Entre le 22 et le 24 juin se déroulait le festival Solidays. Pour ses 20 ans, l’événement accueillait d’éminents artistes tels que Shaka Ponk, The Kills ou encore IAM, mais également des artistes émergents comme Clara Luciani. Véritable révélation, Clara Luciani est une artiste prometteuse ayant quitté ses études pour rejoindre le groupe La Femme. Puis elle collabore, en solo, avec le rappeur Nekfeu ou encore Benjamin Biolay. Lors d’une conférence de presse, nous avons pu poser quelques questions à cette jeune artiste au rock envoûtant, et, à la frange emblématique.

© Camille Pigois pour L’Alter Ego/APJ

Vous êtes montée très vite à Paris pour y faire de la musique. Est-ce que vous auriez des conseils à donner à de jeunes artistes qui tendent à devenir « une petite lumière »* comme vous ?

Je ne sais pas si j’ai de très bons conseils, mais en tous cas je crois que finalement, ce qui fait la différence, c’est la persévérance. Ne rien lâcher et puis être honnête.** Quand j’étais plus jeune, j’étais très grande avec une voix bizarre, avec un physique un peu disgracieux et, du coup, les enfants étant assez cruels, j’étais très seule. Au fond, je me dis que ce n’est pas plus mal. Car c’est cette solitude qui m’a fait aller assez naturellement vers l’écriture, la lecture, les arts en général. Je crois que c’est devenu une force finalement et que ça a forgé beaucoup de ma personnalité. C’est un peu un mal pour un bien.

J’ai l’impression que je n’y suis pour rien et qu’il y a quelque chose de beaucoup plus fort que moi.

clara luciani

En 2016, vous êtes récompensée du prix du jury des Inrocks Lab, qui nous le rappelons est un tremplin ayant fait découvrir en autre Feu ! Chatterton, Minuit, ou encore Radio Elvis. Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

Finalement je crois que ce qui a été le plus précieux dans ce prix – hormis le fait que j’ai pu acheter un ampli – ça a été ce que ça m’a apporté en tant que soutien psychologique. J’étais au tout début de cette aventure en solo. C’était un peu balbutiant, j’avais du mal à avoir confiance en moi. Cette confiance, cet encouragement des Inrocks ont été précieux à ce niveau-là surtout. Mais de manière générale, (2) je crois que depuis toujours la musique s’est vraiment imposée comme une nécessité. La seule chose qui pouvait dépasser mon trac et mon appréhension c’était ma passion pour ce que je faisais. Je crois que c’est ça qui me pousse à aller toujours plus loin et à me dépasser. C’est cette nécessité de le faire finalement. J’ai l’impression parfois que je n’y suis pour rien et qu’il y a quelque chose de beaucoup plus fort que moi.

Je crois que je suis très mauvaise pour réussir à cumuler à la fois une dimension politique et poétique.

Du rock, de la pop, de l’électro, voire du jazz avec le titre Eddy, la palette musicale de votre album est multiple. Comment définiriez-vous votre musique ?

C’est très compliqué, je crois, de poser une étiquette sur ce que l’on fait. Surtout quand on est de l’intérieur. J’aime bien laisser justement les gens décider un peu pour moi de ce côté-là. Mais en effet, j’ai toujours voulu qu’on entende mes influences principales qui sont le rock d’un côté et puis de l’autre la chanson française. Peut-être un mariage entre ces deux genres.

Justement pour ce qui est de la chanson française, on peut entendre le titre La Baie sur votre album – qui est une reprise du titre The Bay de Metronomy. On a également pu entendre d’autres reprises en français telles que Come as you are de Nirvana ou encore Blues Jeans de Lana del Rey. Pour quelles raisons avoir choisi le français et non l’anglais ?

Parce que je parle très mal anglais, et que du coup je crois que ce serait très embarrassant pour tout le monde que je me mette à chanter en anglais. (Rires) C’est plus pratique qu’autre chose comme décision.

Et quelles sont vos influences ?

Il y a un peu à boire et à manger. Ça peut être Patti Smith, Nico, Françoise Hardy, Barbara, The Kills, Lennon, McCartney. Il en manque plein.

Lorsque l’on entend des chansons comme La Grenade ou Drôle d’époque, on reconnaît une certaine forme d’engagement féministe. Est-ce que vous pourriez vous engager plus ?

Je ne crois pas. Pour moi les chansons doivent toujours avoir une dimension poétique. Et je crois que je suis très mauvaise pour réussir à cumuler à la fois une dimension politique et poétique. Du coup, pour le moment je ne crois pas que je pourrais aller plus loin que ça. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir mes combats, mes opinions. J’ai beaucoup de mal encore à le chanter.

La jeune artiste a sorti, ce printemps, son premier album Sainte Victoire avec le label Initial Artist Services. Tout juste un an après ce dernier, Clara Luciani sera en concert à L’Olympia le 12 avril 2019.

Playlist : Clara Luciani

* Le nom de la chanteuse signifie « petite lumière » en corse

** Ce qui suit a été dit en conférence de presse

image de couverture : © camille pigois pour l’alter ego/APJ