Du 22 juin au 24 juin se déroulait le festival Solidays à l’hippodrome de Longchamp, non loin du bois de Boulogne et de la capitale. Un festival organisé par l’association Solidarité Sida, dont les bénéfices sont reversés à des associations de lutte contre le sida, et pour lequel les artistes jouent bénévolement ou à cachet réduit. Cette année était particulière car l’événement fêtait ses vingt ans sous le thème « We are all heroes », avec une fréquentation record de près de 212 000 festivaliers. Parmi eux, L’Alter Ego a pu s’y glisser le temps d’un week-end. Retour.

© Gabikai pour L’Alter Ego/APJ

Les bénévoles et associations, héros du festival

Outre les concerts, le festival Solidays a la particularité d’être un festival engagé avec de nombreuses cérémonies. On retiendra « L’Hommage aux militants » animé par Luc Barruet (directeur du festival) sur la plus grande scène du festival. Loin d’ennuyer les festivaliers, ce moment de remerciements a globalement été apprécié. Le photoreporter Reza Deghati y était mis à l’honneur. Ce militant photographe a appelé à l’amour en parodiant la devise américaine. Il a fait scander la foule : « In love we trust ». Un court extrait de son œuvre photographique a été projeté. De la révolution iranienne aux camps de réfugiés syriens, en passant par le génocide au Rwanda, il a été un témoin des événements marquants de ces quarante dernières années.

In love we trust

Reza Deghati, militant photographe a appelé à l’amour en parodiant la devise américaine

On peut également citer « La cérémonie contre l’oubli » qui, en rendant hommage aux disparus a permis de rappeler qu’aujourd’hui encore, le Sida fait encore trop de victimes. La scène Circus a d’ailleurs été rebaptisée « César » en hommage à un bénévole séropositif disparu au courant de l’année 2018.

© Chang Martin via Solidays

De plus, le festival accueillait de nombreuses associations. Entre deux scènes de concert se trouvait le Village Solidarité qui rassemblait une soixantaine d’associations défendant de nombreuses causes parmi lesquelles les droits de l’homme, l’égalité des droits femme-homme, les droits LGBT+ (Lesbienne, Gay, Bisexuel, Transexuel, Intersexe ect.), la lutte contre l’isolement des séniors. Nous avons pu nous rendre sur de nombreux stands dont celui d’Amnesty International, où nous pouvions signer différentes pétitions visant à garantir et à promouvoir les droits de l’homme dans le monde. Nous avons également eu l’occasion de participer à des jeux. Nous nous sommes ensuite dirigés vers le stand du Refuge, venant en aide aux personnes LBGT+ exclues de leur domicile familial qui leur apporte un hébergement ainsi qu’une aide sociale et psychologique. Un bénévole nous a expliqué l’importance pour l’association d’être présente à Solidays. Cela lui permet d’avoir un « impact sur les jeunes ». Qu’ils soient concernés, ou non, ces derniers pourraient connaître des personnes ayant besoin du Refuge. Il a également ajouté que les organisations contre l’homophobie étaient en pleine expansion de nos jours grâce aux réseaux sociaux.

D’autres associations ayant un lien direct avec le festival étaient elles aussi présentes. On compte parmi ces dernières Solidarité Sida, à l’origine du festival, ainsi que les Sœurs de la Perpétuelle indulgence. Il s’agit de militants – ou militantes – qui reprennent des codes religieux afin de défendre le droit à la différence et la non-violence. Elles ont d’ailleurs organisé une messe lors du festival.

Solidays, SEX and Sun

En face du stand de Solidarité Sida se tenait l’exposition Sex in the city, organisée et pensée par l’association. A l’entrée, on a nous donné un questionnaire à remplir et un stylo. Tout le long de l’exposition, nous devions répondre à quelques questions dont les réponses se trouvaient dans les multiples salles, plus roses les unes que les autres.

La première salle que nous avons découverte était une chambre à coucher, avec au mur un rappel des différentes orientations sexuelles : hétérosexuel (attirance pour le sexe opposé), homosexuel (pour le même sexe), bisexuel (pour les deux sexes, opposé ou similaire) mais également pansexuel (pour n’importe quel sexe ou genre) ou asexuel (aucune attirance sexuelle pour autrui voire pour soi-même). Nous avons traversé ensuite une salle de bain puis une cuisine remplie d’ingrédients aphrodisiaques. De quoi faire monter le plaisir. Les salles suivantes sont explicitement sur le désir. Nous avons parcouru des vitrines de sex toys, entourées de plusieurs stands liés à la sexualité. La dernière salle fut un vif retour à la réalité des risques encourus lors d’un rapport non protégé. Au mur se trouvaient de drôles de peluches représentant diverses IST (Infections Sexuellement Transmissibles) telles que la chlamydia, la syphilis, l’hépatite B, etc., et bien évidement le VIH (Virus de l’Immunodéficience Humaine) responsable du sida (Syndrome d’Immunodéficience Acquise).

© Ben Viaperalta via Solidays

Une fois sortis de l’exposition, nous avons été interpellés par un bénévole qui nous a demandé si l’exposition s’était bien passée et si nous avions pu répondre à tout le quizz. Il nous a invités à nous asseoir pour corriger avec nous les questions sur le sida. A travers le questionnaire, il nous a rappelé les informations importantes, comme le mode de transmission du VIH qui se fait entre une muqueuse et certains liquides corporels (sperme, sécrétions vaginales, liquide pré-séminal et sang). Ainsi, tous les types de rapports sexuels doivent impérativement être protégés, tout comme certaines pratiques médicales (gestes de premiers secours, transfusion sanguine, et les outils chirurgicaux doivent être bien stérilisés). Il nous a également rappelé que les patients atteints du sida ne mourraient pas de cette maladie, mais d’autres pathologies dont le corps ne pouvait pas se défendre. Le sida attaque le système immunitaire, l’empêchant de faire face à de simples maladies telles qu’un rhume ou une grippe. Cependant, il est possible de retarder la propagation du virus par un traitement. D’ailleurs, selon France info, une récente étude a permis de constater que l’accès à ce traitement est de plus en plus répandu. Aujourd’hui, dans le monde, trois porteurs du VIH sur cinq possèdent cette chance.

On a fait l’amour (protégé) avec Feu! Chatterton…

Après avoir commencé leur set en invoquant la douce Ophélie – chanson aux sonorités seventies dont le sujet principal est une jeune femme nommée Ophélie le quintet Feu! Chatterton nous a invités à faire l’amour (mais protégés) avec leur titre La mort dans la pinède. En faisant référence au bois de Boulogne, non loin du site, le chanteur Arthur Teboul nous a fait cette curieuse proposition avant d’enchaîner sur le morceau évoquant « l’amour gauche » et « toutes les premières fois louches ». Il en aura fallu peu pour envoûter le public, fasciné par le déhanchement des musiciens, et hypnotisé par ce que ces derniers dégageaient. Le groupe nous a emmenés ensuite vers la Zone Libre, qui a perdu ses sonorités d’Orient, – titre étant la mise en musique du poème éponyme d’Aragon –  avant de nous plonger dans la douceur d’un spleen avec les titres A l’aube – sur le départ d’un proche vers une autre contrée – et Souvenir – inspiré du poème L’Adieu d’Apollinaire.

Trois notes ont suffi pour quitter la torpeur et déchaîner la foule. Les corps se bousculaient, dansaient de manière frénétique. La Malinche a commencé, portée par le rythme des « Oh Oui ! » de la foule qui en redemandait. Le groupe nous a enfin invités à tanguer au son du titre solaire et lumineux Boeing. Feu! Chatterton s’envolera d’ailleurs au Zénith le 24 janvier prochain.

…puis chanter, crier, danser avec Mademoiselle K

A peine le temps de quitter Feu ! Chatterton, que nous entamions un sprint à l’autre bout du festival pour rejoindre Mademoiselle K. Le set de la chanteuse avait déjà commencé. Nous nous sommes faufilés entre les corps, à deux doigts de nous prendre des coups de coudes. Le public était déchaîné, vibrait aux sons des guitares, dansait au fil des mélodies. Mais l’énergie a laissé place au calme, la voix de la chanteuse s’est élevée. Comme elle l’avait fait lors de son dernier Solidays – il y a 3 ans – elle nous partagea un poème, qui semblait être Soleils Couchants de Victor Hugo, avant d’enchaîner avec la phrase « Sous les brûlures l’incandescence intacte » qui résonnait tel un mantra. Débutait alors la chanson Sous les brûlures – d’où est tirée la citation. Peu à peu, la frénésie reprenait et le public se remit à bouger. On retiendra les chansons R U Swimming, accompagnée d’une flûte traversière en live, ainsi que Hungry Dirty Baby lorsque la foule clamait avec ferveur « Fuck You ». Le concert se conclut par le titre Ca me vexe – un des plus grands succès de Mademoiselle K – puis Final où la chanteuse interagissait avec le public en lui demandant « S’il reviendra ? ». Pour la première fois que nous la voyions sur scène, ce fut un immense plaisir de découvrir toute la rage et toute la sensibilité de cette artiste déjà accomplie.

Ô Roméo, Roméo Elvis

Nous nous sommes glissés ensuite dans la foule noire du concert de Roméo Elvis. Les gens chantaient, dansaient, suaient à travers les odeurs de bières et autres substances enivrantes. Le concert était intense, la puissance des basses résonnait dans les poitrines. Le rappeur a également invité le public à en former un gigantesque pogo, pour rivaliser avec celui du concert de Bigflo et Oli. Mais ce que l’on retiendra est la chanson Drôle de Question, chantée en choeur par le public mais coupée par des interventions drôles – voire hilarantes – de Roméo Elvis. Ce dernier a repris le refrain du titre Yeux Disent de Lomepal, avec qui il est souvent confondu. Il a également demandé au public de « taper dans les mains, comme chez Michel Drucker ». Et en plein contexte de Coupe du monde de football, le rappeur belge a plaisanté sur le fait que la Belgique allait gagner. Désolée Roméo, désolée…

En attendant… David Guetta

Il était minuit devant la grande scène Paris, nous attendions le disc-jockey David Guetta. Les minutes s’écoulaient et le public commençait à s’impatienter. Après une demi-heure d’attente, la huée et les sifflements se firent entendre. Avec quarante-cinq minutes de retard, David Guetta est apparu en clamant « Je vous sens vraiment très chauds ce soir ! Quand je vous écoutais de derrière avant d’arriver, je savais que ça allait être la folie », avant d’enchaîner sur ses plus grands titres tels que Titanium. Le dj a également repris une chanson d’Avicii, Wake me up, en hommage. Malgré l’énergie – très habituelle – du musicien, l’ambiance festive, les feu d’artifices qui jaillissait de la scène, le retard de l’artiste en a refroidi plus d’un comme peuvent en témoigner les nombreux spectateurs quittant le concert.

Je vous sens vraiment très chauds ce soir ! Quand je vous écoutais de derrière avant d’arriver, je savais que ça allait être la folie

David guetta au festival solidays

Cette première journée fut forte en émotions, riche en concerts et en solidarité.