Après avoir envoûté les quatre coins du monde, le groupe de rock libanais fait son grand retour dans la capitale. Composé de Hamed Sinno (au chant), Haig Papazian (au violon), Carl Gerges (à la batterie), Firas Abu-Fakher (au clavier et à la guitare), et Ibrahim Badr (à la basse), Mashrou’ Leila casse les clichés orientaux.

© Camille Pigois pour L’Alter Ego/APJ

Ce qui aurait dû être le projet d’une nuit

Les cinq jeunes hommes se rencontrent à l’université américaine de Beyrouth dans laquelle ils forment en 2008, Mashrou’ Leila. Ce titre pourrait être traduit par « le projet d’une nuit » mais cette signification est peut-être trop réductrice. « Mashrou’ Leila » est une allusion à la littérature orientale et plus précisément au conte perse Majnoun Leila [ndlr. Histoire d’amour populaire]. Cependant, comme on peut le deviner, le groupe n’est pas l’histoire d’une seule nuit. En 2009 sort leur premier album éponyme, puis s’enchaînent alors les autres albums et concerts. Leur identité est l’entre-deux de la tradition et modernité, tant sur le plan musical que textuel. De plus, l’arabe  est conservé et le violon arménien apporte une  teinte orientale, l’influence musicale semble passer outre-Atlantique. Le groupe cite comme inspiration des artistes anglo-saxons tels que La Roux ou encore Arcade Fire. Quant aux paroles, ces dernières sont marquées par un esprit de révolte et de liberté.

Mashrou’ Leila © Tarek Moukaddem

Porte-parole malgré eux

Les premières années du groupe coïncident avec le début du Printemps Arabe. Tout comme le mouvement au Maghreb et au Moyen Orient, Mashrou’ Leila incarne certaines revendications de la jeunesse. Tout d’abord, des contestations politiques que l’on retrouve à travers leur titres Obwa dénonçant les guerres de religions et Wa Nueid déclamant : « Dis-leur qu’on est toujours debout, dis-leur qu’on continue de résister ». Le groupe prend aussi position pour la cause féministe et LGBT+. C’est peut-être même l’un de leurs principaux combats. Le chanteur Hamed Sinno est ouvertement homosexuel et l’exprime par la poésie de ses chansons comme Shim El Yasmine, qui serait une déclaration d’amour à un homme sur le point de se marier. Le groupe questionne les clichés dans Skandar Maalouf (qui fait la satire des comportements homophobes) ou le genre dans Imm El Jacket (sur la transidentité). Mashrou’ Leila se veut féministe. Pour preuve, leur dernier clip Roman déconstruit l’image de la femme musulmane : dans ce dernier, des femmes voilées affirment leurs droits et libertés.

Cependant, les choses ne sont pas si simples dans la région. Le gouvernement jordanien censure Mashrou’ Leila en 2016, car leur chanson Djin (dont le titre jouent avec les mots “alcool” et “démon”),  est accusée de faire « l’apologie du satanisme et de l’homosexualité ». De plus, depuis quelques mois le groupe est interdit en Egypte suite à l’arrestation de six personnes pour avoir brandi un drapeau arc-en-ciel lors d’un de leur concert. Elles sont aujourd’hui accusées « d’indécence publique » et « d’incitation des jeunes à l’immoralité ».

Leurs deux amours, le Liban et Paris ?

Le prochain concert du groupe à Paris n’est pas leur premier. Loin de là, Mashrou’ Leila se produit depuis 2013 dans les salles les plus reconnues de la capitale telles que la Gaîté Lyrique, la Maroquinerie, ou encore la Cigale. Ces artistes ont un lien particulier avec la France qu’on retrouve dans différentes influences et collaborations. Certains membres désignent les albums Chaleur Humaine de Christine and The Queens ainsi que Chatterton de Feu ! Chatterton comme leurs préférés. Quant aux collaborations, Mashrou’ Leila reprend avec la chanteuse Hindi Zahra son titre Beautiful Tango et s’associe avec le trompettiste de renom Eric Truffaz sur les titres Bahr et Shim el Yasmine.

Mashrou’ Leila est en concert à l’Elysée Montmartre (18ème arrondissement de Paris), le 21 avril 2018.

image de couverture : © Camille Pigois pour l’Alter Ego/APJ