Le 14 février, un étudiant se rend à son lycée et tire sur ses camarades. Bilan : 17 morts, un triste scénario qui est pourtant bien fréquent. Les fusillades sont très courantes aux Etats-Unis depuis le début de l’année : l’association Gun Violence Archive en a décompté 35 dont 18 dans des écoles, et comme à chacune d’entre elles le débat sur le port des armes ressurgit. Les autres pays sont un peu consternés par l’obstination des Américains à défendre le fameux deuxième amendement de la Constitution américaine garantissant le droit de porter une arme, en dépit de toutes les statistiques rappelant que les armes génèrent plus de problèmes qu’elles ne permettent d’en régler. L’extrême puissance du lobby de la NRA (National Rifle Association) œuvrant pour le maintien d’une régulation souple concernant l’accès aux armes ne facilite nullement un renforcement des lois. Environ 124 millions d’euros (d’après un calcul du Center for Responsive Politics) ont été utilisés par ce lobby pour garantir que la législation ne devienne pas plus stricte.

© Carolyn Cole/Los Angeles Times via Getty Images

Alors pourquoi écrire sur cette tuerie ? Non par voyeurisme, mais plutôt en raison de la mobilisation qu’elle a suscitée. Les lycéens de Parkland sont décidés à agir pour empêcher que la routine des fusillades continue, ils se sont donc mobilisés pour protester. On peut noter en particulier quatre figures : Emma Gonzales, David Hogg, Christine Yared et Cameron Kasky.

Commençons par Emma Gonzales. Cette lycéenne s’est particulièrement faite remarquer lors de son discours plus qu’offensif envers les politiques bénéficiant de dons de la NRA. Elle a dénoncé leur hypocrisie et le manque de mesures concrètes pour réduire l’accès aux armes. Lors de son discours, les personnes ayant vendu l’arme et incité le tueur à l’améliorer ont eux aussi été blâmés par la jeune femme. Elle a également regretté qu’on accuse les victimes de ne pas avoir mieux signalé le comportement du tueur avant la fusillade, en rappelant qu’il ne s’agissait pas uniquement d’un problème de santé mentale puisqu’il n’y aurait pas eu autant de victimes avec « un couteau ». Elle a aussi valorisé l’aptitude des jeunes à prendre position et à agir en y consacrant une partie de son discours :

Ils disent que nous, les élèves, nous ne savons pas de quoi nous parlons, que nous sommes trop jeunes pour comprendre comment le gouvernement fonctionne. Nous répondons : connerie !

Une autre grande figure de ce mouvement est le lycéen David Hogg. Il  a, lors de la fusillade, sorti son téléphone pour montrer comment les autres lycéens se comportaient sous la menace d’un tireur. David leur a donc posé une simple question « Que pensez vous des armes à feu ? ». Deux jeunes filles répondent, la première paraît avoir toujours été pour un contrôle plus poussé des armes. La seconde explique qu’au contraire elle souhaitait apprendre à tirer et devenir un membre jeune à la NRA mais être cachée pendant une fusillade est une expérience tellement « traumatisante qu’elle ne peut même plus imaginer avoir une arme chez elle » et que cela lui a « ouvert les yeux : son pays doit avoir une plus forte régulation des armes ».

Le jeune homme a expliqué qu’il fallait que les politiciens agissent et qu’ils ne se contentent plus seulement d’idées, même si elles leur permettent de se faire réélire. Il a appelé à dépasser les clivages politiques entre républicains et démocrates et à  profiter des élections de mi-mandat pour agir et changer les lois sur le port d’arme.

Une autre rescapée, Christine Yared, du haut de ses 15 ans, a publié une tribune sur le site du New York Times intitulée « Don’t let my classmates’ death be in vain » (Ne laissez pas la mort de mes camarades être vaine). Elle aussi était présente dans le lycée lors de la fusillade. Dans cette tribune, après avoir exprimé son ressenti, elle exige des politiques de dépasser leur clivage en « travaillant au delà des partis politiques” pour qu’une régulation des armes plus forte soit mise en place afin d’empêcher une énième fusillade de se produire. Elle a appelé à « voter pour ceux qui sont pour plus de contrôle et à se débarrasser de ceux que ne vont pas agir ». Comme les autres rescapés, Christine est convaincue de la nécessité d’une nouvelle régulation.

© Salwan Georges/The Washington Post via Getty Images

Cameron Kasky, également étudiant à Parkland, a tenu tête au sénateur de Floride Marco Rubio lors du débat organisé par CNN. La chaîne a organisé une rencontre entre les responsables politiques, des lycéens de Parkland, des parents des victimes ainsi que la porte parole de la NRA. Cameron Kasky en a profité pour demander au sénateur – qui est parmi les plus importants bénéficiaires de dons provenant de la NRA –  s’il pouvait lui promettre qu’il n’accepterait plus aucun don de ce lobby. Celui-ci s’est contenté d’une réponse évasive, en tentant de montrer que les dons de la NRA n’étaient pas le problème. Cameron Kasky a alors été la cible de menaces de mort de la part de militants de la NRA.

Tous ces lycéens veulent s’engager pour que cette tuerie soit la dernière, profitant de l’éclairage médiatique dont ils font l’objet. Ils veulent agir et modifier les lois américaines concernant le port d’arme, notamment en Floride, état qui a une législation particulièrement souple, ce qui lui vaut le surnom « Gunshine State ». Les lycéens de Parkland organisent une manifestation à Washington le 24 mars, intitulée « March for our lives » qui sera donc une marche contre les armes à feu ; près de 500 000 personnes sont attendues. Cette participation espérée montre bien l’ampleur du mouvement qu’ils ont suscité. Ainsi, cette expérience traumatisante semble avoir poussé ces lycéens à s’engager publiquement pour un contrôle accru de la vente et du port des armes. Les décisions politiques semblent être de plus en plus prises en fonction de l’émotion collective et des différents faits divers. Le fait que ce mouvement de jeunes rescapés d’une tuerie puisse peut-être permettre d’aboutir – enfin – à une modification des lois sur l’achat et le port d’arme le prouve, car ce ne sont pas les statistiques ou les rapports qui manquent pour indiquer que ce changement aurait dû être fait depuis longtemps.

Reste à savoir si cet engouement – en grande partie dû à l’émotion – va perdurer et aboutir.