Le XVIème Congrès du Front national s’est tenu les 10 et 11 mars à Lille. Les résultats du « questionnaire de la refondation » ont été dévoilés et commentés ce samedi, avec en point d’orgue le discours d’un invité de marque, Steve Bannon, figure de l’alt-right américaine et ancien conseiller de Donald Trump.

© Bash pour L’Alter Ego/APJ

Après quinze longues minutes d’attente, les rideaux de la salle plénière du Grand Palais de Lille s’ouvrent enfin, sur fond de musique entraînante à mi-chemin entre Questions pour un Champion et Les Douze Coups de Midi. Présentée par Edwige Diaz, conseillère régionale FN de la région Nouvelle-Aquitaine, et Laurent Jacobelli, ancien porte-parole de Nicolas Dupont-Aignan, aujourd’hui directeur de la communication du FN, l’après-midi est dévolue à l’analyse par quinze cadres du parti des réponses au questionnaire de refondation. Regroupant 80 questions sur 7 thèmes allant de l’écologie à l’immigration en passant par l’Union Européenne, il a été soumis aux adhérents dès le 14 novembre 2017 pour préparer le Congrès.

Ce modus operandi a d’ailleurs permis au parti de revendiquer, à l’heure où le Président de la République veut réformer la SNCF à coups d’ordonnances, que la « démocratie est du côté du FN ». Néanmoins, le dépouillement ayant été le privilège du siège, il est impossible de vérifier les résultats. Dans les faits, le coup de peinture démocratique a principalement servi à conforter la ligne défendue par le parti pendant toute la séquence électorale de 2017. Sur l’Euro, thème qui avait créé de la confusion chez les électeurs frontistes et symbole du débat raté de l’entre-deux-tours, une clarification était attendue. Bien loin de cela, Jean Messiha (ancien coordinateur du projet pour la présidentielle) s’est contenté de préciser un calendrier de sortie : à la fin d’un éventuel mandat de Marine Le Pen. Si le mouvement est supposément « uni derrière sa Présidente », les adhérents expriment toutefois des réserves sur ce sujet et souhaitent en majorité que cette question soit moins mise en avant. Cachez ce sujet que je ne saurais voir.

« Le Front national marche sur deux jambes »

Pas vraiment de nouveauté non plus du côté des thèmes historiques du parti fondé par Jean-Marie Le Pen, absent à Lille. Sur l’immigration, question « majeure » pour David Rachline, maire de Fréjus, le parti se raccroche aux fondamentaux et rappelle l’héritage lepéniste : « dès les années 1970-1980, nous alertions les Français sur les dangers de l’immigration massive ». À côté de cette ligne « FN du Sud », la ligne « Philippot » est toujours présente, bien qu’affaiblie. On note à titre d’exemple, les résultats serrés sur la question du maintien des 35 heures, avec 47% d’adhérents favorables et 39% opposés à cette mesure. Fabien Engelmann, maire d’Hayange (Lorraine) tente de défendre ce qu’il qualifie « d’avancée sociale », accompagnée de la défiscalisation des heures supplémentaires. Preuve s’il en fallait une que, comme se plaît à le rappeler Marine Le Pen, le Front national « marche sur ses deux jambes », d’un côté une ligne social-souverainiste et de l’autre, une ligne sécuritaire et identitaire. Deux jambes de plus en plus écartées, au risque de paraître contorsionniste. Le Congrès entérine donc un état de fait, plus qu’une véritable refondation.

« L’histoire est de notre côté »

Le clivage très populaire ces temps-ci entre « nationaux » et « mondialistes » pourrait permettre à Marine Le Pen d’opérer une sorte de synthèse entre les deux courants présents au sein du parti. En cela, la venue d’un invité surprise international en la personne de Steve Bannon semble être un symbole fort. Celui-ci n’a cessé, dans une salle chauffée à blanc, de vilipender les « mondialistes » et membres de « l’establishment », persuadé que « l’histoire est de [son] côté ». Référence certaine à la victoire de partis aux discours assez similaires, de Donald Trump à Matteo Salvini en Italie. La venue de l’ancien conseiller du président américain symbolise également la volonté de Marine Le Pen d’accroître son influence au-delà des frontières nationales et de s’inscrire dans le giron de partis occidentaux voisins de ses positions. Qu’importe si ces rapprochements de façade marquent des divergences doctrinales non négligeables, la stratégie de communication produit son effet.

Sous un vernis démocratique censé clarifier les positions du parti, de nombreuses questions persistent. À la fin de ce Congrès, on peut douter du grand chamboulement annoncé : il s’agirait plutôt d’une relégitimation des positions du mouvement et d’illustrer l’unité alors que sa présidente est affaiblie depuis le débat raté de l’entre-deux-tours et le départ de Florian Philippot. Pas de doutes, au Front national, la refondation rime avec piège à cons.