Samedi 17 mars, pavillon Baltard, sur l’ancien plateau de la Nouvelle Star et sous une boule à facettes, le mouvement des Jeunes avec Macron lance sa première convention. L’organisation qui avait été créée en 2015 par quatre jeunes lorsque Emmanuel Macron était encore ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, veut s’affirmer avec cet événement. Ceux qui croyaient en Macron avaient alors décidé de créer un site, et sont aujourd’hui les fondateurs d’un mouvement rassemblant 25 000 personnes ; celui-ci a par ailleurs été un acteur majeur de la campagne présidentielle.  La convention avait prévu d’accueillir plus de 1 600 militants, mais cela n’a pas été le cas avec 1 000 militants présents environ, sans doute à cause des « conditions météorologiques », d’après des militants. Sur la scène des personnalités de LREM dont Christophe Castaner, le délégué général de LREM, plusieurs ministres du gouvernement tels que Marlène Schiappa et Jean-Michel Blanquer se sont joints aux jeunes macronistes, à la recherche de figures jeunes pouvant les rejoindre. En outre, le Premier ministre Edouard Philippe a clôturé les festivités avec un discours voulant rassembler mais aussi avec beaucoup, voire même trop, d’humour. Les Jeunes avec Macron revendiquent l’innovation, la diversité et l’engagement de ses militants. Entre représentation de la jeunesse, innovation et autonomie, quel est le verdict de cette première convention ?

Un mouvement qui veut innover

Une stratégie de communication sur les réseaux sociaux, des nouvelles têtes politiques, des jeunes prônant leur diversité… Le mouvement se veut novateur, branché et souhaite renouveler la classe politique.

Les militants des Jeunes avec Macron ont entre 15 et 35 ans, ce sont des lycéens, des étudiants ou alors de jeunes actifs. La plupart des militants des JAM que j’ai eu l’occasion d’interroger soulignent et revendiquent l’importance de « ne pas être passif et de s’engager », comme ont pu me le dire Téo et Albane, deux militants des JAM du 59. Ethan, 15 ans, me dit quant à lui que son engagement a « été conduit par une envie de refaire le monde à l’aube du XXIe siècle, de prendre les choses en marche ». Ces jeunes, venus de toute la France, revendiquent leur engagement, veulent proposer et véhiculer des idées.

La convention organisait des discussions entre des militants et certaines personnalités de la République en Marche autour de trois axes de réflexion : « être acteur de son avenir », « construire ensemble la société de demain », et « innover et agir au cœur des territoires ». Les jeunes militants portant des projets « novateurs » les présentaient devant tout le monde. C’est le cas, par exemple, de Haïdée, une référente qui présentait devant tous un projet pour rendre plus attractif le milieu rural, ou encore d’Antoine, lycéen parisien, qui a décidé d’organiser dans son lycée des rencontres entre des professionnels ou des étudiants et des élèves. Ethan, et Philippe, 21 ans, me disent qu’ils défendent tous deux des idées telles que celle d’une « Europe forte, proche des jeunes et des scientifiques » ou encore le Plan Étudiants pour lequel le premier milite activement. Albane et Téo, eux, souhaitent que le mouvement s’impose dans le débat européen et défendent le service civique pour tous afin de renforcer l’engagement au sein de la jeunesse.

Les jeunes macronistes souhaitent promouvoir leurs « idées modernes » à travers l’usage de nouvelles techniques de communication. Cette stratégie prend forme aussi bien par le biais des réseaux sociaux que sur le terrain. Avec son graphisme épuré et clair, le site des JAM est lisible et accroche l’œil. Sur le terrain, les militants privilégient les relations de contact avec la société civile notamment au travers des workshop, qui sont des discussions organisées autour de certains sujets qui se déroulent régulièrement. Par ailleurs, le fonctionnement du mouvement comme une jeune start up est prôné de nombreuses fois lors de la convention et notamment par Christophe Castaner.

Abordant des apparences « cool » et branchées, les jeunes macronistes veulent montrer qu’ils sont jeunes. Le dynamisme parfois trop présent des intervenants et des animateurs chauffant la salle en témoigne. Les politiques présents à l’événement ont voulu aussi faire ressortir cette image et montrer qu’ils savaient parler aux jeunes en essayant de faire des boutades, des calembours quitte à être parfois gênants, à l’instar d’Edouard Philippe qui s’est amusé à faire des jeux de mots et des lapsus à foison en rapport avec celui fait devant le rugby français début mars.

Par cette innovation et cette implication de la jeunesse, le mouvement des JAM est une force active pour LREM avec son engagement sur le terrain, son démarchage régulier et le fait que cette organisation regroupe actuellement 25 000 adhérents motivés et impliqués. Toutefois, on peut être en mesure de se demander si cet esprit start-up est vraiment représentatif de la jeunesse et de ses idées.

Les JAM veulent renouveler la classe politique. Cependant, ils suivent des personnalités politiques ayant eu un parcours d’études et professionnel classique et ne semblent pas s’ouvrir à d’autres manières de penser et de voir les choses que les leurs. Pour eux, il faut entreprendre, s’engager, ce que ne vont pas forcément faire tous les jeunes. C’est le cas avec Parcoursup où certains parlent des changements d’orientation à la fac comme des « erreurs », ce qui n’est pas toujours vrai.

Le mouvement des JAM, une force engagée et importante au sein de LREM

D’après les militants et les membres du bureau, les jeunes macronistes ont contribué aux victoires électorales de 2017. En effet, le rôle des JAM est important pour l’exécutif. Il était déjà majeur avant même la création du mouvement En Marche ! ; les JAM ont été créés un an quasiment avant son lancement et ont même été un tremplin pour Emmanuel Macron après sa démission de son poste de ministre en août 2016. C’est en partie eux qui ont permis au Président de la République de gagner en notoriété, notamment avec la Grande Marche avant et pendant l’élection présidentielle en démarchant auprès des Français à domicile, dans les marchés, devant les lycées ou bien devant les bouches de métro à Paris. Agissant en ville, en banlieue mais aussi au sein des campagnes, les JAM veulent représenter une force de proposition au sein du paysage politique français.

Pour ce faire, le mouvement est déjà présent dans certaines universités, et certains lycéens y  participent même. Cependant, les JAM ne veulent en aucun cas remplacer un quelconque syndicat étudiant, et les militants – dont Martin Brohmert, le président des JAM – tiennent à le rappeler.

une locomotive de La République En Marche

Jean-michel banquer, ministre de l’éducation nationale à propos des jam

Le mouvement reçoit un soutien appuyé et visible de l’exécutif. Interrogé pour L’Alter Ego, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, nous dit que le mouvement est « une locomotive de La République En Marche » et qu’il est « optimiste quant à son futur ».

Par ailleurs, le projet de ce dernier, Parcoursup, est évoqué comme une « révolution » par les militants qui y voient une réelle avancée afin d’éviter que les jeunes étudiants « ne se cassent les dents » lors de l’entrée à l’université. Dithyrambiques sur le principe de la sélection à l’Université et sur Parcoursup en y trouvant « un esprit start-up », les JAM parlent tous d’une même voix non seulement sur ce sujet, mais aussi sur d’autres comme l’Europe ou l’action du gouvernement. Cette manière de répondre à l’unisson avec la République En Marche suscite la question de l’autonomie du mouvement.

Quelle est l’autonomie des JAM par rapport à la REM ?

Si l’on voit bel et bien un mouvement de jeunes qui tend à innover, s’affirmer et montrer son engagement, la question de l’autonomie se pose.

En effet, l’une des principales missions du mouvement est de relayer et de servir de continuité à la politique de LREM. Les Jeunes avec Macron permettent d’appuyer des mesures proposées par le gouvernement. C’est le cas du Plan Étudiants avec la réforme de l’Université, ou encore de la réforme du baccalauréat pour lesquels les militants sont allés démarcher devant les salons concernés, les universités et les lycées. D’autres mouvements jeunes comme celui des Jeunes Socialistes ont une autonomie totale par rapport à leur parti, ce qui est moins clair pour les JAM. Par ailleurs, la convention avait des airs de meeting pour LREM par la quasi-adoration des élus d’En Marche ! et un éloge fait pour Emmanuel Macron, une standing ovation pour les membres du gouvernement et même un quizz sur les membres d’En Marche !, qui avait des airs de Questions pour un Champion. Aussi, bien qu’un nouveau bureau ait été élu avec à sa tête Martin Bohmert, les co-fondateurs Pierre Person, Sacha Houlié, Florian Humez, et Jean Gaborit, qui sont désormais à LREM, ont un « droit d’orientation » et gardent un œil sur le mouvement et ses décisions. Interrogé par France Inter le dimanche 18 mars, Martin Bohmert a expliqué cela par un « besoin de conseils » au vu de la jeunesse du mouvement et a garanti que cela ne signifiait absolument pas qu’il y aurait verrouillage des décisions. Pierre Person, co-fondateur du mouvement, explique aussi ce choix sur les ondes de France Inter, en disant vouloir vérifier une certaine continuité dans la ligne politique, effectuer une certaine « vigie ».

Malgré des airs de meeting pour Emmanuel Macron par l’invocation constante de sa personne et son nom, le mouvement ne se revendique pas comme son « fan-club » même si le président est évoqué comme une entité respectée voire comme un « visionnaire ». Thomas Mesnier, député de Charente pour LREM, parle de son côté d’une « relation de confiance, de liens étroits entre les Jeunes avec Macron et la République En Marche », ce qui laisse à penser que les deux mouvements marchent main dans la main.

Lorsque je pose la question de cette autonomie et de ce lien avec le parti aux militants, Ethan me répond que « l’autonomie est totale sur le terrain » mais aussi au sein des comités de région. Néanmoins, ces derniers affirment tout à fait leur lien avec LREM, comme Gaya qui déclare que le mouvement est « vraiment rattaché à la République en Marche ».

Ainsi, l’autonomie des JAM est encore floue, mais peut-être que la distinction entre LREM et les JAM se fera dans le futur. Ce manque d’autonomie peut poser problème car les Jeunes avec Macron semblent être en parfaite harmonie avec la politique menée par le gouvernement, et ne semblent pas prendre de distance critique vis-à-vis de cette dernière.

Les JAM souhaitent gagner en importance : ont-ils les armes pour y arriver ?

Le mouvement des Jeunes avec Macron a su montrer lors de sa première convention qu’il voulait innover. Le mouvement veut aussi voir grand en s’imposant au sein de l’Europe avec l’organisation prochaine de la Grande Marche pour l’Europe, et l’invitation de deux représentants de l’Union Sauvez la Roumanie et du Ciudadanos espagnol, partis libéraux connaissant un certain succès dans ces pays lors de leur première convention. À la fin de l’événement, de nombreuses questions se posent, notamment à propos de l’autonomie du mouvement. Si les Jeunes avec Macron semblent être porteurs de projets, ils ne semblent pas être assez autonomes pour prendre du recul par rapport aux mesures du gouvernement, et répondent tous d’une même voix. Les raisons de ce manque d’autonomie sont floues : les JAM ont-ils du mal à la prendre ou sont-ils trop verrouillés dans leurs orientations ? Si les JAM veulent voir grand, il va falloir qu’ils s’émancipent de leurs aînés.

© bash pour l’alter ego/apj