La récente décision de Liberty Media, les propriétaires de la formule 1, de se séparer des « grid girls » pour la saison à venir est une véritable illustration du manque de cohésion dans le combat pour une discipline plus égalitaire. Le monde de la F1 se divise sur cette nouvelle « polémique » : focus sur l’événement, les réactions, et ce que l’on peut tirer de cette décision pour la discipline.

Grid Girls – © Mark Kerton/Action Plus via Getty Images

Le 31 janvier dernier, Liberty Media, grand détenteur des droits commerciaux de la F1, a annoncé dans un communiqué que la discipline se séparerait à partir de cette saison des « grid girls ». Ces femmes, arborant le plus souvent la tenue typique du pays hôte, sont chargées de tenir un panneau avec un numéro ou le nom d’un pilote. On en retrouve dans la plupart des grandes disciplines du sport automobile (en monoplaces, en catégories deux roues, en endurance…), si bien que la pratique est à ce jour plus ou moins « ancrée » dans l’esprit des fans de sport automobile. La F1 en faisait jusque-là partie, mais à partir de 2018, ce ne sera plus le cas. Pourquoi donc ?

Déjà, parce que le changement de propriétaire, réalisé en janvier 2017, est à l’origine de nombreuses décisions rapides et radicales. Anciennement détenue par Bernie Ecclestone, un britannique ayant fait fortune dans les années 1970, la F1 était pendant un temps retenue par des traditions et pratiques. L’exemple le plus pertinent est celui de la présence de la F1 sur les réseaux sociaux : elle était jusqu’à l’année dernière, quasi nulle. Avec l’arrivée de Liberty Media, la marque F1 s’est développée sur Facebook, Instagram et Twitter. Les acteurs de la discipline ont désormais la possibilité de montrer au public les coulisses du sport, du contenu vidéo est disponible pour quiconque dispose d’une connexion internet, et la transparence est de mise.

Une tradition bien ancrée

Le fait de disposer de mannequins sur les circuits a été une partie intégrante du show et de la tradition d’avant le départ. Personne n’a osé soulever la question au sein des hautes instances, car cela aurait été tout simplement refusé par les big boss de la discipline. Seulement voilà, Liberty Media souhaite développer une vision bien plus « moderne » du sport. Cela s’accompagne inévitablement de changements concernant les traditions qui entourent la F1.

Grid girls – © Artyom KorotayevTASS via Getty Images

Depuis longtemps, la présence de grid girls sur la piste posait problème au sein de la communauté F1 et en dehors. Beaucoup protestaient contre cette pratique, qu’ils jugeaient misogyne et inutile. Les femmes arborant un sponsor se rapprochaient beaucoup de l’image d’un objet. Dans un contexte de tension globale, avec les affaires de harcèlement sexuel qui ont éclaté au grand jour (notamment l’affaire Weinstein et le hashtag #metoo) la question de la place des grid girls sur les circuits de F1 était plus que sensible, tant l’image de la femme y était remise en question et selon certains, « dégradée ».

C’est ridicule que des femmes qui disent se battre pour le droit des femmes, se permettent de dire ce que les autres doivent faire ou ne pas faire.

Rebecca Cooper, ancienne Grid Girl, sur Twitter

Le résultat, on le sait, est sans appel, et les grid girls n’apparaîtront plus sur les pistes. Encore est-il que le débat pour déterminer si cette décision est juste fait encore rage.

Tandis que certaines personnalités de la discipline applaudissent la décision, à l’instar des directeurs de circuits, d’autres en pointent l’absurdité. À commencer par d’anciennes grid girls elles-mêmes ! Twitter en est le terrain d’expression : « C’est ridicule que des femmes qui disent « se battre pour le droit des femmes », se permettent de dire ce que les autres doivent faire ou ne pas faire. », déclare Rebecca Cooper, « C’est notre choix ! » s’indigne Lauren Jade, « Les féministes nous ont fait perdre notre boulot… » ironise Sophie Wright.

Du côté des fans, c’est le même constat. Un récent sondage publié sur le compte Twitter de Motorsport.com montre que 67% des votants sont opposés à cette mesure. C’est le signe que des désaccords persistent encore. Certains fans désiraient cette suppression, d’autres y étaient totalement opposés. Un vrai dilemme ! Pourtant, les hautes instances ont tranché.

Un véritable pas en avant

Ce qu’on en conclut ici, c’est qu’il existe dans ce sport un véritable problème. Celui du manque de cohésion dans la prise de décision. Certains s’indignent à propos d’une tradition bien ancrée dans l’esprit des fans. Ils ne prennent pas en compte l’attachement des plus passionnés à certaines pratiques historiques. De l’autre côté, la plupart d’entre eux ne mesurent sûrement pas le symbole de cette pratique, qui consiste avant tout à faire de la femme un objet, un support publicitaire. Dans les deux cas, il y a un cruel manque de compréhension et de dialogue. Cette décision marque néanmoins le courage de Liberty Media. Répondre à cet enjeu en allait de l’image de la F1. Et même si tout le monde n’en ressort pas satisfait, c’est un pas en avant pour la discipline.

Jusque là, l’affaire a fait beaucoup de bruit. De nombreux médias se sont penchés sur la question, et de beaucoup de voix se sont élevées, qu’elles soient pour applaudir la décision, ou la critiquer. En attendant, la saison 2018 de F1 commence dans un peine un mois, et la question semble être résolue. Ce seront désormais des « grid kids  » qui remplaceront les « grid girls » sur la ligne de départ. Espérons que le concept plaira et permettra de contenter tout le monde.

image de couverture : © Hazrin Yeob Men Shah/Icon Sportswire via Getty Images