Alors que l’on a vu débouler les giboulées, Feu! Chatterton a tourneboulé la rédaction qui s’est retrouvée chamboulée comme à l’époque de Triboulet. Remise de ses émotions, elle s’est débarrassé du boulet Maître Gims, que l’on évitera de sabouler, pour vous proposer de vous régaler de cette playlist.

Albums

The Final Tour, The Bootleg series vol. 6 – Miles Davis & John Coltrane

En 1959, Miles Davis, Bill Evans, John Coltrane, Julian Cannonball Adderley, Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb vont être à l’origine de ce qui est considéré tout simplement comme le plus grand album de jazz de tous les temps, Kind of Blue. Avec les problèmes d’héroïne de John Coltrane, les relations entre le saxophoniste et Miles Davis sont si tendues que Trane finit par ne plus faire partie du quintet. Mais lorsque le groupe doit partir pour une série de concerts en Europe l’année suivante, Davis est obligé de rappeler le maître pour ce qui sera la dernière tournée partagée par ces deux génies du jazz, The Final Tour. Le coffret qui sortait mi-mars propose de découvrir ces cinq derniers concerts (deux à l’Olympia, deux à Stockholm, un à Copenhague). Les deux fortes têtes sont accompagnées par le contrebassiste Paul Chambers, le pianiste Wynton Kelly et le batteur Jimmy Cobb. Ensemble, ils vont livrer cinq prestations hors normes, touchées par la grâce d’un Davis et d’un Coltrane de gala. Moment inoubliable, dès son premier solo du premier  concert, Coltrane prend tout le monde par surprise, les autres musiciens y compris avec des phrases encore jamais entendues, des envolées incompréhensibles que le public sifflera. Peu importe, il sait ce qu’il est en train de réaliser, et l’Histoire se rangera de son côté. Au programme donc, plus de trois heures de découverte d’un moment charnière dans l’histoire de deux monstres sacrés.

After Bach – Brad Mehldau

Brad Mehldau a exploré de nombreux champs depuis ses 6 ans, âge auquel il a commencé le piano classique, et notamment le jazz grâce à un professeur inégalable, Fred Hersch, de la même trempe que Keith Jarrett. Il a su s’imposer tout aussi bien comme un soliste et un improvisateur hors pair que comme un accompagnateur élégant, en témoigne le Moodswing de Joshua Redman auquel il participe. Il revenait à ses premières amours en ce mois de mars avec un album dans lequel il mêle des compositions de Jean Sébastien Bach aux siennes. Pour chaque composition du génie allemand – qui a exercé une grande influence sur les jazzmen de toutes les époques, Bill Evans en tête – Brad Mehldau propose de découvrir ce qu’elle lui a inspiré. Plutôt que d’adapter Bach à lui, ou de s’adapter à Bach, il rend compte de la rencontre entre leur deux univers. Lorsqu’il joue les fugues du génie baroque, il laisse la musique oeuvrer sans s’imposer, puis répond avec une de ses compositions, présentant alors son approche contemporaine, nourrie du jazz, du rock, et de musique électronique et de toutes les influences qui font de Brad Mehldau un des grands pianistes de notre époque. Pour les chanceux qui habitent en région parisienne, il sera à la Philharmonie de Paris le 2 avril, au POC d’Alfortville le 4 et au Théâtre des Sablons de Neuilly-sur-Seine le 17 mai.

Morceaux

Remember to breath – Sjoman x Alyssa

On reste dans le thème de la respiration avec cette jeune collaboration parisienne. Leur tout premier titre, disponible sur soundcloud seulement, est déjà très prometteur. En anglais, sur un air de guitare très folk, la voix grave et suave de Sjoman se mêle à celle d’Alyssa pour ne former qu’une seule mélodie envoutante. Et si vous ne comprenez rien à l’anglais, aucun problème ! L’accompagnement guitare-batterie saura vous convaincre de passer outre ce détail.

Allo – JAY AL x Laproze

Encore une pépite qui mériterait à gagner en audience ! Le jeune rappeur de 16 ans sort ici le premier son d’une série hebdomadaire à retrouver chaque jeudi sur sa chaîne YouTube. Autant dire que s’il nous livre chaque semaine des titres d’une aussi bonne qualité, Jay-Al apparaîtra de nouveau dans notre playlist mensuelle.

Dans Allo, le rappeur s’adresse à son frère, à un ami puis à sa copine. Il leur confie ses doutes, sa peur du temps qui passe, ses souvenirs, son expérience. En bref, ce sont des paroles très personnelles, sur son parcours, pourtant très court. Bien que très similaire à celui de Jay-Al, on n’oublie pas pour autant le passage de Laproze sur ce titre. Sa voix, plus jeune, se prête très bien à l’exercice. Pour leur seconde collaboration, les deux rappeurs ont donc placé la barre un peu plus haute. On sent un titre mûri, plus professionnel.

Clips

Minimum Wage – Taylor Bennett (directed by Cole Bennett)

Le 4 mars dernier, le jeune frère de Chance The Rapper dévoilait le clip de son titre Minimum Wage. Cette vidéo de 3min06 est produite par nul autre que le talentueux Cole Bennett et sa société très influente : Lyrical Lemonade. Autant dire qu’à l’annonce d’un tel réalisateur, on s’attend à un clip de qualité. Et encore une fois l’artiste de Chicago ne nous a pas déçus. On retrouve dès le début du clip une des marques de fabrique de Cole Bennett : une police d’écriture haute en couleur qui rappelle les cartoons pour enfants. Tout au long de la vidéo ce style est repris afin de sous-titrer les paroles des clients. L’interprète de Minimum Wage est en effet mis en scène dans un fast-food. On le surprend dansant, un balai à la main, puisqu’il y joue un employé trop occupé par sa musique pour servir les clients. Les plus forts en anglais auront donc tout de suite remarqué le clin d’œil au titre de la chanson : Taylor Bennett gagne, dans ce clip, le salaire minimum. Le clip se finit, après les altercations de Taylor avec des clients insatisfaits, sur l’artiste quittant le restaurant. Cole Bennett nous livre ainsi un clip sobre, en accord avec les paroles et l’ambiance de Minimum Wage. C’est encore un sans faute pour Cole Bennett et un début encourageant pour Taylor Bennett qui tente de se faire une place dans le monde du rap US, dans l’ombre de son frère déjà mondialement reconnu.

Respirer – Roméo Elvis x Le Motel

Le jeune belge est en forme ! Après le clip très américain de Dessert, Roméo Elvis nous dévoile celui de Respirer, encore et toujours en featuring avec Le Motel. Très « chill » ce dernier clip vidéo ravira les fans du film oscarisé La Forme de l’Eau sorti seulement 1 mois plus tôt. En effet, déjà sur les extraits postés sur ses réseaux sociaux, Roméo Elvis nous teasait une scène très spéciale : son corps flottant au fond d’une eau pure et obscure. Comment alors ne pas y voir un clin d’œil aux corps plongés dans le fleuve des deux acteurs du film de Guillermo del Toro ?

On apprécie aussi l’ambiance lunaire du clip permise par les nombreux effets originaux du réalisateur, belge lui aussi, Sidney Van Wichelen. Des courbes d’une danseuse sur fond d’un néon bleu, à une prise de vue plongeante de l’artiste porté par ses fans, en passant par une course poursuite dans une forêt brumeuse, les différentes scènes du clip retranscrivent toute la nonchalance du titre mais plus généralement de l’album entier, Morale 2. Mais pour apprécier le son dans son intégralité, peut-être faut-il encore mieux fermer les yeux, respirer profondément et se laisser porter par la voix apaisante de Roméo Elvis… « putain qu’est-ce que c’est bon de pouvoir respirer » !

Live

Kamaal Williams au New Morning

Courant novembre 2016, le label de Gilles Peterson, Brownswood Recordings, créait un petit séisme dans la planète jazz et au-delà en sortant Black Focus, premier album d’un duo de musiciens qui allaient faire des émules, Yussef Kamaal. L’album s’impose rapidement comme un fer de lance de l’UK jazz, ce mélange unique de jazz, de hip hop, et de toutes les influences qui affluent dans le sang des jeunes musiciens britanniques rompus au classique du jazz. Deux ans plus tard, Yussef Dayes et Kamaal Williams se sont séparés pour suivre leur propre voie, mais leur musique est toujours là. Kamaal Williams sortira début mai son premier album solo qu’il était venu défendre au New Morning, à Paris, ce mercredi 28 mars, en compagnie de l’excellent slapeur Pete Martin et du démon McKnasty, qui remplace Yussef Dayes à la batterie sans rien avoir à lui envier. Deux petites heures après leur arrivée sur scène, le New Morning est complètement retourné et les murs tremblent à l’idée que les trois musiciens reviennent pour un dernier morceau. Et pour cause, les trois musiciens survoltés ont transmis une faim insatiable de rythmes échevelés mêlant riffs entêtants à la basse, tempos alarmants à la batterie et accords planants aux claviers. Grâce à un passionné de jazz et sa chaîne youtube formidable (+ de 2000 vidéos de lives), qui filme tous les concerts auxquels il va, vous pouvez écouter la quasi totalité de ce concert, divisé en huit vidéos.

Playlist

image de couverture : libre de droits