En août prochain, la fédération internationale de tennis devrait entériner une réforme de la Coupe Davis. Disputée actuellement sur quatre week-ends, celle-ci devrait dès l’année prochaine se jouer sur terrain neutre sur une semaine. Avec cette réforme, l’essence même de la compétition est en jeu.

Steve Johnson (USA) et Ryan Harrison (USA) – © Nikola Krstic/Action Plus via Getty Images

107 éditions, 134 participants en 2018, dix vainqueurs différents depuis 2005, des matchs à 25 000 spectateurs (record en Europe)… Ce n’est donc pas suffisant. La Coupe Davis est amenée à disparaître à l’issue de sa dernière édition en cette année 2018. Ou plutôt, à se réformer, à se réinventer. En août, la fédération internationale de tennis (ITF) devrait acter la vente de la compétition au fond d’investissement Kosmos. Celui-ci pourra alors organiser la Coupe Davis comme il le souhaite. Le détail des innovations annoncées remet sérieusement en cause l’intérêt et la valeur de cette compétition. La preuve en détails.

Des ambiances incomparables

Pour chacun d’entre nous, la Coupe Davis représente un souvenir, une émotion. Avec Roland-Garros, elle est l’autre compétition qui permet aux Français de s’intéresser au tennis. Les Quatre Mousquetaires dans les années 1920, le « Saga Africa » du Palais des sports de Gerland de Lyon en 1991, la victoire sur le gazon australien en 2001 ou les larmes de Lucas Pouille en 2017 ; ces victoires ont marqué l’imaginaire collectif. Les noms de René Lacoste, Yannick Noah, Guy Forget ou de Lucas Pouille renvoient directement à la Coupe Davis. La compétition soude des individualités derrière une équipe, chose quasiment unique dans le tennis (1). Elle offre des ambiances incomparables dans le monde feutré de la petite balle jaune. La défaite de l’équipe de France en 2010 est ainsi surtout due à la pression mise par le public serbe. De même, Lucas Pouille a été porté par 25 000 personnes pour aller chercher le point de la victoire en 2017. La Coupe Davis est un évènement populaire et doit le rester.

Lucas Pouille – © Tim Clayton/Corbis via Getty Images

Or, la nouvelle réforme promise par l’ITF prévoit d’organiser la compétition sur terrain neutre. Au vu des dernières tendances, tout porte à croire que ce le sera en Asie. Or, comment imaginer que des supporters puissent se permettre de se déplacer en nombre d’Europe – cœur de la compétition – vers l’Asie ? L’assistance sera donc sûrement principalement composée de spectateurs neutres, et non de supporters. De plus, comment s’assurer de la présence d’un plateau idéal, quelques jours seulement après la fin des Masters (2) ? Les souvenirs des Masters de Shanghai (2002 ; 2005-2008) que les grands joueurs évitaient rappellent vite que l’argument financier n’est pas toujours suffisant. Le choix de début novembre est certes pratique au niveau du calendrier puisque les saisons ATP et WTA (3) sont terminées. Mais au contraire de la Hopman Cup disputée début janvier en Australie, les joueurs sont à cette période exténués par dix mois de compétition où ils ont parfois disputé plus de 100 matchs. Ils ne sont donc pas forcément prêts à risquer leur santé pour accroître leurs revenus.

Une Hopman Cup bis

La comparaison avec la Hopman Cup est d’ailleurs intéressante. Qu’est-ce qui différenciera désormais la Hopman Cup de la Coupe Davis, si ce n’est sa mixité ? Le format sera le même : deux simples, un double. La compétition se dispute elle aussi sur terrain neutre sur une semaine. Les joueurs y représentent là aussi leur nation et sont attirés par le gain financier. Plus qu’une Hopman Cup bis, la Coupe Davis aurait avec elle l’histoire. Oui mais quelle histoire ? Celle d’une compétition déchue et désormais reléguée à une simple exhibition de fin d’année pour riches asiatiques souhaitant voir jouer leurs idoles ? Celle d’une coupe ayant cédé aux caprices des télévisions et des sponsors ?

La nouvelle formule de la Coupe Davis reflète surtout le tournant que souhaite prendre le tennis depuis plusieurs années. Quelle sera la suite ? Des sets à quatre jeux, des no-ad généralisés (4), un arbitrage de ligne informatique comme lors du dernier NextGen (5) ? Le tennis est-il prêt à perdre son âme pour toujours gagner plus financièrement ? Qui doit décider de l’avenir de ce sport : les joueurs, leurs supporters ou les envies financières d’une fédération internationale ? La Coupe Davis était jusqu’à présent une compétition prestigieuse qui glorifiait les exploits de ses joueurs. Sur les vingt dernières années, neuf finales se sont jouées au cinquième match. La tension qui règne lors de ces rencontres est unique. Le joueur ne se bat pas seulement pour lui mais bien pour son équipe et sa nation. Remettre en cause aussi durement le format de la Coupe Davis, c’est tuer l’esprit de la compétition. Ou même comme le dit Lucas Pouille, c’est « une peine de mort pour la Coupe Davis ».

(1) À l’exception de la Hopman Cup et de quelques tournois d’exhibitions comme la Rod Laver Cup ou l’IPTL.

(2) Compétition réunissant les huit meilleurs joueurs de simple et les huit meilleurs joueurs de double.

(3) L’ATP World Tour est le circuit principal masculin, la WTA World Tour le circuit principal féminin.

(4) Le système de points d’un jeu est le suivant : 15, 30, 40, jeu. En cas d’égalité à 40-40, un avantage est requis afin de pouvoir empocher le jeu. Le no-ad simplifie la lecture du jeu : à 40-40, celui qui marque le jeu suivant remporte le jeu. Cette règle raccourcit les matchs… mais leur fait perdre de leur tension.

(5) Tournoi réunissant les huit meilleurs joueurs de moins de 21 ans.

image de couverture : © Horacio Villalobos – Corbis