L’Alter Ego débute la saison des festivals avec un petit festival de province – n’en déplaise aux parisiens – Le weekend des curiosités, et dieu que ça fait du bien !

C’est le Bikini, mythique salle toulousaine qui organise ce weekend un peu spécial. Durant l’année, la salle propose des soirées curiosités, dont le but est de découvrir à bas prix des artistes du moment, plus ou moins connus.

Du 1er au 3 juin se tient donc Le weekend des curiosités où le concept s’étend, comme son nom l’indique, sur un weekend, un très long weekend (20h-5h le vendredi, 19h-5h le samedi et 12h-19h le dimanche). Des horaires de compétition, pour un festival de compétition.

Ce festival, il faut d’abord le vouloir ; car la salle n’est pas dans Toulouse intra-muros. Il faut donc prendre le métro, descendre au terminus, marcher un quart d’heure, et évidemment rebelote à 5 heures du matin pour choper le premier métro après avoir dansé et sauté toute la soirée dans une fournaise à 40 degrés. Quand nous vous disions au début que Le weekend des curiosités du Bikini était un petit festival, ce n’est pas tant pour sa line up que pour l’espace que prend celui-ci. Au total trois scènes, une à l’intérieur, dans le Bikini, la scène swimming deer sur la piscine à l’extérieur et la scène curiosités, toujours à l’extérieur, un peu plus loin. En bref, la salle et ses alentours. C’est étroit. On pense alors que pour un si petit espace (la salle peut accueillir 1500 personnes), le nombre de festivaliers est suffisamment limité pour que l’on puisse circuler aisément même lors d’un potentiel incendie. Eh bien non ! Sur les trois jours plus de 7000 festivaliers se sont croisés, collés. Tous les bobos toulousains (si cette catégorie sociale existe) étaient parqués, prêts à entamer la douce danse des sardines.

Vous pensez sûrement qu’une présentation comme celle-ci présage une critique négative, surtout si nous ajoutons que la line up de cette année était un peu plus grand public que les années précédentes. Détrompez-vous, nous avons sué, nous avons chanté, nous avons parcouru 40 kilomètres de danse et de marche en trois jours et nous avons aimé.

Jour 1 -1 Juin :  

21h30 – scène curiosités : The Psychotic Monks :

Au milieu de cette line up où le rap, l’électro et l’indie pop sont à l’honneur, un jeune groupe de rock psyché ouvre le festival, ou du moins notre festival sur la scène curiosité : The Psychotic Monks. Le quatuor parisien remplace Concrete Knives, groupe initialement programmé. Bien loin de la pop de ces derniers, les garçons nous transportent dans une transe sombre. Une transe née de leur prestation. Ils sont dans un univers parallèle, là où les instruments dictent les émotions ; où le corps, l’âme et l’instrument ne font qu’un. Les guitares sont vaporeuses, elles vibrent et trouvent écho. La basse est lourde. Le tout est accentué par les jeux de lumières, des flashs violets ou bien jaunes. Une claque scénique. Et pour le coup une réelle découverte. The Psychotic Monks sonne anglais. On ne peut s’empêcher de penser, en les écoutant, au groupe londonien Shame, qui incarne cette nouvelle vague rock.

22h – Le Bikini : Angèle

ANgèleAngèle – © Lise Escaut pour L’Alter Ego/APJ

Nous quittons le concert de Psychotic Monks et tentons de nous glisser dans celui d’Angèle, le jeune phénomène pop venu de Belgique. La salle est pleine à craquer, c’est à ce moment là que l’on se rend compte que le Bikini ne peut contenir que 1500 personnes. La fournaise est présente. Les gens dansent, sautent. On retrouve les images de concerts que la chanteuse poste sur son compte Instagram. De ville en ville elle parvient à rassembler les foules qui ne connaissent (à l’époque) que les deux titres dévoilés, La loi de Murphy et Je veux tes yeux. Une belle communion avec son public. Elle joue, s’amuse, blague avec lui. Ce qui est émouvant avec Angèle c’est qu’elle peine à réaliser ce qu’elle est en train de vivre. Son succès a été fulgurant. On ressent que cette situation est nouvelle pour elle, et elle en jouit pleinement. La chanteuse belge profite comme si ce concert pouvait être le dernier, comme si tout pouvait s’arrêter demain.

Après le concert d’Angèle se produisent sur la scène du Bikini, le rappeur québécois Loud et le rappeur parisien PLK. A l’extérieur, entre deux concerts, les festivaliers profitent du set de Flabaire. Les corps s’enivrent au sens figuré comme au sens propre. Nous, nous attendons de mourir au club.

1h50 – Le Bikini : Bagarre

BagarreBagarre – © Lise Escaut pour L’Alter Ego/APJ

1h50-2h45 : horaire parfait pour Bagarre, surement l’un des meilleurs concerts de la soirée. Pourtant le public n’est pas avec eux au début du set. Très bavard. Mais au bout de vingt minutes l’osmose se crée, les gens pénibles ont quitté la salle, ceux qui souhaitaient attraper le dernier métro également. On respire enfin. Il faut dire que danser sous canicule collé à son voisin ou à sa voisine n’est pas chose aisée. Enfin le public est dedans. « Ecoutez-nous ». On vous écoute. Personne ne danse seul ce soir. Sur Diamant on jouit avec Bagarre, sur Miroir, Mus, batteur et chanteur, vogue sur la foule, sur Béton armé, la salle s’accroupit. Enfin sur La bête voit rouge, on est po et on est go, on pogote. On rencontre les corps, on ramasse les corps, on se relève, on transpire, on a mal aux jambes, on est heureux. On aime la bête. Et puis surtout nous sommes le club, un club qui emmerde le Front National. Un concert qui se termine par un message cliché, un message symbolique de manif, de génération qui libère et qui sonne juste au moment où notre corps prend contrôle de notre esprit, lorsque la transe est à son apogée : « La jeunesse emmerde le Front National »

Difficile de tenir jusqu’à 5h du matin après un tel show. Nous venons juste de courir un marathon avec Bagarre, nous sommes tout simplement lessivées. Difficile donc de profiter du set de Kiddy Smile et de son Let the b!tch know lorsque nos corps ont tout simplement, durant 1h, utilisé toute l’énergie qui leur restait.

En bref une première journée de qualité qui va nous demander beaucoup d’étirements pour survivre à la deuxième.

Jour 2 – 2 juin

23h15 – Le Bikini : Caballero et Jean Jass

Caballero et Jean jass

Caballero et Jean Jass – © Lise Escaut pour L’Alter Ego/APJ

Pour ne pas vous mentir, il y avait du monde pour le concert de Sopico mais tous attendaient la présentation des deux rappeurs belges Caballero et Jean Jass. Un jour après la sortie de Double Hélice 3, le public toulousain était plus que prêt à accueillir les tontons. Des tontons oui, car le public n’est plus celui de la veille, les lycéens remplacent les étudiants. Un public jeune et bienveillant au bord de l’asphyxie dans le Bikini. On serre un peu les fesses, on plaint un peu ceux de devant mais tout le monde rentre. Caba et JJ débarquent sur scène, Caba a bien mangé. On mange bien au Bikini, dans le sud-ouest en général. Le concert s’ouvre sur Clonez-moi, second titre dévoilé de leur troisième album. Les tubes s’enchaînent, Tu connais pas, Chef, TMTC, Toujours les mêmes et les torses se dénudent. Agréable surprise, les pogos ne sont pas ultra violents, plutôt bon enfants. Un gars tombe, on le ramasse. Les pogos sont même plutôt agréables selon où l’on est placé (sauf devant). Un groupe s’agglutine à un endroit et on respire à ailleurs. De l’air. Étonnant ou pas, les chefs lancent Bruxelles arrive, un morceau de Roméo Elvis sur lequel Caballero est en featuring. Plutôt vrai pour cette édition du Weekend des curiosités. Avec Angèle, Bruxelles prenait possession de la ville rose. Bruxelles arrive, Toulouse est à poil. Accalmie sur Un endroit sûr. Moment émotion même. La foule sort les lumières. Un refrain résonne :  

Le monde n’est pas un endroit sûr, heureusement que ça n’arrive qu’aux autres

On reprend notre souffle.

Enfin, la salle n’attendait que ça, les poumons d’or concluent avec Sur mon nom. On nous a définitivement perdu. Ce fut intense. Un pas en avant, deux pas en arrière, cercle, pogo, la totale.

Ils auraient pu conclure sur ce moment incroyable, car nous avions été « incroyaux », mais non, les Belges en veulent plus. Rappel. Et ce fut le rappel de trop. Comment finir un set sur Dégueulasse, alors que le morceau précédent fut excellent ? Le public ne comprend pas non plus et il est en mouvement. Personne n’écoute réellement, tout le monde a chaud, l’auditoire quitte à moitié la salle.

Autant vous dire que le groupe qui suivait (Bleu Toucan) n’a pas eu le même succès, déjà parce que tout le monde avait besoin d’une pause, de s’hydrater, de se reposer, et puis parce que chacun devait se remettre de ses émotions. On s’assoit dans l’herbe au bord de la piscine ou sur des palettes, on discute avec des inconnus, on profite du set de Fatal Walima sur la scène swimming deer.

2h15-5h – Le Bikini : Idem Nevi, Vladimir Cauchemar et Casual Gabberz

L’électro fut à l’honneur en deuxième partie de soirée, de la techno, un mec avec une flûte et une tête de mort et puis du gabber pour conclure cette soirée sans prise de tête. Etonnamment, il y a plus d’affluence que la veille à cet horaire ci.

Révélation du soir, Idem Nevi, gagnant du showcase Crédit Agricole Toulouse 31. Inconnu pour la plupart des festivaliers, le producteur toulousain parvient à transporter la foule dans sa techno froide.

Un projet plus abouti que la nouvelle coqueluche du label Ed Banger qui le succédait. Vladimir Cauchemar, c’était un peu l’insolite de la soirée. L’homme est masqué. Il a dévoilé un titre, morceau devenu meme, Aulos, où une flûte infernale est en roue libre. Nous sommes curieuses. Cependant la prestation ne nous a pas convaincues pour autant. Le remix Cardi B/Orelsan (sorti par la suite), Basik Yellow, nous a carrément refroidi. Trop de flûte tue la flûte, ou bien serait-ce l’effet Orelsan, trop vu, trop entendu. La soirée se termine avec Casual Gabberz. Le collectif parisien remet au goût du jour un genre qui a longtemps souffert du mauvais goût justement, le gabber. Un genre radical, dérivé du hadcore, agressif et fort, pas très intelligent, du boum boum, du boum boum qui défoule.

Nous finissons lessivées une nouvelle fois.

Jour 3 – 3 juin

Petite aprem, l’ambiance est plutôt familiale, loin des jeunes festivaliers soûls de la veille. Un atelier tatouage et un bingo sont organisés, une rampe de skate est installée. Vous avez dit bobo ?

Ce troisième jour a débuté à midi. Nous arrivons à 16h30 pour découvrir sur scène le jeune producteur parisien Lewis Of Man (Vendredi Sur Mer, Rejjie Snow).

16h30 – Scène swimming deer : Lewis Of Man

Il y a du retard, le set commence à 17h. Un set plutôt mignon, Lewis est accompagné de Mile, timide sur scène, quelques cafouillages. Une joyeuse kermesse qui a son charme. Ensemble ils jouent Plein de bisous. Sont présents dans la setlist Yo bene, Flash et puis les titres de son nouvel EP Je pense à toi paru le 1er juin : Je pense à toi, Tes yeux. Une après-midi sous le signe de l’amour.

17h30 – Piu Piu

Enfin le festival intense se clôt avec Piu Piu, aka Giulietta Canzani Mora, dj et chanteuse d’origine uruguayenne. On entend les oiseaux. Les corps se trémoussent pour la dernière fois du weekend, une jolie clôture électro qui nous transporte dans un pays imaginaire. Nous ne sentons plus nos pieds, ni nos cuisses mais nous sommes bien, juste bien durant ce voyage musical, une dernière danse.

Alors oui Le Weekend des curiosités c’était un peu dangereux, beaucoup d’humains soûls et de bouteilles d’alcool cassées au même endroit. Mais il y avait surtout beaucoup de générosité, de musique, d’entraide, de rencontres dans un même endroit. Et puis surtout, de la bonne musique. Pour tout cela merci Le Weekend des curiosités, et à l’année prochaine !