critiques. Pour moi, c’était lui le responsable de cette équipe ».

Rudi Garcia comprend les crispations et réagit. La défense est remodelée. Elle ne prendra quasiment plus de buts d’ici à la fin de l’année civile, terminant même 10 de ses 17 matchs suivants en championnat sans en encaisser. Le schéma tactique est modifié. « Il est passé en 4-2-3-1 relève Gaël, ça correspondait clairement à ce qu’il fallait pour l’équipe ». Spectateur régulier du Vélodrome, il ajoute que « c’est dans la difficulté que le groupe s’est forgé. Les joueurs ont pris conscience qu’ils n’étaient pas des cadors. Les leaders comme Mandanda, Rami et Gustavo ont vraiment émergé. Ils ont posé les bases du caractère de l’équipe. » 10ème après le match de Rennes, l’OM remonte sur le podium trois journées plus tard, pour ne plus quitter cette lutte jusqu’à la fin de la saison.

Un sentiment de fierté

Sur le terrain, l’équipe est transfigurée. Elle affiche un état d’esprit offensif rarement vu ces dernières saisons dans la deuxième ville de France. Le pressing est incessant, symbolisé par Lucas Ocampos, qui compense ses limites par une envie de tous les instants. C’est cet état d’esprit qu’avait valorisé l’été dernier Rudi Garcia au moment de le préférer à Rémi Cabella, parti en prêt à Saint-Étienne. Gaël rejoint cette idée : « Les joueurs ont su très vite qu’ils n’étaient pas des cadors. Quand tu sais que tu n’es pas un top joueur, tu fais plus facilement les efforts. Tu acceptes de miser tout sur l’état d’esprit, la force mentale ». Cette force mentale, le groupe doit y faire appel au tournant de l’année 2018 quand les blessures s’enchaînent. La minceur du groupe pousse l’entraîneur à des choix tactiques audacieux. Le milieu offensif Bouna Sarr est testé avec succès au poste d’arrière latéral droit. Il s’inscrit désormais dans la rotation du groupe avec Hiroki Sakai, qui se découvre des compétences au poste d’arrière latéral gauche.

Le club ne franchit néanmoins pas les quarts en Coupe de France et les huitièmes en Coupe de la Ligue. Après une phase de poules difficile, il décide de jouer à fond l’Europa League. Un pari rarement pris par les clubs français dans cette compétition. Avec la qualification en huitièmes de finale débute un nouveau pan de la saison, dans lequel les supporters vont totalement adhérer au projet. Le match le plus important de la saison est assurément le quart de finale retour contre Leipzig. À l’aller, l’équipe a limité la casse malgré un grand nombre de blessés (Mandanda, Rami, Thauvin, Rolando). Le jeune Boubacar Kamara (18 ans) est associé en défense centrale à Luiz Gustavo. Malgré le fait qu’ils ne jouent pas à leur poste, les deux hommes évitent le pire et n’encaissent qu’un but. Au retour, Thauvin retrouve le 11 titulaire. Le Vélodrome est bouillant comme rarement. Présent au stade, Gaël apprécie l’ambiance « extraordinaire ». Il ajoute : « Je crois que tout le monde sentait que porté par le Vélodrome, l’OM était capable de renverser le match », ce qui advient. Bien que mené, bien que voyant un de ses buts refusé, bien que Bouna Sarr sorte au bout d’une demi-heure, l’OM réalise un match d’anthologie. La victoire 5-2 permet au club de se qualifier en demi-finale.

Le sprint final qui suit est haletant. La lutte avec Lyon et Monaco pour la Ligue des Champions est indécise. En Europe, le club évite le piège Salzbourg et atteint la finale de la C3. Le club a d’ores et déjà réussi sa saison. Gaël acquiesce : « Depuis le passage de Bielsa, on a la preuve que ce qui compte à l’OM c’est l’émotion. S’il y a du jeu, de l’intensité, une identité forte, les supporters suivent. Et cette Coupe d’Europe était folle ». La finale est perdue 0-3. Pas de contestation possible, l’Atletico Madrid était trop fort. Bastien poursuit : « Ça reste une belle expérience, même si le score est dur. On est à notre place ». En championnat, l’OM échoue de peu à la 4ème place. Le club ne reviendra pas en Ligue des Champions l’année prochaine. Pourtant, malgré cette nouvelle saison blanche – comprenez sans titre –, un sentiment de fierté se dégage chez les supporters olympiens. Les banderoles de remerciements lors du dernier match de la saison en témoignent. Malgré l’effectif limité, l’équipe a réussi une saison remarquable. Elle a battu le record de points et de buts marqués par le club en championnat. Récompense de cette saison, quatre joueurs sont convoqués pour la Coupe du Monde : Steve Mandanda, Adil Rami et Florian Thauvin pour la France, Hiroki Sakai pour le Japon tandis que Bouna Sarr a refusé la sélection sénégalaise.

Persévérer et aller plus loin

« Le vrai tournant du projet commence maintenant » annonce Bastien. La saison 2018/2019 est en effet cruciale pour l’« OM Champions Project » annoncé par la direction. Après avoir suscité l’engouement, le club doit cette fois-ci persévérer et aller plus loin. Si l’objectif d’un titre n’est pas forcément envisagé, Marseille vise cette fois-ci clairement le retour en Ligue des Champions. Le podium n’est plus une option. Si le parcours européen semble difficile à reproduire, toute élimination précoce pourrait remettre en cause les avancées de la saison passée. Pour atteindre ses objectifs, le club doit se renforcer sans perdre ses cadres. L’exercice est périlleux, d’autant plus que les fonds financiers semblent entamés. Bien que le mercato ne puisse être jugé tant qu’il n’est pas terminé, la pression qui pèse sur la direction est importante. À Marseille, le public n’est pas réputé pour sa patience. C’est sur le terrain que l’équipe devra obtenir la confirmation de sa confiance. OM, an II.