© Corinne Lepage

 

Lorsque j’avais décidé à la fin de l’année 2016 de soutenir la campagne d’Emmanuel Macron, je ne l’avais pas fait en raison de ses convictions écologistes mais parce que je pensais sincèrement que son intelligence lui avait permis de percevoir la gravité des défis auxquels nous sommes confrontés et la nécessité d’entreprendre dans ce domaine comme dans les autres des réformes de structure permettant de changer de logiciel {…}. Malheureusement, je me suis trompée.

Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement

Elle n’est pourtant que l’application logique de la vision d’un pays comme une entreprise et du monde comme un agrégat de marchés potentiels et de bénéfices certains. Corinne Lepage, dans une tribune publiée le 31 mai par Reporterre, explique avoir soutenu Macron lors de la campagne présidentielle car ses promesses écolos étaient garanties par l’ « intelligence » d’un candidat qui certes n’avait pas de « convictions écologiques » remarquables mais qui sans nul doute avait perçu la « gravité » de la crise environnementale. L’ancienne ministre de l’Environnement ne nous rejouera pas le refrain des « promesses de campagne trahies ». Aucun écologiste sincère et libre n’a pu croire une seconde en la volonté de Macron. Son attachement à la production de richesses comme signe d’une économie viable, elle-même preuve d’un pays « en bonne santé », disqualifiait de fait toute possibilité de juste politique environnementale. L’augmentation de la croissance comme but premier des politiques est un dogme incompatible avec la pensée écologique sincère. Car il faut être fou pour ne pas voir que c’est l’exploitation des ressources terrestres pour l’enrichissement humain qui détruit la planète. Le système capitaliste actuel et son champ de pensée et d’expression (rentabilité, efficacité) sont l’ennemi d’une démarche écologique authentique. Corinne Lepage dresse une liste complète de promesses non tenues, mais en évoquant le glyphosate, elle oublie de rappeler que dans bien des cas, l’Union européenne est aussi un frein à une démarche de protection de l’environnement, de la flore à la faune (humains compris). En effet, même si la France avait voulu interdire le glyphosate, l’UE a autorisé l’utilisation de l’herbicide en novembre pour cinq nouvelles années, sous pression de l’Allemagne. L’écologie suggère, à l’heure d’une crise sans précédent, vitale, une radicalité. Celle-ci doit inclure, même dans la bouche des européens les plus convaincus, une critique de Bruxelles, si ce n’est sa remise en cause. Le refus de toute critique systémique du libéralisme et de ses hérauts comme l’UE et la croyance naïve en un Macron qui pourrait « changer de braquet » témoignent d’une mollesse confortable et in fine conciliante. Il est regrettable que ceux dont on pourrait espérer qu’ils aient des convictions sincères et justes se perdent en politicailleries et en faux espoirs réformistes.