Fusillade à Parkland : un tournant sur la vente d’armes ?

Une information qui choque en France mais qui n’est pas si anodine que cela aux Etats Unis. Le 14 février dernier, Marjory Stoneman Douglas, un établissement scolaire de Parkland en Floride était frappé par une fusillade. C’est la dix-huitième depuis le début de l’année à prendre place dans un milieu scolaire et 17 personnes y ont trouvé la mort. Le meurtrier est Nikolas Cruz, un jeune homme de 19 ans ayant été renvoyé de l’établissement pour des raisons disciplinaires.

Suite à cet événement, les élèves de  Marjory Stoneman Douglas prennent la parole  et montrent leur indignation. Parmi eux, Emma Gonzalez, une jeune femme qui interpelle Donald Trump et tous les défenseurs de la vente libre d’armes aux États-Unis. Son allocution est à son image : puissante. D’une voix vibrante, elle appelle les politiques recevant des subventions de la part de la National Riffle Association (en français, l’association nationale des armes à feu) à  se remettre en question et leur demande surtout s’ils ne ressentent pas de honte vis-à-vis de cela. Les lycéens de Parkland, en manifestant leur colère, ont permis de rouvrir le débat sur la vente libre des armes au sein du pays. Ils ont appelé à une marche de protestation le 24 mars à Washington.

La colère d'Emma Gonzalez, lycéenne rescapée de la tuerie de Floride

La colère d'Emma Gonzalez, lycéenne de 18 ans rescapée de la tuerie de Floride, contre Donald Trump et le lobby des armes.

Publié par Brut sur lundi 19 février 2018

La mobilisation a ainsi pris une ampleur inédite. En effet, dès le 17 février, une manifestation est organisée devant la Maison Blanche et le débat sur la vente libre des armes semble être relancé et de manière décisive. Ces contestations ont eu des premières conséquences et cela au-delà du succès du hashtag #boycottNRA sur Twitter. En effet, de grandes entreprises telles que Hertz ont décidé de prendre leurs distances avec l’association, ce qui est une première, et des médias tels que le Daily News ont pris position contre la vente libre des armes. Certaines vidéos d’opinion sont devenues virales : c’est le cas de Scott Paralpado, un homme détenant un fusil qui le détruit en disant qu’il est prêt à s’en séparer si cela peut épargner des vies.

À la suite de la fusillade, Donald Trump a quant à lui déclaré que le problème ne venait pas du fait que les armes puissent être vendues librement mais des problèmes mentaux du meurtrier. Cette déclaration a choqué et a été vivement critiquée. Face à ce mécontentement, il a décidé de recevoir les familles des victimes à la Maison Blanche pour écouter leurs revendications. Et si à la suite de cela on aurait pu s’attendre à un durcissement des mesures concernant la détention d’armes, le président des États-Unis n’a fait que mettre de l’huile sur le feu en annonçant la possibilité d’armer le personnel enseignant dans les écoles.

Ainsi les contestations des lycéens de Parkland ont remis la question du processus de détention des armes au centre du débat. Toutefois si ces lycéens semblent être écoutés par les médias, par d’autres jeunes engagés et par des politiques tels que Bernie Sanders, Donald Trump semble faire la sourde oreille en ce qui concerne le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis.

Louise Bur

Syrie : les Kurdes au cœur d’un imbroglio politique

Le 20 janvier 2018, Ankara a lancé une vaste offensive baptisée « Rameau d’olivier » en territoire syrien, visant à annihiler toute présence kurde dans l’enclave d’Afrin. Région frontalière de la Turquie, elle est contrôlée en partie par les Kurdes, concentrés dans les cantons d’Afrin, de Kobané et Djazira (Est du pays). La plus grande crainte d’Ankara est de voir se constituer un territoire syrien unifié à sa frontière (le Rojava, région à majorité kurde) qui pourrait menacer l’intégrité territoriale turque en raison des velléités d’indépendance d’une partie des Kurdes de Turquie, et porter atteinte à la sécurité du pays. En effet, ce territoire contrôlé par les milices YPG pourrait constituer une base arrière significative pour le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), groupe armé considéré comme terroriste par la Turquie et en guerre plus ou moins larvée contre le pouvoir central depuis 1984.

Cette offensive meurtrière n’est pas sans rappeler l’opération Bouclier de l’Euphrate lancée le 24 août 2016 par l’armée turque alors que le PYD (parti kurde syrien dont la branche armée comprend notamment les milices YPG) menaçait d’établir un contrôle kurde unifié le long de la frontière turco-syrienne. Officiellement lancée pour sécuriser la frontière et lutter contre l’EI, les Kurdes étaient bel et bien visés.

Mais depuis l’opération Bouclier de l’Euphrate, les règles du jeu ont bien changé en Syrie. La Russie s’impose comme véritable maître de la partie, M. Erdogan n’a plus l’air décidé à renverser Bachar el Assad, tout comme la coalition occidentale. Soutenu par ses alliés russo-iraniens, le régime semble avoir encore de beaux jours devant lui, comme le prouve les raids qu’il mène contre le bastion rebelle de la Ghouta orientale. Si l’on a pu parfois douter de la capacité de Moscou à maintenir la pression sur son allié syrien, M. Poutine aura certainement le dernier mot dans le cadre de la bataille d’Afrin, puisqu’il en contrôle l’espace aérien.

© Omar Marques/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

Les Kurdes font les frais d’un véritable imbroglio politique, d’une complexité à laisser pantois plus d’un analyste. Les cartes sont sans cesse rebattues, et les jeux d’alliances sans cesse modifiés. En effet, alors que les YPG sont officiellement les alliés de la coalition dirigée par les Washington, les chancelleries occidentales se gardent bien de mener la moindre action contre l’offensive de M. Erdogan. Et pour cause, Ankara est membre de l’OTAN, et donc formellement alliée de la plupart des pays de la coalition ! Les Kurdes sont donc livrés à eux-mêmes alors que le siège d’Afrin se prépare, et malgré leur aide précieuse dans la lutte contre l’EI, les puissances occidentales ne sont pas décidées à lever le petit doigt. Ironie du sort, ils ont même trouvé un « allié » de circonstance… Le régime de Damas, qui a condamné vigoureusement l’offensive turque, qui violerait l’intégrité territoriale de la Syrie. Même s’il apparaît que ce soutien sera plus symbolique que matériel, la bataille d’Afrin apparaît comme hautement significative d’un triple phénomène : l’affaiblissement de la coalition occidentale, la montée en puissance de la Russie, et l’affermissement de la Turquie sur la scène régionale, après des mois de difficultés.

Clara Guillard

La fin du mythe des ONG vertueuses ?

Le 12 janvier 2010, Haïti est victime d’un tremblement de terre de magnitude 7 sur l’échelle de Richter, plus de 15% de sa population y perd la vie. Dans l’optique de leur venir en aide, de nombreuses ONG se rendent là-bas. Comme nous révèle l’enquête de The Times, le 9 février 2018, l’association Oxford For Famine Relief (Oxfam) s’est rendue sur place en juillet 2011 avec plus de 70 millions de livres sterling afin d’aider le pays pauvre et dévasté à se reconstruire.

Lors de cette mission, les bénévoles sont logés dans une maison louée par Oxfam. Selon une source, les bénévoles les plus anciens profitent de cette mission pour ramener des prostituées sans doute mineures, souvent vêtues du t-shirt de l’organisation. Oxfam est tenue au courant de l’affaire et décide de mener son enquête, loin des yeux du public. À la suite de l’enquête effectuée par l’association, sur les sept humanitaires à l’origine des faits, trois d’entre eux dont le chef de mission, démissionnent de l’association en bonne et due forme. Ils ont par la suite signé d’autres contrats humanitaires notamment chez Action contre la faim. Les quatre autres sont renvoyés.

Suite à ces révélations, de nombreuses ONG ont tenu à être transparentes, en rendant public leurs dossiers sur les agressions. Les organisations non gouvernementales ont comme principal intérêt de servir l’autre, en étant désintéressées. Alors, comment des ONG qui revendiquent aider leurs prochains se retrouvent-elles dans des scandales d’abus sexuels ? Est-ce donc la fin du mythe des ONG vertueuses ?

© Amy Griffin / Barcroft Images / Barcroft Media via Getty Images

À la lumière de ces événements, le monde entier ouvre enfin les yeux sur les agressions sexuelles cachées par les ONG. L’affaire Oxfam n’est que la partie émergée de l’iceberg, il existe d’autres cas d’abus, d’agressions sexuelles. Comme nous l’a prouvé Médecins sans frontières qui avoue avoir recensé 24 cas d’agressions sexuelles en 2017 ou encore l’ONG International Rescue Committee (IRC) qui reconnaît avoir eu affaire à plusieurs cas d’abus sexuels en République Démocratique du Congo.

Les conséquences pour l’ONG suite à ce scandale sont désastreuses. En effet, l’organisation Oxfam risque de perdre le soutien financier de nombreux donateurs tel que le gouvernement britannique, qui procure à l’association 10% de son budget, la Commission Européenne qui participe à hauteur de 1,5 million d’euros par an, le public qui finance l’association avec plus de 100 millions de livres sterling par an et celui de nombreux autres donateurs. Ces possibles pertes financières risques de mettre en péril les missions humanitaires de l’organisation. Le scandale Oxfam compromet la réputation de tous les autres organismes. On peut donc penser qu’à l’avenir d’autres cas similaire à Oxfam, Médecins sans frontières, IRC seront révélés, les ONG ont du souci à se faire.

Emma Gatse

Afrique du Sud : tout changer pour ne rien changer ?

Indétrônable. La majorité des Sud-Africains s’étaient résolus à attendre les élections générales de 2019 pour changer les choses. Ils n’auront pas à patienter si longtemps. Ce mercredi 14 février, Jacob Zuma, Président de la République sud-africaine depuis 2009, a annoncé sa démission avec « effet immédiat ». Malgré les pressions de la justice, de la rue, de l’opposition et même de son propre camp, l’ex-leader de l’ANC (Congrès National Africain), le parti de Nelson Mandela, restait jusque-là sourd aux appels qui l’invitaient à passer la main. Après plusieurs mois de tractations internes, le 12 Février, l’ANC s’est résolue à « rappeler » Zuma, comme elle peut le faire pour tous ses membres « délégués » à un mandat national. Néanmoins, ce rappel n’avait aucune valeur juridique, et Zuma a tenté de s’accrocher à son poste. Vaine résistance puisqu’il a démissionné deux jours plus tard, provoquant un immense soulagement dans toute l’Afrique du Sud. La fondation Nelson Mandela a souligné « la fin d’une période où la plus haute fonction du pays a été détournée en vue d’un pillage généralisé des coffres du pays ».

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le désormais ex-Président aura résisté à de multiples scandales financiers, forgeant l’expression de « capture de l’État » dans la société sud-africaine : la rénovation de sa propriété pour 17 millions d’euros au frais du contribuable, 783 chefs d’accusation dans le cadre d’un scandale de vente d’armes dans les années 1990, trois citations dans des procès pour corruption et détournement de fonds. Ces affaires ont bien sûr eu des conséquences politiques, avec la perte des principales villes du pays lors des élections municipales d’août 2016 et pas moins de huit motions de défiance, toutes refusées par le Parlement, contrôlé par l’ANC, même si la dernière a échoué de 24 voix. Le début de la fin pour le président. Les difficultés économiques et les tensions ethniques n’ont fait qu’aggraver le climat délétère régnant dans le pays depuis plusieurs années.

© Jeffrey Abrahams/Gallo Images/Getty Images

Son remplaçant, Cyril Ramaphosa, a été élu par les députés moins de quinze heures après cette démission et en l’absence d’autres candidats. À la tête de l’ANC depuis décembre 2017, le nouveau président se retrouve face à des défis considérables : attirer des investisseurs, lutter contre le chômage, la corruption et l’insécurité et purger son propre parti, encore divisé entre ses propres partisans et ceux, encore nombreux, de M. Zuma. Dauphin et favori de Nelson Mandela dans les années 1990, Ramaphosa va surtout devoir limiter la casse lors des élections générales de 2019 pour l’ANC. Même si l’opposition a salué le départ de M. Zuma qui va « rejoindre les poubelles de l’histoire » pour Julius Malema, leader des EFF (Combattants pour la Liberté Économique), la gauche radicale, son parti et la DA (Alliance Démocratique) d’obédience libérale rêvent de faire tomber l’ANC. Ramaphosa a un an pour tout changer afin que rien ne change pour le parti au pouvoir depuis 1994 et l’élection d’un certain… Nelson Mandela.

Arthur Bijotat

Terrorisme au Sahel : bilan de l’opération Barkhane après 4 ans d’action

Fin 2018, l’opération militaire française Barkhane, qui agit au Sahel, devrait toucher à sa fin. Le 22 février, au lendemain de la mort de deux soldats français présents sur place, la ministre de la Défense Florence Parly présentait au journal Le Parisien le bilan actuel de l’opération.

En 2013, l’opération Serval commençait au Mali pour contrer le groupe Etat Islamique soutenu par Boko Haram côté Sahara, ainsi que le « groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans » issu de Al-Qaïda au Maghreb islamique.  Barkhane est venue prendre le relai dès le 1er août 2014 en étendant les combats à toute la région du Sahel. Grand comme l’Europe et étalé sur les cinq pays que sont le Mali, le Burkina-Faso, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, ce territoire a été désigné par la ministre comme un « nid du terrorisme mondial ». Ces termes justifient les 4 000 hommes envoyés sur le terrains qui représentent, à l’heure actuelle, la plus grosse intervention militaire française à l’étranger.

Après 3 ans et demi d’action, le bilan de cette opération est plutôt positif : 450 djihadistes ont été « neutralisés » par l’armée française, et quelques centaines d’autres remis à l’armée malienne. D’un autre côté, l’action sur le terrain a aussi permis de récupérer quelque 22 tonnes de matériel, en grande partie des matières premières indispensables à la fabrication de bombes, de mines ou de roquettes. Ce matériel a été immédiatement détruit par les forces armées de l’opération Barkhane. Le bilan est plus négatif côté français puisque 12 soldats y ont laissé leur vie, dont les deux pris dans l’explosion d’une bombe mercredi 21 février. Mais ces chiffres ne devraient plus beaucoup s’alourdir puisque la France espère bientôt passer le relai.

L’objectif idéal de l’opération Barkhane est en effet de mettre en place une force militaire « G5 Sahel » capable de reprendre le flambeau et de mener seule les opérations d’ici fin 2018. Cette force armée commune aux cinq pays de la région (Mali, Burkina-Faso, Mauritanie, Niger, Tchad) devrait alors compter 5 000 hommes. Pour favoriser son développement, l’Union Européenne a doublé sa contribution le 23 février, passant de 50 à 100 millions d’euros. Le projet « G5 Sahel » obtient alors un budget idéal de 441 millions d’euros pour l’année à venir. Mais seulement pour l’année à venir. Rien n’a été décidé sur un plus long terme, ce qui remet en question le départ de la France.

Aucune procédure de retrait n’a été prévue au vue de la fragilité actuelle du projet qui contraste avec l’activité toujours virulente des groupements terroristes. La montée en puissance du G5 Sahel les pousse à « remuer ciel et terre », comme le souligne le consultant malien Ousmane Diallo, pendant que l’armée conjointe a du plomb dans l’aile. Plusieurs dizaines de militaires ont en effet dénoncé l’absence de stratégie et le manque de cohérence dans la coordination des actions. Face à l’urgence de la situation, l’obtention d’un budget conséquent n’est  donc qu’une petite victoire pour les dirigeants du Sahel qui tentent d’améliorer l’organisation interne. Mais les promesses des Etats ont du mal à répondre aux besoins de la population qui ne peut que constater ses pertes. La région a donc besoin de plus d’aide internationale pour que le budget obtenu ait un réel impact sur la menace locale.

Laure d’Almeida

image de couverture : © Maxime bourstin