FN-bis, mélenchonnistes de droite, secte philippotiste… Il est bien ardu de comprendre ce qu’incarne le nouveau mouvement de l’ex-bras droit de Marine Le Pen.

Florian Philippot – © Eric Fougere/VIP Images/Corbis via Getty Images

Dimanche 18 février. Alors que Florian Philippot va prononcer devant quelques partisans réunis à Arras le discours de lancement de sa petite formation politique, l’écran géant diffuse un message enregistré de Nigel Farage. Cet ex-leader de UKIP, figure de la campagne pro-Brexit, y salue la création inédite dans l’hexagone d’un parti primordialement anti-Union européenne et dont l’objectif est « l’indépendance de la France ». C’est effectivement ainsi que l’on peut définir Les Patriotes, mouvement sécessionniste du Front national, regroupé autour de Florian Philippot. Rarement obsédé par l’immigration et la question identitaire, l’engagement des proches de celui qui tenta de déradicaliser le parti des Le Pen est motivé par la question économique nationale. Pour eux, souverainistes intégraux, la mondialisation et le fédéralisme européen ne se font pas forcément au bénéfice des Français. Ils se réclament d’un patriotisme économique et se sentent proches de Chevènement ou de Philippes de Villiers. Ils sont les héritiers, souvent jeunes, des campagnes contre le traité de Maastricht et le référendum de 2005 pour une Constitution Européenne. Au nom du Frexit, ils ont quitté le Front national, mais quel avenir les attend ? Philippot est surtout connu pour ses interventions télévisuelles, il est comme un Dupont-Aignan en plus crédible, moins folklorique. Les Patriotes tentent de monter un programme original, argumentant que les économies que la France ferait en quittant l’UE serviraient à rendre la vie des habitants de banlieue et d’Outre-mer meilleure et offriraient de belles opportunités aux agriculteurs et aux petits chefs d’entreprise. Mais cela sera-t-il suffisant ?

Il s’agirait d’abord de se faire connaître. Si le FN, parti important réunissant milliers d’adhérents et millions d’électeurs, manque de relais dans les milieux intellectuels et la haute administration, c’est encore pire pour les minuscules Patriotes. De plus, ce mouvement ne bénéficie pas d’une médiatisation comme en a connu En Marche ! puisqu’il est un objet politique tout à fait identifié, créé d’une scission au sein d’un autre parti, autour d’une de ses grandes figures. Les Patriotes sont divisés en sections départementales et une « task force » entoure le jeune président, la formation est très gaullienne : on n’y trouve ni porte-parole multiples ni vice-présidents inutiles. Son électorat potentiel est quant à lui bien maigre. Le souverainisme de droite teinté de social, Dupont-Aignan l’incarnait jusqu’à maintenant, sans jamais dépasser les 5% à une présidentielle. Les Patriotes veulent-ils remplacer Debout La France ou espèrent-ils plutôt siphonner les voix du Front national ? Dans la seconde hypothèse, la plus probable, la tâche s’annonce fastidieuse. Malgré un pathétique débat d’entre-deux-tours, Marine Le Pen n’a pas perdu toute son aura et la figure de Philippot ne convient pas à une partie de l’extrême droite, peu intéressée par la question européenne. Cela dit, Les Patriotes tiennent un discours des plus fermes sur l’accueil des migrants et ne se démarquent pas non plus de ce point de vue… Le rassemblement ne se fera pas sur leur gauche ! Ce n’est pas avec quelques propositions sur la condition animale que Philippot va révolutionner le souverainisme ni être en position de diriger un jour le pays. Son mouvement n’est qu’un constituant de plus de la famille hétérogène des eurosceptiques, bien bâti idéologiquement mais mal engagé électoralement.