Adrien Quatennens, député La France Insoumise de la 1ère circonscription du Nord, était en conférence à l’Université de Lille II pour y débattre de l’avenir des jeunes, dans le contexte de la réforme de l’Université et du droit du travail. Il a accordé à L’Alter Ego quelques minutes d’interview.

Adrien Quatennens, député de la France Insoumise – © Clara Guillard pour L’Alter Ego/APJ

Quelle est votre position sur la réforme de l’Université décidée par le gouvernement ?

Adrien Quatennens : « Tout le monde veut la réussite des étudiants. Mais derrière ce souhait, il y a en réalité une nouvelle pirouette du gouvernement, qui nous y a habitués. Quand ils disent que l’on va faciliter le dialogue social en réalité, cela veut dire faciliter les licenciements. Quand ils disent qu’on va libérer les énergies, on distribue beaucoup d’argent aux plus riches. Quand ils disent que l’on va faire réussir les étudiants, on organise la pénurie de places. Les gouvernements précédents n’ont pas anticipé la hausse démographique, avec le baby-boom des années 2000. Par conséquent, on organise la sélection parce qu’il n’y a pas assez de places et que l’on n’a pas assez investi. »

Vous parlez d’une pénurie organisée, pouvez-vous nous en dire plus ?

Adrien Quatennens : « Aujourd’hui on le voit bien : il n’y a pas assez de places pour tous ceux qui veulent entrer à l’université. Or, statistiquement, la part des jeunes qui veulent accéder à l’université n’a pas bougé en trois décennies, stagnant autour de 45%. On paye un sous-investissement matériel chronique. S’il fallait résumer ce projet de loi, je dirais qu’au lieu de créer les conditions pour accueillir tout le monde, on organise la sélection en fonction du nombre de places disponibles. Or pour nous, c’est tout l’inverse qu’il faut faire : créer le nombre de places pour permettre à chacun de choisir vraiment ses études. Choisir ses études, il faut le rappeler, c’est choisir sa vie. »

Parcoursup est déjà effectif, le gouvernement a choisi de mettre en place la procédure accélérée… Le Parlement a-t-il été boycotté ? L’opposition a-t-elle encore les moyens de faire entendre sa voix ?

Adrien Quatennens : « Le problème que nous avons, c’est que cette majorité se croit vraiment tout permis et s’émancipe du débat parlementaire. Les députés de la majorité, plutôt que de s’intéresser aux propositions formulées, s’intéressent toujours à l’étiquetage politique. Tout ce que l’on propose, si consensuel que cela puisse être, fait face à un tir de barrage. Il y a quelque chose de l’ordre du sectarisme et des vieux réflexes politiciens. Ce qui pose problème, c’est qu’il y a eu une première lecture à l’Assemblée, le projet est ensuite parti au Sénat, il n’a pas été définitivement adopté par l’Assemblée et Parcours Sup’ est déjà actif. Cela montre bien le mépris qu’a ce gouvernement pour le débat parlementaire. Il semble penser que tout est déjà acquis. Non, il y a encore un débat et les mobilisations des étudiants qui continuent. »

Justement, quel regard portez-vous sur ces manifestations qui ont eu peu de succès ?

Adrien Quatennens : « Le simple fait qu’elles existent est déjà un succès. Le gouvernement précédent, notamment avec l’utilisation du 49-3, a provoqué un effet coup de massue sur le mouvement social dans ce pays. On a dit aux gens : « Manifestez tant que vous voulez, de toute façon cela ne changera rien ». Aujourd’hui, différents secteurs se mettent en mouvement, y compris les jeunes. Maintenant, il est clair que c’est compliqué, il faut créer les conditions de la convergence, et nous y travaillons en tant que force politique même si nous le faisons toujours par tradition derrière les syndicats.

Il y a tous les ingrédients disponibles pour venir à bout de cette loi

Pour moi, il y a tous les ingrédients disponibles pour venir à bout de cette loi et signifier que l’on peut faire autre chose. Oui, nous pourrions disposer des moyens nécessaires pour accueillir tout le monde. Le service public qu’est l’université doit permettre de hisser le plus grand nombre au plus haut niveau possible.

Les syndicats ont des revendications simples : un milliard d’euros investis par an pendant cinq ans. Le gouvernement propose à peine un milliard sur cinq ans. Par ailleurs, il faut le répéter, nous avons les capacités budgétaires, ce pays est riche comme jamais. La manière dont on traite les jeunes dans ce pays n’est pas à la hauteur de la cinquième puissance économique mondiale. »

Adrien Quatennens, député de la France Insoumise – © Léa Ilardo pour L’Alter Ego/APJ

Vous avez 27 ans, c’est très jeune pour un député. Est-ce pour vous plutôt un handicap ou un atout ?

Adrien Quatennens : « Il ne faut pas faire de jeunisme dans cette affaire, tout le monde a été néo-député. Effectivement, quand on est jeune on pourrait penser qu’on est moins crédible. J’ai encore beaucoup à apprendre, mais il y a beaucoup de jeunes députés sur tous les bancs qui se débrouillent très bien. Cela passe par de l’assiduité et beaucoup de travail. »

Vous l’avez mentionné pendant votre conférence, Emmanuel Macron a quelque peu théorisé la fracture entre l’ancien et le nouveau monde en politique. Vous inscrivez-vous dans cette ligne avec la France Insoumise ?

Adrien Quatennens : « Emmanuel Macron donne à voir un renouvellement sur la forme mais en réalité c’est une duperie. Ce qui me pose problème, c’est qu’il a réussi ce renouvellement de façade pour offrir un prolongement à des politiques déjà usées, incarnées par les libéraux de tout poil, chez LR comme au PS. Il nous avait promis la révolution, le rajeunissement global mais derrière ça, on a l’achèvement de politiques libérales déjà menées depuis 15, 20 ans et qui ont montré leur inefficacité. Rien des grands enjeux n’a été profondément traité. Qui peut dire aujourd’hui qu’une révolution s’est opérée dans ce pays ? Je considère qu’Emmanuel Macron nous met gravement en retard des grandes bifurcations écologiques et sociales que nous devrions affronter. »

Quelles batailles les députés de la France Insoumise et vous particulièrement, envisagez de mener pour la jeunesse ?

Adrien Quatennens : « Il y en a de nombreuses. En l’occurrence, la question de l’Université et du BAC sont cruciales car c’est une remise en cause du cadre républicain et du fonctionnement du système éducatif du pays et donc de l’avenir des jeunes. La bataille de l’emploi est également centrale. Il y a aussi la question européenne qui fait clé de voûte sur beaucoup de problèmes. Donc nous avons beaucoup de batailles à mener en réalité. S’il y en avait une cardinale, ce serait celle des convictions, faire en sorte que les gens voient bien que face aux défis auxquels nous sommes confrontés, on ne peut pas attendre simplement que les petits ruisseaux fassent de grandes rivières. Il nous faut une bifurcation et elle peut être enthousiasmante. Si on s’emploie à lutter contre l’hyperfinanciarisation de l’économie, si l’on substitue la coopération et l’émulation à la compétition, on peut relever tous les défis. »

L’Alter Ego tient à remercier l’association APEL pour nous avoir permis de rencontrer M. Quatennens et pour son soutien logistique.

image de couverture : © hugo coignard