Les utilisateurs en ont assez, les chauffeurs l’ont dénoncé : l’image scintillante de Uber n’est plus d’actualité. Même si l’on continue à voir la start-up apparaître un peu partout, notamment dans les grandes villes et sur les réseaux sociaux, celle-ci semble avancer vers des jours sombres…

© Uber

Le point sur Uber

La start-up américaine, depuis sa création il y a maintenant neuf ans, met en lien chaque jour passagers et chauffeurs. Elle est aujourd’hui un acteur majeur du secteur des transports : active dans 72 pays du monde, elle rassemble en France 1,5 million d’utilisateurs selon une étude du cabinet 6t. Des clients majoritairement parisiens, 70 % des utilisateurs vivent en Île de France, et qui ne se passent plus du service VTC (véhicule de transport avec chauffeur). Le principe est en effet simple et attrayant : un chauffeur qui arrive en moins de 5 minutes, un service assuré de jour comme de nuit pour vos trajets privés ou professionnels et le tout à des prix avantageux. Uber est jugé plus rapide, moderne, et disponible que les taxis classiques. Ces derniers sont justement les premiers opposants à la plateforme. En effet, depuis que la start-up s’est lancée, elle a bouleversé le monde des taxis et a souvent été perçue comme une voleuse de clients. Les manifestations et actions portées contre Uber dénoncent son illégitimité. Sur le site web de Uber, les chauffeurs sont recrutés avec le slogan « soyez votre propre boss ». L’offre est alléchante. Le travail à effectuer est simple : il suffit d’utiliser son smartphone et sa voiture pour devenir un chauffeur de VTC et gagner sa vie. Uber est même souvent porteur d’espoir : dans plusieurs quartiers populaires, il apparaît comme une solution face au chômage. Pourtant la plateforme est dénoncée par ses propres chauffeurs, du moins par ceux qui ont eu le courage de parler des conditions dans lesquelles ils travaillent. Alors qu’ils ont un statut d’auto-entrepreneurs, les chauffeurs sont en réalité dépendants de Uber. L’entreprise décide effectivement des prix et des commissions sans les consulter. Elle prend aussi la liberté de les « déconnecter », en bloquant leur compte d’un moment à l’autre.

En outre, un scénario déplorable se répète : après avoir investi dans une voiture aux normes exigées par la multinationale, il faut travailler jusqu’à 50h par semaine au volant pour espérer gagner le smic (c’est sûrement ce qu’appelle Uber « gagnez de l’argent à votre rythme »). En effet, si certains des salaires peuvent paraître satisfaisants ce n’est qu’une illusion : il faut en déduire les charges, le prix de l’essence, les dépenses liées au remboursement ou à la location de la voiture, les cotisations sociales, sans oublier les 25 % de commission que prélève Uber sur chaque course.

Cette commission nourrit les recherches de l’entreprise concernant la future mise en circulation de voitures autonomes. Ce qui se résume pour les chauffeurs à contribuer à leur propre perte. Enfin, mis à part le fait qu’elle contribue à la montée des emplois précaires, en 2017 de nombreux scandales ont remis en cause la plateforme : évasion fiscale, sexisme et harcèlement sexuel, fuites de données clients…

Uberisation de la société, de quoi parle-t-on ?

L’uberisation de la société découle donc d’innovations technologiques, de la mondialisation et d’une vision libérale et capitaliste de l’économie. Ce qui est souvent présenté comme une modernisation du monde du travail ne fait qu’aboutir à la précarisation de l’emploi. En s’exemptant du code du travail, ces plateformes ne confèrent pas de droits et de protection sociale aux travailleurs. Alors certes il est possible de justifier l’uberisation en affirmant que le numérique est une belle opportunité qui offre une vision plus souple de travail ; oui Uber est créateur d’emplois, mais quel type d’emplois ? L’emploi précaire qui remplace le salariat, faisant disparaître les contrats de travail et éloignant ainsi les travailleurs bien loin des 35 heures. Et ce phénomène continue de s’étendre dans plusieurs secteurs de services comme l’alimentation ou l’hôtellerie. De plus en plus de plateformes mettant en lien clients et prestataires tendent à remplacer les entreprises. Ces applications et nouvelles plateformes illustrent les risques de l’économie collaborative : une illusion économique où le dit « partage » est parfaitement inégal. La lutte contre l’uberisation ne dépend donc que des clients, de leur prise de conscience et de leurs réactions. Il apparaît une volonté croissante de prise de conscience de ce phénomène qui encourage le développement d’alternatives à ces applications.

Une application qui respecte les intérêts des chauffeurs et des passagers 

Parmis ces applications, on peut citer Wulo. En effet, même si la plateforme a récemment été fermée, elle avait été créée selon une volonté d’être plus éthique vis à vis des chauffeurs mais aussi des clients. Ainsi, afin de pérenniser le métier de chauffeur, Wulo ne prélevait aucune commission aux chauffeurs: il s’agissait d’une « plateforme économiquement désintéressée » créée pour les chauffeurs. Il n’est donc peut être pas si impossible de mettre en place une plateforme plus humaine, qui prône la sérénité et donc un service plus sûr et de meilleure qualité. Cette initiative nous montre que le problème de l’uberisation n’est peut-être pas lié aux plateformes en elles mêmes mais bel et bien à leurs créateurs et dirigeants et à leurs objectifs.

Image de couverture : ©Uber