Elle s’était identifiée comme une Le Pen, elle redevient simplement Maréchal. On l’a toujours connu comme Front, il se transforme en Rassemblement national. Pour certains, ces changements de nom sont médiatiques donc anecdotiques. Pourtant, chez une femme politique en reconversion comme Marion Maréchal ou un parti en crise comme l’ex-FN, les modifications nominales ont un sens profond.

Marion Maréchal-Le Pen – © Gage Skidmore via Flickr

Jean-Marie Le Pen, « en deuil », ne mâche pas ses mots pour dénoncer le changement de nom du parti qu’il a créé il y a plus de quarante-cinq ans. Il sait, lui, le menhir, la portée de cette évolution syntaxique. Le parti rebelle dont il a été évincé par sa fille s’institutionnalise après que la rhétorique anti-élites a montré ses limites. Au débat d’entre-deux-tours de la dernière élection présidentielle, Emmanuel Macron, tout technocrate qu’il soit, a surpassé une Marine Le Pen à la peine, ne maitrisant pas les sujets, mélangeant les dossiers. Il n’est plus question de faire front contre le « système », un technocratisme européen, libéral et « immigrationniste » honni, mais de le remplacer par un nouveau, plus national, très eurosceptique, décidément anti-immigration. Mais cette orientation n’est pas nouvelle, le succès de la ligne philippotiste dans le programme du FN en 2017 témoignait de ce désir d’institutionnalisation. Alors que la rupture est consommée avec Florian, pas sûr qu’un changement de nom suffise à Marine pour redresser la barre du navire Le Pen.

C’est un assassinat politique

Il n’en reste que le rejet clair de l’héritage ultra-nationaliste constitue un message important, en témoigne la réaction de tristesse du patriarche. En effet, les soupçons de racisme pèsent plus qu’on a pu le croire aux grandes heures de la dédiabolisation dans l’inconscient d’un peuple qui n’est pas encore bleu marine. Peut-être d’ailleurs ne le sera-t-il jamais. La question qui devrait s’imposer dans les réflexions post-défaite de la présidentielle est celle de la lignée Le Pen. Ce qui a empêché en 2017 beaucoup de Français, pourtant acquis à la remise en cause d’une Europe ultra-libérale et craintifs à l’idée d’accueillir « trop » de migrants de voter FN, c’est l’idée de « voter Le Pen ». Et ni du père ni de la fille ils ne veulent vraiment. Il y en a une qui sait bien cela, c’est Marion Maréchal. Elle avait pris le patronyme Le Pen au moment de sa première campagne, manœuvre lui ayant permis de se faire élire sans trop de difficultés grâce à l’aura de son grand-père. Alors qu’elle s’est – officiellement – retirée de la vie politique pour entrer dans l’univers de la métapolitique, elle a retiré de son double nom de famille le patronyme « Le Pen ».

Marion Maréchal serait-elle le recours pour achever la transformation du FN en RN, pour permettre au parti d’extrême droite de prendre le pouvoir ? Pour beaucoup de Français opposés à l’immigration et très eurosceptiques, elle incarne un renouveau souhaitable. Tant dans le parti de sa tante qu’au sein de celui de Laurent Wauquiez, nombreux sont ceux qui placent en elle leurs espérances présidentielles. Mais effacer son nom n’annule pas une histoire, une ascendance célèbre. Si Marion Maréchal a fait ses preuves comme députée, la création d’une école supérieure de sciences politiques n’est pas la voie habituelle pour devenir chef de l’État… L’équipe avec laquelle elle ouvre son école est si marquée politiquement qu’on voit mal des jeunes de sensibilité non-lepéniste s’y inscrire, l’influence qu’aura Marion Maréchal comme dirigeante de cet institut sera plutôt faible. Figure providentielle ou créature médiatique ?

L’élection d’Emmanuel Macron a prouvé l’importance des journalistes et du système médiatique dans la construction d’une figure héroïque apte à remettre un pays en marche… L’entre-deux-tours a aussi prouvé que ce même système était capable d’unir ses forces pour rejeter un candidat qu’il ne valide pas. À la fin, seront-ce les Français qui choisiront ?

image de couverture : © bash pour l’alter ego/APJ