A la fin du mois de juin, nous avons pu nous rendre le temps d’un week-end au festival Solidays, qui se tenait du 22 au 24 juin à l’Hippodrome de Longchamp (non loin de la capitale). Il s’agit d’un festival organisé par l’association Solidarité Sida, dont les bénéfices sont reversés à des associations de lutte contre le sida, et pour lequel les artistes jouent bénévolement ou à cachet réduit. Cette édition était un peu particulière, car le festival fêtait ses 20 ans. Retour sur le dernier jour de cet anniversaire événement.

© Gabikai pour L’Alter Ego/APJ

L’impératrice règne sur la scène Bagatelle

Nous avons commencé notre journée par le concert du groupe de pop disco, L’Impératrice, sur la scène Bagatelle, l’une des plus grandes du festival. Le groupe est arrivé tout de bleu vêtu, à une exception près, la chanteuse portait un petit ruban rouge près de sa poitrine. Il est le symbole de la lutte contre le sida et il était possible de se le procurer, à l’espace presse, en faisant un don de la valeur que l’on souhaitait. Joli geste. Les premières notes ont résonné, le voyage a commencé. Par leur musique, le sextuor nous a emmenés à Paris, avant de nous emporter aux quatre coins du monde pour les Vacances – inspiré par la peur de l’avion commune au groupe. A travers ce voyage, le public, qui basculait les hanches au son des guitares et agitait les bras au fil des mélodies, a pu croiser la route des Sultans des îles, de la mystérieuse Matahari – titre inspiré d’une espionne, danseuse et courtisane du même nom- ainsi que sentir le Parfum thérémine.

Concert explosif de The Kills

Pour ne pas rater le concert du groupe de rock The Kills, nous attendions au premier rang que le spectacle commence. Les musiciens n’étaient pas encore sur scène, mais le décor était déjà installé. Il y avait une grande toile blanche sur laquelle étaient imprimés trois volcans en éruption. Le ton était donné, le concert allait être explosif, et il le fut. Lorsque la chanteuse américaine Alison Mosshart et le guitariste anglais Jamie Hince ont fait leur apparition, le public a crié d’excitation. La rockeuse était débordante d’énergie. Dans son habituel chemisier noir à étoile blanche et ses cuissardes, son corps bougeait, se tordait, ses cheveux s’agitaient. Nous avons pu entendre d’anciennes chansons telle que Tape Song, comme des titres plus récents issus de leur dernier album, par exemple List of Demands (Reparations). The Kills nous a également joué certains de leurs plus grands titres comme Doing to the death, Siberian Nights ou encore Heart Of  A Dog, sur lesquels le public a réagi en sautant et dansant.

Two door cinema club, au soleil couchant

Le ciel était bleu, rose et violet. Il annonçait la nuit et par conséquent la fin imminente du festival. Sur scène, est alors arrivé un groupe pop tout aussi coloré – et lumineux – que le ciel : Two Door Cinema Club. L’énergie du trio irlandais était communicative. Le chanteur Alex Trimble, qui portait un chapeau noir, était littéralement emporté, agitant les bras au moindre refrain. Le public réceptif dansait, en basculant de manière incontrôlée. Quand venaient des titres connus par une grande majorité, les gens chantaient en chœur, comme par exemple lors des chansons Sun, et Something Good Can Work ou encore Bad Decisions. Lors de leur morceau le plus connu, What you know [ndlr. Étant le générique de l’Euromilion] les flashs de la scène clignotaient et les lumières tournoyaient au rythme des guitares et du public déchaînés. Malgré la frénésie, l’ambiance générale était très plaisante et détendue.

IAM de retour

La nuit était noire, nous assistions au dernier concert du festival, celui du groupe de rap IAM. Et quoi de plus symbolique, lorsque l’on sait que ces derniers étaient présents, il y a 20 ans, à la première édition des Solidays. IAM a repris d’anciens titres, de quoi nous ramener vers l’âge d’or du groupe. « Je te propose un voyage dans le temps » disait la chanson [ndlr. Je danse le mia]. Ainsi, le public a pu scander avec les rappeurs les textes engagés de Demain c’est loin, ou encore Nés sous la même étoile. Le public a également pu danser sur les rythmes endiablés de Je danse le mia. L’imposant logo du groupe, qui représente une tête de samouraï, était installé en décor de scène. Un décor qui accentuait la puissance scénique des parrains du rap conscient. De quoi finir en beauté.

© Gabikai pour L’Alter Ego/APJ

Un moment haut en couleurs

Un des instants les plus marquants du festival s’est déroulé en fin d’après-midi, aux alentours de 19h. Sur la grande scène Paris, il n’y avait pas de chanteur, mais Luc Barruet (organisateur du festival), accompagné de Bruno Delport (actuel président de Solidarité Sida) ainsi que des parrains du festival : les comiques Antoine de Caunes (président d’honneur), Claudia Tagbo, et les journalistes Maïtena Biraben, Sébastien Folin. Tous étaient venus lancer la Color Party (événement inspiré du holi indien, où les festivaliers se lancent de la poudre colorée) et portaient ainsi des combinaisons blanches en plastique pour protéger leurs vêtements. Tandis qu’on distribuait au public des sachets de poudres colorées – bleues, jaunes, roses, vertes – un compte à rebours est lancé. 3,2,1 … un épais nuage de poudre multicolore s’est abattu sur nous, couvrant le son, la musique. La vision était trouble et la poudre rentrait partout, dans les plis des habits, les chaussettes, la bouche, le nez. Quand le nuage s’est dissipé, le public s’est instinctivement mis à danser. Les gens se regardaient – tous plus colorés les uns que les autres. On y partageait une danse, un chant. La programmation musicale était d’un autre temps, retour dans les années 1980 – 1990 avec des titres dansants tels que Freed from desire de Gala, ou encore Sweet Dreams (Are Made Of This) d’Eurythmics. Il y avait toutefois, des chansons plus récentes mais tout aussi entraînantes telles que Lean on de DJ Snake et Major Lazer, accompagnés de la chanteuse MØ. C’était un réel moment de partage et de complicité.

© David Poulain via Solidays

Déjà 20 ans d’engagement…

Depuis sa création en 1999, le festival Solidays n’a eu de cesse de rassembler artistes émergents et éminents, bénévoles et associations. Pour ses 20 ans, le festival a récolté la somme faramineuse de 2 millions d’euros dont une part financera directement des programmes d’aides contre le sida à travers le monde – Afrique (Afrique du Sud, Maroc, Togo) comme d’Europe de l’Est (Ukraine, Russie).

Il peut également se féliciter de chiffres records de bénévoles – 2 400 – et de festivaliers – 212 000 (en rappelant que le lieu n’a qu’une capacité d’environ 202 000 personnes). Pourtant, malgré le nombre exorbitant de personnes, les lieux étaient plutôt bien tenus. Luc Barruet, directeur des Solidays, se félicitait d’ailleurs de ne jamais avoir vu son festival aussi propre. Il a ajouté avoir aperçu les poubelles des bénévoles bien remplies.

La propreté n’était pas la seule à être au rendez-vous, la solidarité y était également, tout comme l’énergie. On comptait en tout une dizaine de militants et une soixantaine d’associations présentes. C’est à l’intérieur du Social Club, une salle entre les concerts et le village solidarité, que des militants ou autres intervenants, comme une réfugiée et un écrivain, ont pu faire des conférences afin de changer notre perception du monde. Quant aux associations, elles ont réussi à attirer le public. Maïtena Biraben, marraine du festival, expliquait cela par le fait que :

Les associations sont très ludiques. Je ne crois pas qu’il y ait besoin de mobiliser la jeunesse, elle est déjà très mobilisée.

Maïtena Biraben, marraine du festival

Le rôle des bénévoles et des associations est important pour l’évènement, pour Antoine De Caunes – président d’honneur – ces derniers permettent de « créer un sens civique », avant d’ajouter que l’on peut être « bourré et solidaire » en référence à l’aspect festival du festival.

Car Solidays est avant tout un festival engagé, peut-être avant d’être un festival de musique. Depuis ses débuts, le festival a accueilli des artistes éminents tels que DJ Snake, Nekfeu, ou encore Louise Attaque. Il s’affiche d’ailleurs comme un tremplin avec la scène du Circus qui a pu voir les débuts de Chinese Man, Yanis, The Dizzy Bains ou encore Mademoiselle K. Cette année, le public a pu voir ou revoir le dj David Guetta, le chanteur Eddy de Pretto, le rappeur Rilès, le groupe sulfureux Thérapie Taxi, les énergiques Shaka Ponk, les toulousains Bigflo et Oli, et nous en passons.

La présence de personnalités d’exception, comme l’ancien ministre de la culture Jack Lang, la présidente du conseil d’Île-de-France Valérie Pécresse, la maire Anne Hidalgo, l’ancien Président de la République François Hollande ou encore la première dame Brigitte Macron, a permis d’apporter une plus grande reconnaissance au festival. Il y avait d’ailleurs, Michel Sidibé, le président du programme de l’ONUSIDA, en visite officielle.

…mais un festival « Géant aux pieds d’argile »

Bien que le bilan de cette édition soit très positif, Luc Barruet souhaite rappeler que Solidays est un « géant aux pieds d’argile » et que rien ne garantit sa stabilité. Face à cet anniversaire d’exception, les éditions suivantes risques d’être moins gratifiantes sur plusieurs plans. D’une part, sur le plan artistique, le directeur du festival avait insisté sur le fait que la programmation de cette année fut très attractive mais que les artistes restaient des bénévoles. D’autre part, sur le plan économique, la capacité financière du festival n’a pas la garantie d’être pérenne tout comme le soutien des mécènes.

De manière plus générale, nous pouvons rappeler que de nombreux festivals sont menacés à la suite d’une circulaire du ministre de l’Intérieur. Selon les Inrockuptibles, à travers cette dernière, Gérard Collomb a demandé aux festivals français de rembourser le coût des forces de l’ordre, et dorénavant de prendre en charge les frais de sécurité. Une charge qui pourrait être fatale pour les petits festivals.

image de couverture : © gabikai pour l’alter ego/apj