Les deux enfants terribles venus des Etats-Unis d’Amérique et de Corée du Nord ont  décidé de mûrir, de poser les armes et d’entreprendre de se rencontrer. Cette décision, inimaginable il y a quelques semaines encore, a été amorcée par l’adulte responsable du jeu : Moon Jae In, le président de Corée du Sud. En effet, lors des Jeux Olympiques d’hiver, le dirigeant sud coréen avait entrepris de briser la glace avec les nords coréens. Ce réchauffement avait  non seulement eu lieu sur la neige avec la création d’équipes mêlant des sportifs issus des deux Corées mais aussi en dehors avec l’organisation de rencontres avec les nords coréens pendant et après l’événement. Moon Jae In, sans doute fatigué des invectives échangées entre Donald Trump et Kim Jong Un, n’a eu de cesse d’essayer de renouer le dialogue avec le dirigeant nord-coréen pour rétablir la paix sur la péninsule coréenne. À la vue de cette attitude pacifique, Donald Trump a décidé de se comporter  en « gendarme du monde » et d’organiser à son tour une rencontre au sommet avec Kim Jong Un : un événement sans précédent dans l’Histoire.

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Une rencontre qui fait suite à des mois de joute verbale

Si l’annonce de cette rencontre est  étonnante, c’est parce que Donald Trump et Kim Jong Un se lancent des piques de manière interposée depuis quelques mois déjà et qu’un rapprochement était inespéré. L’escalade des tensions prenait des tournants inédits avec l’utilisation abusive de Twitter pour Donald Trump, et des médias de propagande pour Kim Jong Un afin de menacer, intimider et critiquer l’autre. Ce qui n’était au début qu’une dispute froide a tourné à l’échange d’insultes et de menaces entre les deux pays.

Kim Jong Un, qui n’avait jusqu’alors aucun camarade se mettant à son niveau, s’est retrouvé servi avec Donald Trump et il a réussi sans difficulté aucune à appuyer là où ça faisait mal. Donald Trump, connu pour son manque de calme, ne s’est donc absolument pas maîtrisé et est passé aux menaces. Annonçant à Kim Jong Un l’éventualité d’une guerre dans le feu et la fureur et d’une destruction de la Corée du Nord, Donald Trump a obtenu en guise de réponse des essais de missiles nucléaires et des menaces concernant l’île de Guam. Mais les menaces de guerre n’ont pas été les seuls affronts échangés entre les deux puissances : la trivialité y a atteint son paroxysme.

Donald Trump a décidé de surnommer Kim Jong Un “Little Rocket Man” pour moquer son amour des missiles et le dirigeant nord coréen a quant à lui, qualifié le Président américain de “chien apeuré” et de “radoteur mentalement dérangé”. La situation s’est enflammée lorsqu’en novembre dernier, Donald Trump décide de tweeter ceci :  “Pourquoi  Kim Jong Un m’insulterait-il en me traitant de “vieux” alors que je ne le traiterai JAMAIS de “petit gros”. Eh bien, j’essaie tellement d’être son ami, peut-être qu’un jour ça arrivera!”. Cette “déclaration” du Président des Etats Unis en a fait sourire plus d’un par sa puérilité : le petit Donald aurait-il eu du mal à s’intégrer au sein de sa nouvelle classe de camarades dirigeants ? Le méchant Kim lui aurait-il refusé de partager son goûter ?  Cette trivialité, à partir d’un moment, a inquiété et a soulevé des questionnements quant à la capacité de Donald Trump à gérer des relations diplomatiques plus délicates, à passer outre des remarques enfantines. Au Nouvel An, Kim Jong Un décide de calmer les tensions,  avec son voisin, en annonçant qu’une délégation nord coréenne sera envoyée à Pyeongchang. Il profère toutefois une menace à l’encontre de Donald Trump en signalant que “le bouton nucléaire est toujours sur son bureau”. À l’écoute de cette annonce, Donald Trump a vu rouge et a répliqué qu’il avait un bouton plus gros et qu’il n’hésiterait pas à l’utiliser contre la Corée du Nord, une réponse à l’image de celle de Donald, sept ans, qui vient de voir son ennemi juré Kim fanfaronner en parlant de sa petite voiture et qui décide de frimer en déclarant que sa petite voiture à lui, reçue à Noël est beaucoup plus grande et puissante.

Cette surenchère de menaces alliée à des futilités à foison pose des questions quant au bon déroulement de ce sommet : en effet, Donald Trump et Kim Jong Un n’ont pas l’air d’être prêts à se rencontrer sans s’écharper, ne semblent pas être capables de prendre sur eux . La rencontre ressemblera-t-elle à un sommet dans les règles de l’art ou à une bataille d’égo entre les deux dirigeants ?

Comment ce sommet va-t-il se dérouler ?

Fantasmée par certains comme un événement historique, décriée par d’autres comme une facétie de la Corée du Nord, la rencontre fait déjà parler d’elle : que vont donc pouvoir se dire Donald Trump et Kim Jong Un ?

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La rencontre a pour objet la dénucléarisation de la péninsule. La Corée du nord a manifesté une certaine envie de vivre en paix avec son voisin lors de ses voeux du Nouvel An et s’est engagée à ne plus faire d’essais nucléaires ou de missiles.  Kim Jong Un a souhaité s’ouvrir à d’autres pays comme la Chine avec une rencontre en mars ou encore la Corée du Sud. Elle a aussi manifesté son désir de rencontrer Donald Trump afin d’échanger avec lui au sujet de la dénucléarisation de la péninsule, rencontre qui a été acceptée rapidement par ce dernier, prenant de court ses conseillers.  Toutefois, la crainte est là : cette rencontre sera-t-elle constructive ? Ira-t-elle au-delà de l’aspect symbolique important ? De plus, on peut se poser des questions quant à la préparation de cette réunion. Donald Trump a décidé d’organiser sa stratégie en deux mois seulement, ce qui au vu de son manque d’expérience dans les relations diplomatiques risque d’être problématique.  Le président des Etats Unis voit sans doute les choses de manière manichéenne car il félicite la Corée du Nord pour le fait qu’elle n’ait pas refait d’essais nucléaires depuis novembre dernier. Le Président américain aurait-il besoin de conseils au sujet de la parade militaire qu’il rêve d’organiser ? Ou alors peut-être que finalement les deux dirigeants se sont rendus compte qu’ils n’étaient pas si différents que cela l’un de l’autre et ont décidé de faire la paix, ou bien alors ont-ils réussi à devenir amis ? Gageons que la rencontre ne prendra pas des airs de l’Interview qui Tue au moment où  Kim Jong Un et James Franco entonnent Fireworks de Katy Perry dans un tank au risque de devenir ridicules.  Si l’ironie est de mise, c’est que cette rencontre est improbable : les bagarres de cour de récréation des deux dirigeants ingérables ne vont peut être pas cesser une fois le sommet passé.  

Par ailleurs, les bagarres risquent  de réapparaître lorsqu’il va falloir attribuer à quelqu’un cette réconciliation. “À moi” a proclamé le très modeste Donald Trump en mars dernier, sauf que ce réchauffement des relations peut aussi être attribué à Moon Jae In, et même à Kim Jong Un qui essaie de s’ouvrir à d’autres pays. De plus, Donald Trump n’a demandé aucune contrepartie réelle à cette rencontre et à cette possible réintégration de la Corée du Nord, peut être compte-t-il sur son charme irrésistible, sur cette amitié naissante et sa capacité incroyable à négocier de manière diplomatique pour le faire…

La rencontre pourrait donc tourner au vinaigre. En outre, il n’est pas certain que la Corée du Nord arrête ses essais nucléaires une fois que les tensions seront apaisées entre la Corée du Sud, les Etats Unis et elle.

La question qui se pose tourne aussi autour de l’attitude des deux dirigeants : vont-ils se comporter comme deux meilleurs amis, que rien ne peut séparer, vont-ils s’écharper et traiter l’autre par des noms d’oiseaux ou vont-ils enfin réussir à se parler ?